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Le FN est un parti de filia­tion fasciste. Analyse.

« On peut jouer au fascisme de mille façons, sans que jamais le nom du jeu change », Umberto Eco

Pour beau­coup, le fascisme c’était hier, ailleurs, dans les livres. Et pour­tant, les condi­tions semblent être réunies pour que se consti­tuent dans plusieurs pays d’Eu­rope – et notam­ment en France – des partis fascistes de type nouveau dispo­sant d’une forte influence sur la société.

 

D’évi­dence les fascismes de notre temps ne sont pas les simples clones de leurs aînés. Il nous faut cepen­dant regar­der la réalité en face : ils sont là, présents, fidèles au rendez-vous de la crise écono­mique, sociale et morale qui déchire le Vieux Continent. Ils tissent leur toile d’arai­gnée, suscitent les rallie­ments, construisent les passe­relles, cherchent leur ordre de bataille et aspirent au pouvoir.

 

En France, la filia­tion histo­rique du Front natio­nal est sans ambi­guïté. Bon gré, mal gré, avec ses contra­dic­tions et ses tenta­tives de dissi­mu­la­tion, le Front natio­nal plonge ses racines et puise ses réfé­rences dans le refus des Lumières, chez les anti­drey­fu­sards, dans la France de Vichy et de la révo­lu­tion natio­nale, chez les parti­sans de l’Al­gé­rie française et de son ordre colo­nial.

 

Mais il va égale­ment de soi que le bleu marine n’est pas seule­ment l’ombre des chemises noires du passé, c’est égale­ment et avant tout la résul­tante des conflits d’aujourd’­hui. L’im­pact réel de ce fascisme moderne réside dans sa capa­cité à four­nir à la rébel­lion contre le « système » à la fois une idéo­lo­gie, une forme d’or­ga­ni­sa­tion et des adver­saires en chair et en os : les étran­gers, l’État-provi­dence, le mondia­lisme, le mouve­ment syndi­cal, le fémi­nisme, le multi­cul­tu­ra­lisme et bien d’autres encore.

 

Il y a déjà vingt ans, l’his­to­rien améri­cain Robert Paxton nous disait à propos du fascisme histo­rique qu’il avait été mal compris, « parce que le phéno­mène était inat­tendu et qu’il a surgi dans des socié­tés qui croyaient que le suffrage univer­sel et le progrès ne pouvaient que conduire inévi­ta­ble­ment à la démo­cra­tie poli­tique et sociale ».

 

Le fascisme combat à la fois l’« égoïsme » du patro­nat et celui des sala­riés, il se prétend le garant de la nation en prenant posi­tion contre les inté­rêts parti­cu­liers. Pour ce faire, il modi­fie constam­ment son programme, marie les contraires, balançant entre « anti­ca­pi­ta­lisme » et « libé­ra­lisme ». C’est ainsi qu’il peut influen­cer diffé­rents secteurs de la popu­la­tion qui sentent leur mode de vie menacé, qui sont refou­lés aux marges de la société et n’ont plus ni pers­pec­tives ni moyens d’exis­tence à l’in­té­rieur de la société telle qu’elle est. Il est à la fois parti des petits-bour­geois mécon­tents et parti des déclas­sés, parti d’ordre et parti de combat contre le système.

 

Le temps de la contre-offen­sive est venu : les forces doivent se rassem­bler pour répondre à la crise euro­péenne.

 

Il ne suffit pour­tant pas d’af­fir­mer ce que l’on pressent. Il nous faut étudier les causes et les consé­quences de la montée en puis­sance des extrêmes droites, tenter d’en comprendre les racines poli­tiques, sociales, écono­miques, idéo­lo­giques ou histo­riques. Il nous faut décryp­ter la réalité de ces extrêmes droites pour la rendre intel­li­gible au plus grand nombre.

 

Cela ne peut se faire que de manière plurielle et pluri­dis­ci­pli­naire.

 

C’est pourquoi, nous, éditeurs, libraires, insti­tuts de recherches et auteur(e)s, nous avons décidé de nous rassem­bler afin de créer les condi­tions pour que partout, à l’oc­ca­sion du prochain congrès du Front natio­nal à Lyon le 29 novembre, puissent s’or­ga­ni­ser des univer­si­tés popu­laires anti­fas­cistes et des salons du livre anti­fas­ciste.

 

 

 

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