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Une palanquée d’éco­no­mistes — dont Thomas Piketty, Julia Cagé, Bernard Friot, Domi­nique Méda, Jacques Géné­reux, etc. — soutien le programme de la Nupes

Sous le titre « Nous soute­nons le programme écono­mique de la Nupes aux élec­tions légis­la­tives » la tribune publiée ce 9 juin dans le Jour­nal du dimanche obtient le soutien de centaines d’éco­no­mistes.

À lire sur le site du jour­nal ou ci après après la confé­rence de Presse des écono­mistes de la Nupes.

Retrou­vez ici la liste complète des signa­taires  et l’ap­pel à signer.

Nous, écono­mistes, soute­nons le programme écono­mique de la NUPES aux élec­tions légis­la­tives

Pour la première fois au XXIe siècle, la gauche en France est rassem­blée pour mettre en œuvre une rupture avec le néoli­bé­ra­lisme. Tour­nant le dos aux poli­tiques qui accroissent les inéga­li­tés, fragi­lisent les services publics et abiment les écosys­tèmes, la NUPES porte aux légis­la­tives un projet de trans­for­ma­tion sociale et écolo­gique. Son but est de faire adve­nir au cours de la prochaine manda­ture une société plus égali­taire et soli­daire, respec­tueuse des impé­ra­tifs écolo­giques.

En tant qu’é­co­no­mistes nous savons que ce programme est ambi­tieux. Préser­ver le pouvoir d’achat, garan­tir l’ac­cès à des soins et à un système éduca­tif de qualité, inves­tir massi­ve­ment dans la tran­si­tion écolo­gique ou garder la bous­sole du progrès social avec la retraite à 60 ans, c’est aller à rebours du courant au fil duquel notre société dérive. Le statu quo n’est pas une option. Face à la préca­rité endé­mique, à la guerre et à la tran­si­tion écolo­gique, prétendre qu’il n’y a pas d’al­ter­na­tive aux poli­tiques écono­miques actuelles est menson­ger et dange­reux.

Un pouvoir qui navigue à vue

Balloté par les événe­ments, le pouvoir macro­nien navigue à vue. Il y a certes un regain d’in­ter­ven­tion­nisme, à l’image du « quoi qu’il en coûte » et, dans le discours, avec la récu­pé­ra­tion du terme de plani­fi­ca­tion écolo­gique. Mais la doctrine reste la poli­tique de l’offre : le marché est le seul opéra­teur pour orga­ni­ser les échanges, ce qui donne aux entre­prises et aux déten­teurs de capi­taux le plein pouvoir de défi­nir notre mode de déve­lop­pe­ment. Le résul­tat est une catas­trophe écolo­gique, un envol des reve­nus des plus riches du fait de baisses d’im­pôts massives en leur faveur et une écono­mie privée qui aspire de plus en plus de subven­tions publiques : celles-ci ont été multi­pliées par deux après la crise de 2008 et de nouveau par deux à la suite de la pandé­mie.

Peu effi­cace et injuste, cette stra­té­gie conduit in fine à la dégra­da­tion de la situa­tion du pays, tant sur le plan des indi­ca­teurs sociaux et écolo­giques que sur celui du déve­lop­pe­ment écono­mique. Les contre-perfor­mances de notre pays en matière de morta­lité infan­tile, de niveau de mathé­ma­tiques des élèves, d’inac­tion clima­tique ou de défi­cit exté­rieur font ici système. Il s’agit d’une crise géné­rale du gouver­ne­ment qui exige une bifur­ca­tion.

Gouver­ner par les besoins

En abor­dant les ques­tions écono­miques sous l’angle de la satis­fac­tion des besoins, le programme de la NUPES propose une autre voie. Son prin­cipe fonda­men­tal consiste à relier l’im­mé­dia­teté de l’ur­gence sociale au temps long d’un mode de déve­lop­pe­ment dési­rable et respec­tueux des impé­ra­tifs écolo­giques.

Appor­ter une réponse immé­diate à la crise sociale en est donc la condi­tion préa­lable. L’in­fla­tion grignote le pouvoir d’achat et l’ac­ti­vité en berne va aggra­ver une situa­tion déjà alar­mante. Si une majo­rité macro­nienne est recon­duite, les prochains mois seront très diffi­ciles pour la majeure partie de la popu­la­tion.

A l’in­verse, une victoire de la NUPES appor­te­rait immé­dia­te­ment des avan­cées : blocage des prix des produits de première néces­sité, hausse du Smic à 1500 euros nets, négo­cia­tion des salaires au niveau des branches, reva­lo­ri­sa­tion des retraites et des mini­mas sociaux, mise en place d’une allo­ca­tion d’au­to­no­mie pour les jeunes ainsi qu’un programme de garan­tie d’em­ploi permet­tront de soula­ger les diffi­cul­tés les plus urgentes et de restau­rer la confiance en l’ave­nir pour le plus grand nombre.

