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Les Gilets jaunes de Commercy

Issu d’un jour­nal alter­na­tif de l’Est:

https://manif-est.info/Ce-soir-la-un-air-de-revo­lu­tion-flot­tait-a-Commercy-878.html

Ce soir-là un air de révo­lu­tion flot­tait à Commer­cy…


Commercy | Publié le 15 décembre 2018 | |
Ce vendredi 7 décembre au soir, alors que toute la France se deman­dait ce que réser­ve­rait un acte IV de mobi­li­sa­tion des Gilets Jaunes, présenté comme un seuil critique de menace des insti­tu­tions étatiques, à Commercy flot­tait un air de révo­lu­tion. Venues de plusieurs points de mobi­li­sa­tion en Meuse et même de Meurthe-et-Moselle, près de 150 personnes ont répondu à l’in­vi­ta­tion à une « Assem­blée extra­or­di­naire des Gilets Jaunes de Commercy ».

À l’ori­gine la salle, réser­vée par l’as­so­cia­tion Là Qu’on Vive, pour présen­ter et débattre d’une initia­tive de muni­ci­pa­lisme liber­taire à Commercy, s’est fina­le­ment trans­for­mée, par la force des choses et la coïn­ci­dence heureuse des envies, en une assem­blée extra­or­di­naire des Gilets Jaunes.

Une occa­sion pour sortir de la tempo­ra­lité au jour le jour du mouve­ment social, faire une rétros­pec­tive des actions locales et de l’évo­lu­tion natio­nale de la mouve­ment au cours des trois semaines passées. Un moment surtout pour ouvrir la parole à tous et toutes sur la percep­tion du mouve­ment et de ses enjeux et pour se proje­ter sur des lende­mains, au-delà de ce qui pour­rait se passer dans les jours et semaines à venir.

Le commun qui s’est créé autour des ronds-points, sur les barrages routiers, au gré des actions et assem­blées, des discus­sions riches et nombreuses qui ont émaillé les dernières semaines, aspire ici et là, un peu partout en France, à s’an­crer dans la durée, s’ag­glo­mé­rer et s’or­ga­ni­ser sans se struc­tu­rer forcé­ment, ouvrir dans tous les cas sur un nouvel avenir de société.

Si pour beau­coup la taxe sur les carbu­rants a été l’étin­celle, les causes de frus­tra­tions sont innom­brables, surtout dans des villes et régions à forte popu­la­tion ouvrière, fort taux de chômage, de pauvreté et avec un impor­tant senti­ment d’aban­don et de mépris insti­tu­tion­nel.

« Pas de chefs, pas de partis, pas de syndi­cats, pas de récu­pé­ra­tion poli­tique, le pouvoir par et pour le peuple ! » est un mot d’ordre qui par-delà toutes les diffé­rences entre les indi­vi­dus, a fait l’una­ni­mité d’un mouve­ment de colère et de révolte parti d’une popu­la­tion défiante envers les beaux-parleurs et poli­ti­ciens en tous genres.

« On est pas bêtes, on comprend qu’on nous enfume » est une phrase récur­rente des assem­blées qui réunissent chaque soir, qu’il vente, pleuve ou grêle, celles et ceux qui aspirent à réin­ven­ter une démo­cra­tie directe sans forcé­ment en avoir forma­lisé les moyens et les outils. Juste une intui­tion profonde d’une confis­ca­tion du pouvoir de déci­sion par la repré­sen­ta­ti­vité élec­to­rale, qui depuis long­temps à creusé le fossé entre une classe poli­tique élitiste et mépri­sante des réali­tés sociales, et une popu­la­tion qui doute, qui vote de moins en moins et qui cherche sa vérité sur les réseaux sociaux, les vidéos de youtube et a appris à se défier des infor­ma­tions média­tiques et des discours poli­tiques.

Une popu­la­tion aussi qui prend chaque jour davan­tage conscience que la consom­ma­tion ne fait pas le bonheur, quand bien même le pouvoir d’achat augmen­te­rait. Stress, préca­rité et dété­rio­ra­tion des condi­tions de travail minent la vie fami­liale, appau­vrissent et souvent réduisent à néant la vie sociale. Si les classes moyennes surnagent, le peuple qui se lève à 5h, qui trime à la chaîne ou dans les petits boulots à la semaine, qui partage sa vie entre la file du pôle emploi et celle de la CAF, entre le turbin et la galère d’as­su­mer une vie de famille à côté, ce peuple-là est éreinté et aspire à du chan­ge­ment, aspire simple­ment au bien-être mais surtout à la possi­bi­lité du bonheur.

Ce vendredi soir à Commercy, ce sont ces voix-là, ces aspi­ra­tions qui se sont expri­mées jusqu’à tard dans la soirée. Entre passion, rires et espoir, les prises de paroles ont égrené les envies de récrire une consti­tu­tion, ébau­cher un réfé­ren­dum citoyen, pour­suivre les blocages, mettre en place des cahiers de doléance, construire des assem­blées déci­sion­nelles aux ordres desquels seraient les élus.

