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Pourquoi n’y aura-t-il pas de liste autour du Front de Gauche à Poitiers

C’est une longue histoire, pleine de rebon­dis­se­ments. Il y a eu des négo­cia­tions au sein du Front de gauche (FDG) depuis mai/juin 2013, avec une accé­lé­ra­tion ces dernières semaines. En géné­ral ces négo­cia­tions sont consi­dé­rées comme de la cuisine peu ragoû­tante ; pour­tant cela fait partie de la réalité. Nous choi­sis­sons la trans­pa­rence sur ce genre de mal néces­saire. Nous publions donc ici un point de vue sur ce qui s’est passé.

La section du PCF de Poitiers avait consulté les autres partis du FDG sur Poitiers (Parti de Gauche, Alter­na­tifs, Gauche Unitaire, Gauche Anti­ca­pi­ta­liste) et le Parti Socia­liste. Par la suite, les commu­nistes s’étaient pronon­cés en novembre à une courte majo­rité (5 voix) en faveur d’une liste “autour du FDG dès le premier tour” plutôt que la présence sur une liste avec le PS dès le premier tour (qui leur assu­rait pour­tant plus d’élu.es qu’ac­tuel­le­ment).

Cette volonté rejoi­gnait notre appel du 5 octobre 2013. Le Parti de gauche parta­geait avec nous cette idée que le FDG soit à l’ini­tia­tive d’un rassem­ble­ment de toutes celles et ceux qui veulent se battre contre les poli­tiques d’aus­té­rité et leurs effets.

C’est à partir de cette situa­tion favo­rable que les négo­cia­tions, ces toutes dernières semaines, ont eu lieu.

Quel programme ?

 

Sur le programme à propo­ser dans son aspect local, un consen­sus était possible. Citons : « prise de distance critique avec le mode de gouver­nance, le cumul des mandats et les tendances sociales-libé­rales de plus en plus marquées (délé­ga­tions de service public, vidéo­sur­veillance envi­sa­gée, gestion « mana­gé­riale » du person­nel muni­ci­pal…), prise de distance critique avec la vente d’élé­ments du patri­moine public pour combler les consé­quences de l’aus­té­rité et la baisse des dota­tions de l’état », etc ; Pour notre part nous avions apporté notre pierre à l’édi­fice du programme dans notre appel et en publiant plusieurs contri­bu­tions.

Sur la partie natio­nale et euro­péenne, rien de plus facile que de s’en­tendre puisque nous mili­tons au quoti­dien sur les mêmes grands axes, contre la troïka, la poli­tique d’aus­té­rité sans fin dans toute l’Union Euro­péenne, une envie de réus­sir quelque chose comme Syriza (gauche radi­cale grecque).

Sur la poli­tique de la mairie Claeys jusqu’à aujourd’­hui, par contre, il y avait très proba­ble­ment des diver­gences entre d’une part celles et ceux qui parti­cipent à la majo­rité muni­ci­pale, votent le budget et ont des respon­sa­bi­li­tés dans les exécu­tifs (le PCF), et d’autre part celles et ceux qui ont une élue d’op­po­si­tion de gauche (Gauche Anti­ca­pi­ta­liste et Les Alter­na­tifs au sein de « Pour une Alter­na­tive à Gauche avec Maryse Desbourdes).

L’ab­sence d’élu.e PCF lors des négo­cia­tions n’a pas permis que s’ins­taure un débat appro­fondi sur cette ques­tion. Mais il exis­tait la possi­bi­lité que l’en­ga­ge­ment à venir puisse commen­cer à récon­ci­lier les points de vue.

Sur la néces­sité d’af­fir­mer dès le premier tour qu’il fallait battre la droite et l’ex­trême droite, et agir en consé­quence au second tour, aucune diver­gence. Cela ne nous empê­chait pas de poin­ter la respon­sa­bi­lité du PS, avec Valls, dans la pour­suite d’une poli­tique de xéno­pho­bie d’État déve­lop­pée par Sarkozy.

 

Des ques­tions de postes ?

On a coutume de voir les négo­cia­tions entre partis comme une bataille de chif­fon­niers. Mais nous voulons témoi­gner ici qu’ il y avait une réelle envie parta­gée de réus­sir. Il fut là aussi trouvé un terrain d’en­tente : le PCF avait la tête de liste, le direc­teur de campagne, le tréso­rier, plus 6 autres candi­dat.es dans les 10 premières places (5 dans les 7 premiers). Gros effort de la part d’Ensemble (qui regroupe depuis le mois dernier Les Alter­na­tifs, la Gauche Anti­ca­pi­ta­liste et la Gauche Unitaire), car nous trou­vions peu cohé­rent que la tête de liste soit confiée à un.e élu.e de la précé­dente majo­rité qui n’avait brillé par son indé­pen­dance, à nos yeux, vis à vis de la poli­tique du maire.

Alors sur quoi a porté cet échec? Sur l’at­ti­tude au deuxième tour si la liste n’ar­ri­vaient pas la première au premier tour ? Même pas.

 

Fusion au deuxième tour ?