La poli­tique des reve­nus ne peut cepen­dant être l’al­pha et l’oméga de la recons­truc­tion socioé­co­no­mique. Celle-ci passe par une remo­bi­li­sa­tion de la puis­sance publique et la construc­tion d’un projet produc­tif à long terme, compa­tible avec le respect de la biosphère. Cela implique un effort de finan­ce­ment des équi­pe­ments et de reva­lo­ri­sa­tion des condi­tions de travail, notam­ment dans les domaines de l’édu­ca­tion, du soin et de la recherche où les retards accu­mu­lés démo­ra­lisent les person­nels. Les rela­tions sociales dans l’en­tre­prise doivent être consi­dé­ra­ble­ment démo­cra­ti­sées, ce qui passe notam­ment par une meilleure repré­sen­ta­tion des sala­riés dans les instances de déci­sion des entre­prises, un renfor­ce­ment du rôle des syndi­cats et la limi­ta­tion des écarts de salaires.

Un redé­ploie­ment des services essen­tiels (éduca­tion, trans­ports, santé, poste, justice) permet­tra la redy­na­mi­sa­tion écono­mique des terri­toires sacri­fiés sur l’au­tel de la réduc­tion des coûts. La propo­si­tion d’ins­tau­rer une plani­fi­ca­tion écolo­gique démo­cra­tique et contrai­gnante vise quant à elle une projec­tion à long terme de nos socié­tés compa­tible avec une décrois­sance des pollu­tions et de l’uti­li­sa­tion des ressources natu­relles.

Notre programme est solide

Les inves­tis­se­ments concer­nant la recons­truc­tion des services publics et la tran­si­tion écolo­gique néces­sitent des finan­ce­ments. L’op­tion choi­sie est d’abord celle de la justice sociale au service de l’ef­fi­ca­cité. Une fisca­lité plus progres­sive sur les reve­nus et les patri­moines, le réta­blis­se­ment de l’ISF et la suppres­sion de la flat tax ainsi que la lutte contre la fraude permet­tront de déga­ger des ressources supplé­men­taires impor­tantes et de limi­ter le recours à l’en­det­te­ment. Si l’ef­fort prévu est substan­tiel pour les plus favo­ri­sés, en parti­cu­lier pour les riches héri­tiers, les impôts seront constants ou en baisse pour 90 % de la popu­la­tion.

En matière de dette publique, la conjonc­ture est excep­tion­nel­le­ment favo­rable car l’ac­crois­se­ment de l’épargne et le déve­lop­pe­ment des produits finan­ciers s’ac­com­pagnent d’une demande accrue d’ac­tifs sûrs. Or, n’en déplaise aux cassandres conser­va­trices, la dette française béné­fi­cie de ce statut très privi­lé­gié : d’une part, nos condi­tions d’em­prunt sont parmi les meilleures du monde, d’autre part, l’es­sen­tiel de la dette Française a été contrac­tée à des taux très faibles et avec des matu­ri­tés loin­taines. Un niveau modéré d’in­fla­tion est favo­rable aux finances publiques, une telle dyna­mique est donc souhai­table à condi­tion que les reve­nus du travail et les trans­ferts sociaux soient proté­gés. Enfin, nous prévoyons un recours accru au pôle public bancaire afin d’orien­ter la créa­tion moné­taire et l’épargne des Français vers les besoins collec­tifs et se prému­nir contre les effets désta­bi­li­sa­teurs des marchés finan­ciers.

Alors que les marges de certains groupes français atteignent des records histo­riques, la progres­sion des salaires sera finan­cée par un rééqui­li­brage du partage de la valeur entre salaires et profits. Dans le même temps, le dyna­misme de la demande popu­laire, la tran­si­tion écolo­gique et le soutien aux relo­ca­li­sa­tions et à l’in­no­va­tion stimu­le­ront l’in­ves­tis­se­ment.

Cette élec­tion est le moment de redé­cou­vrir les vertus écono­miques de l’am­bi­tion collec­tive et de la soli­da­rité. Fruit d’un travail collé­gial expert et citoyen, le programme défendu par la NUPES est le socle d’un rassem­ble­ment inédit. La victoire de ce projet à la fois social, écolo­gique et démo­cra­tique les 12 et 19 juin prochain permet­trait enfin de mobi­li­ser l’éco­no­mie pour prendre soin de la planète et de nos condi­tions de vie.

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