Lorsqu’on entrait dans la salle avant l’as­sem­blée, on y trou­vait des hommes et femmes affu­blés de gilets, discu­tant dans une humeur joyeuse, jouant aux cartes, prépa­rant un diapo­rama pour la rétros­pec­tive des actions récentes, servant café et gâteaux appor­tés par les unes ou les autres, ou encore d’autres instal­lant des instru­ments pour finir la soirée en musique. Un joyeux bras­sage de personnes entre lesquelles le fil des semaines entre actions, perma­nences, assem­blées et soli­da­rité, a tissé des amitiés.

On s’en­gueule, on rigole, on a la larme à l’oeil, mais on s’écoute avec atten­tion, et plus de 3 heures d’as­sem­blée plus tard une centaine de personnes est toujours là, alerte, prête à débattre jusqu’au coeur de la nuit. Un espace de rencontre, de discus­sion, d’ex­pres­sion inédit qui jusqu’a­lors exis­tait autour d’une cabane de palettes construite sur la place centrale et devenu le point de rallie­ment, le lieu des soupes soli­daires du samedi et le point d’in­for­ma­tion qui fait la fierté des Gilets Jaunes de Commercy, un espace qui prend soudain une dimen­sion plus large, celle de l’as­sem­blée du peuple. Mala­droite mais sincère, cette dernière a relevé le défi de la propo­si­tion faite à travers une vidéo très large­ment relayée et plébis­ci­tée : construire un commun entre des personnes d’ho­ri­zons très diffé­rents et perdu­rer en se donnant un nouveau rendez-vous, dans une quasi-unani­mité, deux semaines plus tard au même endroit. Et d’ici là on conti­nue à se mobi­li­ser au quoti­dien à la cabane, sur les péages et partout où ce sera néces­saire pour faire plier le gouver­ne­ment et Macron à sa tête.

La soirée s’est finie avec un soutien aux lycéens inter­pel­lés, des dizaines de genoux à terre, mains derrière la tête puis le poing levé. Et une reprise en choeur d’un chant des parti­sans rema­nié, devenu une sorte d’hymne des Gilets Jaunes de Commercy. Un moment de soli­da­rité beau et vibrant à tous égards.

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Le Chant des parti­sans version Gilets Jaunes

Et enfin, quelques bribes de ce qu’on a pu entendre ce soir-là à Commercy :

« Le gouver­ne­ment les connaît les doléances !
Les Gilets Jaunes sont en COLÈRE. La commu­ni­ca­tion entre le peuple et le gouver­ne­ment ne se fait pas. Le gouver­ne­ment est sourd ! Le seul moyen de commu­ni­ca­tion qu’on a c’est la coer­ci­tion ! Il faut les forcer, eux ne connaissent que le bâton. »

« Le gouver­ne­ment n’a aucun négo­cia­teur, il est obligé de céder ! On fait un mélange entre la casse et l’éner­ve­ment ! Ils disent « calmez vous calmez vous calmez vous » On fait croire que ça va être la guerre à Paris et qu’il faut rester calme, c’est une façon de détour­ner l’at­ten­tion de la colère que les gens ressentent. Il faut conti­nuer à porter des reven­di­ca­tions pour dire « on exige main­te­nant que ça avance, on ne veut plus vivre comme on vit aujourd’­hui ». Quand on va à la CAF quand on appelle un opéra­teur télé­pho­nique on se fait prendre pour des cons, on a jamais un inter­lo­cu­teur fixe, on se fout de notre gueule partout ! Ça me fait du bien je vois pas tous ces gens tous les jours ! qu’on n’at­tende pas de tout deman­der aux poli­ti­ciens ils feront toujours les choses à moitié ! À chaque fois on se fait entu­ber, à chaque fois c’est « on se fait une réforme super dure et face à la contes­ta­tion on applique que la moitié mais on le fait quand même ! ». Faut que ça s’ar­rête, faut qu’on conti­nue !  »

« Ce qu’on a obtenu c’est bien, ça avance, ils ont peur. On ne peut plus être gouverné par ce gouver­ne­ment qui a été élu. On nous a mis dans des petites cases depuis des années, là enfin des gens sont sortis et se sont rencon­trés, enfin ! Il faut que ça se termine en évitant des bains de sang. De quel droit on fait ça à nos jeunes ?  »

«  Et faut rester paci­fiste après ? Faut tout casser !  »

« Moi si je reste à commercy c’est parce que je n’ai pas peur, parce qu’il y a une cohé­sion. »

« Tu disais que tes grands parents ils se sont battus mais qu’ont-ils obtenu ? »

« Il ne faut pas attendre quoi que ce soit de ce gouver­ne­ment ni d’un autre ! Avec ce mouve­ment il faut essayer de chan­ger la Cons­ti­tu­tion ! Recons­truire ensemble des règles voulues par l’en­semble de la popu­la­tion qui garan­tissent que les volon­tés du peuple aillent jusqu’en haut. Faire des ateliers consti­tuant. »

