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Retraite, santé et grand débat natio­nal : escroque­rie intel­lec­tuelle sur fond de mani­pu­la­tion idéo­lo­gique.

Un article de Bruno Perce­bois, mili­tant d’En­semble! insou­mis à Paris

L’of­fen­sive est lancée. Fron­tale, brutale.

Les fiches produites par les hauts fonc­tion­naires qui peuplent le minis­tère de l’éco­no­mie et des finances à Bercy et dont les convic­tions libé­rales ne sont plus à démon­trer témoignent de cela.

Docu­ments de support au grand débat natio­nal elles consti­tuent un véri­table arse­nal argu­men­taire orienté vers un objec­tif : réduire ce qu’ils rangent dans les dépenses publiques et concrè­te­ment réduire les pensions de retraites et les dépenses de santé.

Un petit graphique sur l’uti­li­sa­tion de 1000 euros de dépenses publiques condense et résume cette offen­sive.

Rendez-vous compte braves gens ! sur 1000 euros dépen­sés, 575 euros le sont pour la protec­tion sociale essen­tiel­le­ment retraites (268 euros) et santé (191 euros). Comme le disait Macron : un pognon de dingue !!

Les dizaines de milliers de petits retrai­tés gilets jaunes qui mani­festent depuis des semaines pour protes­ter contre le blocage de leurs pensions appré­cie­ront. Les malades qui attendent des heures aux urgences ou des semaines pour une inter­ven­tion chirur­gi­cale ainsi que les person­nels hospi­ta­liers confron­tés aux postes vacants et à l’aus­té­rité budgé­taires aussi.

Tout est bien coor­donné et ‘’ miracle du Grand débat natio­nal, depuis deux jours surgissent de Bercy et Mati­gnon des docu­ments compré­hen­sibles par le commun des contri­buables ! écrit Olivier Auguste du jour­nal ‘’l’o­pi­nion’’.

Il y a la note du grand débat natio­nal sur 1000 euros de dépenses publiques pour alimen­ter une réflexion bien orien­tée.

Au même moment, ’’ France stra­té­gie’’ organe de réflexion et de pros­pec­tive ratta­ché à Mati­gnon, think tank gouver­ne­men­tal, publie fort oppor­tu­né­ment dès le 18 janvier une note d’ana­lyse inti­tu­lée : où » réduire la dépense publique ? ». Sur le site de LCI on a une présen­ta­tion plus hard : ‘’ écono­mi­ser sur les retraites et la santé la recette de France stra­té­gie pour bais­ser la dépense publique’’.

Cette note présente ainsi que la part des retraites en France dans le PIB, compa­ra­ti­ve­ment à la moyenne euro­péenne, repré­sentent 13,8 point de PIB pour 10,4 en Europe.

Même ‘’ démons­tra­tion’’ pour la santé ou les chiffres donnés annoncent 7,9 points de PIB en France pour 6,9 en Europe.

La ‘’dé­mons­tra­tion ‘’ consti­tue la toile de fond du graphique sur les 1000 euros.

Il s’agit là d’abord d’une véri­table escroque­rie intel­lec­tuelle car il faut compa­rer des choses compa­rables.

Ainsi dans de nombreux pays euro­péens une partie impor­tante des retraites et de la santé est prise en charge par des dispo­si­tifs privés essen­tiel­le­ment socié­tés d’as­su­rances et fonds de pensions. A ce titre ils se trouvent exclus des ‘’dé­penses publiques’’. Ces dépenses ne posent aucuns problèmes aux libé­raux car tout cela passe par la case marchés finan­ciers et contri­bue à déga­ger des profits pour les socié­tés en ques­tion. C’est le modèle des USA.

En France pour l’ins­tant encore et depuis la mise en place de la Sécu­rité Sociale en 1945 les retraites sont très large­ment prises en charge par ‘’un système presqu’en­tiè­re­ment socia­lisé ‘’ comme le recon­nait France stra­té­gie (Visi­ble­ment pronon­cer le terme ‘’Sé­cu­rité Sociale ‘’ est trop dur pour notre think tank). C’est globa­le­ment la même chose pour le finan­ce­ment des dépenses, de santé.

