Adèle Haenel, une parole devenue phénomène : “Elle enlève la peur et donne confiance”
Dans les librairies où elle défend son livre, des centaines de personnes se massent autour de l’actrice et autrice pour l’écouter dénoncer, sans relâche, les dominations systémiques. Une ferveur assez unique, comme l’est son parcours.
Adèle Haenel, 37 ans, est là pour évoquer son premier livre, Viser juste (1), paru fin août à L’Arche, maison d’édition indépendante, et écrit en collaboration avec la metteuse en scène Gisèle Vienne. Dans un texte dense, parfois ardu, à la croisée du théâtre, de l’essai, du scénario et du récit, la comédienne fait la peau aux dominations subies. Sexuelles, langagières, patriarcales. Il est question de l’emprise d’un réalisateur sur une « petite muse de 11 ans », des violences faites aux enfants, des injonctions tracées par une norme envahissante, d’un « enfant massacré », achevé par un « nuage sinistre de non-dits ». Et de la volonté de « prendre en sens inverse le trajet creusé par la violence pour repasser du statut d’objet à celui de sujet ». Celle qui a fait condamner le réalisateur Christophe Ruggia pour agressions sexuelles et qui a quitté avec fracas le monde du cinéma en 2023 enquête sur elle-même pour une « remise en sens » qui lui est salutaire.
