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Ils ont tué Rémi Fraisse

Un retour précis sur les faits, une prise de posi­tion

Ils ont tué Jaurès fut le cri repris par des millions de voix après l’as­sas­si­nat de Jaurès le 31 juillet 1914. Aupa­ra­vant eu lieu une longue campagne de presse d’ap­pel au meurtre des natio­na­listes de « l’Ac­tion française » et autres .

Rémi Fraisse est mort dans le dépar­te­ment où Jaurès fut député, sur le chan­tier du barrage de Sivens.

Rémi est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre, lors de heurts entre mani­fes­tants et gendarmes. Les mois et les semaines précé­dentes les exac­tions poli­cières s’étaient multi­pliées, dans l’im­pu­nité des des forces de l’ordre. La hiérar­chie de l’ap­pa­reil de répres­sion, jusqu’au ministre de l’In­té­rieur, fut aver­tie, cela conti­nua : c’était donc avec son aval que le compor­te­ment de soudards des gendarmes conti­nua.

Les faits et quelques commen­taires.

Les faits depuis la mort de Rémi Fraisse ont été recons­ti­tués par Media­part et d’autres.

Sa mort est consta­tée par les gendarmes dès 2 heures du matin le dimanche 26 octobre. A 5 heures (du matin) un légiste constate un « décès immé­diat par explo­sion loca­li­sée ». A 10 heures, une dépêche AFP annonce sa mort.

A 16 heures, les mani­fes­tants sécu­risent le lieu de la mort de Rémi Fraisse, lieu marqué par une large tâche de sang. Les gendarmes ne l’ont pas fait.

Ces gendarmes sont compé­tents pour tirer des centaines de grenades offen­sives sur une foule, pas pour faire le travail mini­mal permet­tant un travail d’enquête (à moins que le crimi­nel et le poli­cier ne soient la même personne ; il ne s’agi­rait alors pas d’in­cu­rie mais de pratique crimi­nelle cohé­rente).

A 17 heures, le procu­reur du cru dit son impos­si­bi­lité à répondre sur la cause du décès de Rémi Fraisse. Il ment donc.

Peu après 20 heures, Caze­neuve, le Ministre de l’In­té­rieur parle : il dénonce ceux qui ont « porté atteinte aux monu­ments aux morts » et qui sont respon­sables d’un déchaî­ne­ment de violences. Il ne parle pas de la violence meur­trière des poli­ciers mais de celle des mani­fes­tants.

Lundi après-midi, la police scien­ti­fique arrive sur les lieux du crimes (sécu­ri­sés, tardi­ve­ment, par les seuls mani­fes­tants). Ce même jour une autop­sie est réali­sée qui retient l’hy­po­thèse d’une explo­sion dans la « région thora­cique haute » comme cause de la mort immé­diate.

Le Procu­reur d’Albi exprime son doute quant à la cause de l’ex­plo­sion. Son rôle semble consis­ter à gagner du temps pour les gendarmes et le gouver­ne­ment.

Le Direc­teur géné­ral de la gendar­me­rie lance l’hy­po­thèse d’un engin explo­sif ayant appar­tenu à Rémi comme cause de sa mort. C’est une calom­nie et il le sait. C’est une insulte à la mémoire d’un jeune écolo­giste tué par un gendarme et il le sait.

C’est le même jour que le Président du Conseil géné­ral du Tarn, un socia­liste, l’ignoble Carce­nac, déclare à propos de Rémi que « mourir pour ses idées », « c’est quand même rela­ti­ve­ment stupide et bête ». Ce poli­ti­cien est un défen­seur acharné de la construc­tion du barrage de Sivens ; il y est inté­ressé à divers titres. Des gens comme ça ne meurent pas pour leurs idées, à la façon d’ un Allende ou d’un Guevara ; ils meurent parfois dans un règle­ment de comptes entre truands, la seule aven­ture qu’ils puissent imagi­ner.

Caze­neuve, le premier flic de France, dénonce, lundi, la violence …des mani­fes­tants. Puis, le mardi, il dénonce « l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion poli­tique » de la mort de Rémi Fraisse. Il ne dénonce pas les assas­sins ; il ne dénonce pas l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion poli­tique par le PS, la droite et le FN (les amis de l’as­sas­sin de Clément Méric), tous unis bien sincè­re­ment dans leur dénon­cia­tion des « casseurs ».

Manuel Valls entre alors en scène pour défendre martia­le­ment son Caze­neuve, dire qu’il n’ac­cep­tera pas que l’on critique poli­ciers et gendarmes et dénon­cer « les casseurs ». Il ne dénonce pas ceux qui sont respon­sables de la frac­ture mortelle de la colonne verté­brale, explo­sée, de Rémi Fraisse.

Ensuite, le Procu­reur d’Albi semble se souve­nir que son métier a un rapport avec la recherche de la vérité judi­ciaire : « la TNT retrou­vée sur les vête­ments de Rémi Fraisse « oriente vers un explo­sif mili­taire de type grenade offen­sive » déclare-t-il.

Plainte est dépo­sée par la famille de Rémi pour « homi­cide volon­taire, violences ayant entraîné la mort sans l’in­ten­tion de la donner ». Le Parquet de Toulouse est saisi.

 

Des ques­tions. Des respon­sables.

Qui est le gradé qui a lancé la grenade offen­sive qui a tué Rémi ? Qui a donné l’ordre de lancer des dizaines de grenades offen­sives ce soir-là ? Qui a donné l’ordre de harce­ler, bles­ser les zadistes pendant les mois précé­dants, de façon conti­nue? Qui a orga­nisé les mensonges d’Etat les deux jours suivant la mort de Rémi ?

Ces ques­tions sont actuel­le­ment sans réponse.

Les respon­sables connus de cet enchaî­ne­ment meur­trier sont, quant à eux, connus: le conseil géné­ral du Tarn presque unaniment uni derrière son président, les respon­sables de la gendar­me­rie jusqu’à la direc­tion géné­rale. Et surtout le Ministre de l’In­té­rieur Caze­neuve et le Premier ministre Valls.

La démis­sion de Caze­neuve est un mini­mum exigible.

La vie des oppo­sants à leur poli­tique de mort.

Valls veut chan­ger le nom du PS. Il a raison: le « socia­lisme » de ce PS actuel n’a rien à voir avec le courage d’un réfor­miste sincère, se plaçant au service de la classe ouvrière, comme Jaurès.

Les héri­tiers des assas­sins de Jaurès, ces amou­reux de la répres­sion au service des classes domi­nantes que sont le PS, l’UMP et le FN, ont tué Rémi Fraisse. Et ils tentent de salir sa mémoire.

Le nom de Rémi Fraisse vient signi­fier la violence utili­sée pour que rien n’en­trave l’achar­ne­ment produc­ti­viste des capi­ta­listes alors que le réchauf­fe­ment clima­tique s’avère encore plus rapide que prévu.

Son nom vient rappe­ler celui de toutes les victimes de le violence poli­cière, et de la violence patro­nale qui commande la première.

Faisons en sorte que ne soit pas oublié qu’ils ont tué Rémi Fraisse.

Les noms de Rémi Fraisse et Clément Méric (tué par un fasciste en juin 2013) reste­ront pour nous des symboles vivants du courage poli­tique.

Nos luttes contre les poli­tiques morti­fères des néoli­bé­raux et de leurs amis fascistes doivent s’am­pli­fier. C’est vital.

 

Pascal Bois­sel

article paru sur http://blogs.media­part.fr/blog/pascal-b/091114/ils-ont-tue-remi-fraisse

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