Présen­ter des chiffres inté­grant les dépenses de santé et de retraite, finan­cés et prises en charge par la Sécu­rité Sociale comme des dépenses publiques et les compa­rer avec des systèmes diffé­rents consti­tue ainsi une escroque­rie intel­lec­tuelle.

Cette escroque­rie intel­lec­tuelle dans le présen­ta­tion des chiffres s’ arti­cule avec une mani­pu­la­tion idéo­lo­gique sur la notion même de dépenses publiques .

C’est là le cœur du débat depuis de nombreuses années sur le finan­ce­ment de la Sécu­rité Sociale.

Le patro­nat n’a jamais accepté que la rému­né­ra­tion du travail contri­bue à payer non seule­ment de quoi subve­nir aux besoins quoti­diens, ce que fait, plus ou moins bien d’ailleurs, le salaire net mais aussi de quoi faire face aux aléas de la vie comme la mala­die les acci­dents du travail, la mater­nité et la vieillesse ce que fait la partie du salaire qui est socia­li­sée via les coti­sa­tions dans la Sécu.

Malgré de nombreuses atteintes au système de la sécu­rité sociale ( ordon­nances gaul­listes de 1967, exoné­ra­tions multiples, exemp­tions , CSG, prise de contrôle de l’ Etat avec le PLFSS chaque année…) il reste encore globa­le­ment financé sur la base et par un prélè­ve­ment primaire à la source de la créa­tion des richesses sous forme de coti­sa­tions et consti­tue encore un salaire socia­lisé mis au service de tous.

Tout l’enjeu pour le patro­nat a consisté à effa­cer cette dimen­sion de salaire socia­lisé, au profit de la notion qui s’est malheu­reu­se­ment imposé dans le débat publique et le voca­bu­laire poli­tique de ‘’charges sociales ’’ qui pèsent sur le travail, plus préci­sé­ment sur le coût du travail, et dont il s’agi­rait de le soula­ger. Pour le patro­nat trans­fé­rer vers l’im­pôt la protec­tion sociale s’ins­crit dans l’objec­tif de baisse du coût du travail. C’est le prin­ci­pal résul­tat concret de la montée en puis­sance des exoné­ra­tions ’’de char­ges’’ depuis plus de 25 ans.

C’est l’objec­tif néo-libé­ral pour­suivi depuis long­temps dans ce pays consis­tant à faire recu­ler le système par répar­ti­tion de la Sécu, à bascu­ler vers l’im­pôt une protec­tion sociale de base pour tous notam­ment pour les plus dému­nis, ce que certains appelle le premier étage de la fusée et à ouvrir toujours plus le marché privé des complé­men­taires sante et des retraites assu­ran­tielles par capi­ta­li­sa­tion pour ceux et celles qui peuvent payer.

Inscrire la protec­tion sociale dans les ‘’dé­penses publiques’’ revient idéo­lo­gique­ment à consi­dé­rer les recettes de la Sécu­rité Sociale et notam­ment celles qui sont fléchées vers la retraite ou la santé via les URSSAF comme équi­valent à de l’im­pôt

En suppri­mant ainsi le fléchage des recettes de la Sécu on effa­ce­rait défi­ni­ti­ve­ment la Sécu­rité Sociale elle-même.

La prochaine étape pour­rait être la fusion de la CSG à l’im­pôt sur le revenu, projet porté par exemple par jean-marc Ayrault dans le débat sur le budget de l’ Etat en octobre 2015 sous forme d’amen­de­ments.

A l’époque manuel Valls premier ministre avait repoussé les amen­de­ments et son ministre de l’éco­no­mie michel Sapin avait défendu que cela consti­tuait ‘’ une pers­pec­tive de long terme sur laquelle il faut travailler avec la mise en place du prélè­ve­ment à la source de l’im­pôt sur le reve­nu….’’

Cela rappelle une certaine actua­lité ? non ?

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