 

Il existe ce qu’on peut appe­ler la fusion démo­cra­tique, qui permet à une liste qui obtient plus de 5 % des voix de fusion­ner avec une autre liste obte­nant plus de 10 %, condi­tion néces­saire pour se main­te­nir au deuxième tour. En l’oc­cur­rence, comment opérer la fusion de notre liste avec celle du PS par exemple ? Il s’agis­sait non pas de se rallier à une majo­rité autour du PS mais de permettre que le choix des élec­teurs et élec­trices du premier tour puisse exis­ter par des élu.es (malgré l’ab­sence de scru­tin propor­tion­nel).
On aurait pu penser que, cette fois-là, l’al­liance allait casser, car le chan­tage du PS était prévi­sible et expé­ri­menté ailleurs (en Limou­sin par exemple) : « c’est moi qui choi­sit vos candi­dat.es« fusion­nables » et je ne prends que celles et ceux qui vote­ront mon budget ».
Eh bien non. Il fut acté, dans nos discus­sions de décembre, que les orga­ni­sa­tions du Front de Gauche qui ne souhai­taient pas parti­ci­per aux exécu­tifs en seraient libres, et que celles qui le dési­re­raient le pour­raient, sur le modèle de nos voisin de la liste régio­nale Limou­sin Terre de Gauche (PCF et le NPA de l’époque actuel­le­ment à GA et Ensemble). À Poitiers il fut acté que si nous avions des élu.es, chaque orga­ni­sa­tion gardait son auto­no­mie ; mais chaque élu(e) s’en­ga­geait dans un groupe muni­ci­pal avec le souci de la recherche d’un posi­tion­ne­ment consen­suel.

Un acquis de première impor­tance pour nous.

Mais alors, pourquoi la rupture ?

À notre grand éton­ne­ment, malgré l’am­pleur des avan­cées et des compro­mis de part et d’autre, le PCF refusa que cet accord conclu soit proposé par le FDG uni à d’autres orga­ni­sa­tions, concrè­te­ment au NPA et aux Verts. Les Verts locaux ont montré beau­coup d’ indé­pen­dance vis à vis de la gestion libé­rale du maire, et une certaine distance avec la poli­tique du gouver­ne­ment ; donc la négo­cia­tion devait être au moins envi­sa­gée. Nous reven­diquons par ailleurs le travail de notre élue PAG qui, c’est son choix, est restée dans un NPA local moins sectaire qu’au niveau natio­nal.
Qu’est-ce qui a pu moti­ver cette déci­sion des repré­sen­tants locaux du PCF de rompre des négo­cia­tions avec nous et le PG ?

A notre avis il y a deux éléments prin­ci­paux qui explique la préci­pi­ta­tion de la rupture..
Une partie des divers gauches proches du PS ont révélé, en ce début de décembre, qu’ils/elles seraient sur la liste Claeys, visant mani­fes­te­ment à occu­per l’es­pace poli­tique qu’oc­cu­pait jusqu’à présent le seul PCF à la mairie. Il est même probable qu’il se forme­rait un groupe muni­ci­pal « l’hu­main d’abord » se reven­diquant comme l’aile gauche critique d’une majo­rité muni­ci­pale autour du PS mais sans le PCF, qui perdrait ainsi sa fonc­tion au sein d’une majo­rité autour du PS.

Peut-être aussi y a-t-il l’idée que plus il y a d’or­ga­ni­sa­tion regrou­pées, moins il y a de places pour de possibles élu.es.

D’où la rupture du PCF sur le terrain de l’élar­gis­se­ment et sa suite logique : la section de Poitiers du PCF a décidé de rejoindre la liste Claeys dès le premier tour.

C’est assu­ré­ment un échec pour le FDG et encore un mauvais coup contre l’es­poir de la construc­tion d’une gauche alter­na­tive.

 

Ce qui a manqué

Il a manqué d’abord un véri­table fonc­tion­ne­ment d’as­sem­blée citoyenne sur Poitiers, un lieu où les mili­tant.es des diffé­rentes orga­ni­sa­tions mais aussi et surtout les non encarté.es se retrouvent pour mili­ter ensemble. Les combats communs font tomber bien des barrières, des incom­pré­hen­sions, des suspi­cions et des suscep­ti­bi­li­tés malgré les origines diffé­rentes. Cela réduit les logiques d’ap­pa­reil et faci­lite les débats.

Il a manqué aussi une ambiance sociale de luttes. La suite de défaites sociales, parfois même sans combat (retraites), rend sans doute prudents celles et ceux qui sont encore au bord du FDG et pousse vers un repli « réaliste » les encarté.es.

Il est vrai que la lutte sociale est le moteur du mouve­ment ouvrier ; mais la lutte poli­tique peut aussi favo­ri­ser les combats, en leur rendant crédible une pers­pec­tive de victoire.

Nous restons persuadé.es que la néces­sité d’un espoir à gauche passe par une ligne poli­tique réso­lue contre l’aus­té­rité. Pour nous, cela doit passer forcé­ment – c’est le débat de fond entre le PCF et nous  – par l’in­dé­pen­dance vis à vis d’un PS converti au néoli­bé­ra­lisme sans frein, tant au niveau local qu’au niveau natio­nal.

Le combat conti­nue… dans un Front de Gauche qui conti­nue pour nous d’être le lieu où se passera la néces­saire créa­tion d’une nouvelle force poli­tique puis­sante, effi­cace et plura­liste.

Pascals

Une réflexion au sujet de « Pourquoi n’y aura-t-il pas de liste autour du Front de Gauche à Poitiers »

  1. MAZEAUD Yves dit :

    Il a manqué un autre élément : une analyse approfondie de ce qu’est le PCF aujourd’hui, et de ce que sont devenus ses objectifs réels.

    Puisse cet épisode servir à comprendre le sens relatif de tout partenariat. Ce qui permettrait d’éviter de s’étonner, et d’éviter d’échafauder une coalition sur des certitudes de papier.

    Répondre

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