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Bertrand Geay: « Nos victoires, nos défaites »

Un article de Bertrand Geay, profes­seur d’Uni­ver­sité, poli­tiste, paru dans l’Hu­ma­nité. Un cama­rade et un ami de longue date.
PB, 5–7–2020.


« Nos victoires d’aujourd’­hui viennent de loin. Des luttes  
anti­nu­cléaires à celles pour les retraites, de nos enga­ge­ments
paci­fistes à nos combats pour une éduca­tion éman­ci­pa­trice, du  
syndi­ca­lisme auto­ges­tion­naire aux mobi­li­sa­tions contre le chômage, la  
préca­rité et les exclu­sions, de chaque mètre carré reconquis sur le  
plateau du Larzac ou dans le bocage de Notre-Dame-des-Landes jusqu’aux  actions concrètes pour l’éga­lité des genres, les droits LGBT ou  
l’ac­cueil des migrants. Une contre-société faite de mille initia­tives  
locales s’est peu à peu affir­mée dans les insti­tu­tions. Et une  
nouvelle géné­ra­tion, débar­ras­sée des frac­tures et des hési­ta­tions du  
passé, s’est lancée dans la conquête d’une nouvelle hégé­mo­nie poli­tique.


Depuis près de vingt ans, face aux compro­mis­sions et à l’ef­fon­dre­ment  
de l’an­cien bloc réfor­miste, l’ur­gence était au rassem­ble­ment de  
toutes les frac­tions de la gauche et de l’éco­lo­gie poli­tique. La  
socio­lo­gie, l’éco­no­mie critique et les sciences du vivant nous en  
four­nis­saient le cadre intel­lec­tuel. Le fédé­ra­lisme issu des  
tradi­tions coopé­ra­tives et des nouvelles formes de lutte sociale nous  
en offrait la moda­lité pratique. Il s’agis­sait d’être asso­cia­tif et  
irré­vé­ren­cieux, de rassem­bler sur l’es­sen­tiel pour distil­ler l’es­poir  
et rendre possible l’unité popu­laire
. Mais, presque inévi­ta­ble­ment,  
s’ins­tal­lait une compé­ti­tion pour déter­mi­ner les meilleures tactiques  
et les meilleures figures de proue. Comme dans les premiers temps du  
socia­lisme, chacun s’em­ployait à construire l’unité selon ses propres  
méthodes et par la promo­tion de ses propres têtes de file. Les vieux  
appa­reils s’ou­vraient à la radi­ca­lité, sans perdre de leur  
oppor­tu­nisme. Ceux qui en étaient sortis se faisaient une spécia­lité  
de les haïr. Chacun atten­dait son heure et finis­sait par la lais­ser  
passer.

Avec la victoire de larges rassem­ble­ments écolo­gistes, soli­daires et  
citoyens aux récentes élec­tions muni­ci­pales, le moment est peut-être  venu de fédé­rer, enfin.
La lutte contre le chan­ge­ment clima­tique et  
pour la biodi­ver­sité, l’ap­pro­pria­tion de l’éco­no­mie et le renfor­ce­ment  
des services publics, la promo­tion de l’éga­lité et de tout ce qui fait  
notre exis­tence commune, exigent des tran­si­tions rapides, orga­ni­sées  
et prenant appui sur de larges mobi­li­sa­tions popu­laires. Plus qu’un  
simple cartel, mieux que de vagues assem­blées parti­ci­pa­tives, il  
s’agit de réunir pas à pas, de faire dialo­guer les cultures poli­tiques  
et d’inven­ter les struc­tures pérennes de déli­bé­ra­tion et d’ac­tion qui  
permet­tront les conquêtes de demain. Nous n’avons que quelques années  pour rele­ver les immenses défis écolo­giques et sociaux qui nous  attendent et seule­ment quelques mois pour nous mettre en ordre de  bataille.

Bertrand Geay



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