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22 personnes ébor­gnées, cinq personnes ayant eu une main arra­chée. Main­te­nant ce sont des morts qui sont annon­cés par Macron et son Casta­ner.

Voici des extraits d’un article excellent de François Bonnet de Media­part.

« La déci­sion d’an­non­cer le renfor­ce­ment du « dispo­si­tif Senti­nelle » – entre 7 000 et 10 000 soldats – et son déploie­ment samedi 23 mars contre les mani­fes­ta­tions possibles de « gilets jaunes » à Paris est une rupture histo­rique dans l’ordre répu­bli­cain. La mise en scène faite par le pouvoir de cette déci­sion renforce encore cette appré­cia­tion.

La mesure a été prise person­nel­le­ment par Emma­nuel Macron, a-t-il été souli­gné, puis annon­cée en conseil des ministres. (…)

Le pouvoir choi­sit donc d’or­ga­ni­ser un face-à-face entre l’ar­mée et le peuple. « Vous voulez de l’ordre public ? Cela implique de passer à l’of­fen­sive. On peut craindre des bles­sés, voire des morts », prévient un député de la majo­rité, cité par Le Monde. Sommes-nous encore en France ? Imagine-t-on une telle mesure et de tels propos tenus, par exemple en Italie, par le ministre d’ex­trême droite Matteo Salvini, par exemple en Hongrie, par le premier ministre natio­na­liste Viktor Orbán, par exemple en Russie, par Vladi­mir Poutine ? Le tollé serait immé­diat. (…)

Nous y sommes, l’État mobi­lise la troupe pour endi­guer et mieux répri­mer un mouve­ment social désor­mais consi­déré comme « un ennemi inté­rieur », seul motif d’en­ga­ge­ment de l’ar­mée sur le terri­toire natio­nal, comme l’ont rappelé les succes­sifs livres blancs sur la défense. (…)

Car les milliers de soldats mobi­li­sés vien­dront bel et bien parti­ci­per à un dispo­si­tif global de main­tien de l’ordre. (…)

Et alors ? « Et qu’est-ce qui se passe après ? Les mili­taires tirent ? C’est un métier la police ! Quelles que soient les circons­tances, l’ar­mée ne peut et ne doit assu­rer aucune tâche de police », a protesté Jean-Luc Mélen­chon, mercredi soir sur BFM. « Vous êtes deve­nus fous ! », a-t-il ajouté à l’adresse de François Bayrou. Une excla­ma­tion qui faisait écho à celle du député de centre-droit Charles de Cour­son quand il s’in­di­gnait de la loi anti­cas­seurs : « Mais où sommes-nous ? Réveillez-vous mes chers collègues ! C’est la dérive complète ! C’est une pure folie de voter ce texte ! On se croit revenu sous le régime de Vichy. »

Or c’est tout autre chose qu’a reven­diqué, jeudi, le ministre de l’in­té­rieur Chris­tophe Casta­ner. Depuis samedi, l’homme est pointé du doigt pour son incom­pé­tence, sa bruta­lité et son inca­pa­cité à se faire obéir par ses services. Il s’est donc placé jeudi sous le patro­nage de Georges Clemen­ceau en instal­lant le nouveau préfet de police de Paris. (…) Il ne s’agis­sait pas là du Clemen­ceau de la Grande Guerre, mais du Clemen­ceau ministre de l’in­té­rieur. Celui qui, après la catas­trophe minière de Cour­rières, fit donner la troupe en 1906 pour écra­ser dans le sang les grèves dans les char­bon­nages puis conti­nua les années suivantes à répri­mer dans la violence les mouve­ments ouvriers. (…)

L’ar­mée n’a jamais été appe­lée à inter­ve­nir dans de telles situa­tions depuis les grandes grèves de 1947–1948. Les commu­nistes venaient de quit­ter le gouver­ne­ment, la guerre froide était enga­gée, et le gouver­ne­ment de la jeune IVe Répu­blique décida de pour­chas­ser l’« ennemi inté­rieur ». C’est un socia­liste, Jules Moch, alors ministre de l’in­té­rieur, qui envoya les troupes pour mater les mineurs. Il mobi­lise 60 000 CRS et soldats pour impo­ser aux 15 000 grévistes la reprise du travail. L’ar­mée occupe les puits de mine. Bilan : plus de trois mille licen­cie­ments, six morts et de nombreux bles­sés (…)

Cette esca­lade s’ac­com­pagne d’une agres­si­vité gran­dis­sante du ministre et du premier ministre. La plupart de leurs décla­ra­tions, depuis samedi, visent à prépa­rer l’opi­nion à l’ac­ci­dent, c’est-à-dire à un ou des morts. « Si nous avons une stra­té­gie qui permet aux forces de l’ordre d’être plus mobiles, d’être plus dyna­miques, d’être plus fermes, il y a plus de risques » d’ac­ci­dents, a assumé, lundi soir sur France 2, le premier ministre Édouard Philippe. (…)

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