« Moi ce qui m’’im­porte c’est le partage des richesses. Même si on bais­sait les taxes et rendait l’ISF ça serait comme avant ! Moi ce que je veux c’est faire plier la bour­geoi­sie, c’est pas Macron qui dirige c’est le MEDEF et la finance derrière ! »

« Moi jsuis pas paci­fiste je suis révo­lu­tion­naire ! Moi je suis pour que ça brûle ! L’autre solu­tion c’est bloquer Paris, faut bloquer Paris ! Tu t’es battu en mai 68. Y’en a marre du paci­fisme ! j’ai 3 enfants je veux pas qu’ils vivent dans ce monde. »

« La France a perdu sa souve­rai­neté en France ! Le problème c’est l’Eu­rope ! »

« Je suis touchée par ce regain de dignité ! Il y a une couleur qui manque dans ce mouve­ment c’est le vert ! Oui il faut faire une aboli­tion des privi­lèges, il faut les lister ! Redis­tri­buer les richesses oui, mais si c’est pour polluer plus long­temps. »

« Si on est là ensemble c’est pour le droit à une vie digne pour obte­nir satis­fac­tion sur les reven­di­ca­tions ! On peut réflé­chir à un chan­ge­ment de système mais ce qui compte c’est gagner main­te­nant. C’est MAINTENANT qu’on veut une vie digne et POUR TOUT LE MONDE !! »

« L’éco­lo­gie de Macron c’est une écolo­gie puni­tive injuste inef­fi­cace qui s’en prend aux plus faibles ! »

« Je voudrais qu’il y ait de la place pour les femmes et les reven­di­ca­tions des femmes ! »

« Moi ce que je ne veux pas c’est la violence c’est inac­cep­table ! Je suis soli­daire du mouve­ment, mais alors la violence je peux pas »

« Paci­fiques ça veut pas dire bisou­nours ! Je vais pas aller provoquer à Paris. »

« Je pense que le boycott est l’arme citoyenne par excel­lence. »

« La démo­cra­tie c’est une bonne chose au niveau local mais moi je m’es­time incom­pé­tent au niveau d’un Etat pour prendre des déci­sions tech­niques sur les diffé­rents secteurs etc. En toute humli­lité je pense que le peuple n’est pas capable de prendre toutes les bonnes déci­sions. Si on avait des gens honnêtes comme ministres, des bons tech­ni­ciens qui prennent des bonnes déci­sions, le peuple n’a pas à toujours se pronon­cer ! »

« Moi je crois que y’a pas mal de compé­tences un peu partout dans le peuple et je leur confie­rais beau­coup plus de choses qu’aux énarques qui nous pour­rissent la vie ! À l’époque c’était germi­nal y’avait un grand mouve­ment ouvrier les mineurs, etc ! La maré­chaus­sée les a fusillés. Au début du mouve­ment de l’édu­ca­tion popu­laire, les ouvriers ont dit « on nous fait passer pour des cons tout le temps, ces gens là décident tout pour nous ! ». Ils ont acheté ou exigé des bâti­ments, des Maisons du peuple, et ont fait des cours pour tout le monde, éduca­tion auto­nome, soin, nour­ri­ture, etc. À l’époque on a zigouillé ce mouve­ment avec la première guerre mondiale qui a tué énor­mé­ment d’ou­vriers. 
Mais à force d’avoir l’au­to­no­mie alimen­taire, bouf­fer correc­te­ment, avoir des soins, les gens se sont rendus compte à quel points ils étaient mani­pu­lés. Il faut se donner les moyens de l’au­to­no­mie ! Comme on met rien en commun on est seuls à essayer de s’en sortir chacun pour soi ! En 3 semaines la soli­da­rité a déjà donné beau­coup. »

« En tant que citoyen on se sent dépos­sé­dés de plein de choses ! On a tous un degré de compro­mis­sion fort, faut ache­ter de l’es­sence, des vête­ments, etc. c’est dur de renon­cer à ça. Chan­ger nos modes de consom­ma­tions en tant qu’é­co­lo­gistes pour faire du mal à la finance. »

« Y’a pleins de sujets compliqués mais on peut parfai­te­ment s’en passer : le nucléaire, la course aux étoiles, l’arme spatiale, etc ! Y’a pas besoin d’avoir fait bac + 10 pour gérer les choses ! »

« Les élus ont leur demande pas d’avoir une exper­tise, on leur demande de prendre des déci­sions ! »

« Je suis fier du peuple français ! Je suis telle­ment nourri par ce qui se passe ! »

« Vous devriez bloquer les auto­routes, embê­ter les gens riches, ne lais­ser rentrer personnes sur les auto­routes ! »

« Il faut discu­ter aux rond-points ! »

« Avant je ne parti­ci­pais pas mais main­te­nant je vois que c’est bien sensé ! »

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