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Assi­gnez-moi !

Monsieur le Ministre de l’In­té­rieur, Je demande mon assi­gna­tion à rési­dence, dans les meilleurs délais.

Alain Bros­sat (profes­seur de philo­so­phie émérite, univer­sité Paris 8 Saint-Denis) et Olivier Le Cour Grand­mai­son (univer­si­taire, maître de confé­rences en science poli­tique à l’uni­ver­sité d’Evry- Val d’Es­sonne) ont mis en circu­la­tion pendant le week-end des 12 et 13 décembre une lettre ouverte déjà signée par plus de 60 personnes qui brocarde l’état d’ur­gence :

Monsieur le Ministre de l’In­té­rieur,

Je demande mon assi­gna­tion à rési­dence, dans les meilleurs délais.

Il se trouve en effet que je partage l’es­sen­tiel des convic­tions de nombre de mili­tants écolo­gistes, alter­mon­dia­listes et autres squat­teurs qui ont fait tout récem­ment, par dizaines, l’objet de cette mesure admi­nis­tra­tive, dans le cadre de l’état d’ur­gence mis en place à l’is­sue des atten­tats du 13 novembre 2015 :

– Je suis l’ad­ver­saire déclaré des aven­tures mili­taires néo-colo­niales actuel­le­ment conduites au nom de la France et d’un « droit de légi­time défense » parfai­te­ment nébu­leux.

– Je trouve abject votre projet d’ins­crire dans la Cons­ti­tu­tion de notre pays la possi­bi­lité de déchoir de leur natio­na­lité des bina­tio­naux présu­més coupables, mesure distinc­te­ment inspi­rée par le Front natio­nal auquel, au demeu­rant, vous préten­dez « faire barrage ».

– Je trouve odieux que des musul­mans fassent l’objet d’une assi­gna­tion à rési­dence du simple fait qu’ils tiennent une sand­wi­che­rie halal ou fréquentent une mosquée estam­pillée comme suspecte – ou du simple fait qu’ils sont musul­mans ou étique­tés comme tels.

– Je me refuse à me déso­li­da­ri­ser des réfu­giés (aujourd’­hui par vous assi­mi­lés à des terro­ristes) avec lesquels je me bats pour qu’ils-elles puissent vivre là où bon leur semble. Je ne renon­ce­rai pas à mani­fes­ter auprès des collec­tifs des quar­tiers popu­laires qui, de Saint-Denis à Moel­len­beek, n’ont pas attendu le 13 novembre pour vivre en état d’ur­gence (et, depuis des décen­nies, pour pleu­rer leurs morts des suites de « bavures poli­cières »).

– Je m’op­pose formel­le­ment au projet de construc­tion d’un nouvel aéro­port dans la région de Nantes et, pour cette raison, me déclare soli­daire des Zadistes qui occupent la zone contes­tée.

– Je suis scan­da­lisé-e par le fait que l’enquête concer­nant la mort de Rémi Fraisse, tué par un gendarme, ait été confiée à la gendar­me­rie.

– Je me suis déli­bé­ré­ment abstenu-e de pavoi­ser au jour dit, ceci au mépris des consignes expres­sé­ment dispen­sées aux citoyens par les services de l’Etat.

– Je consi­dère que l’état d’ur­gence rendant possible, dans les condi­tions expé­di­tives que vous savez, ma propre assi­gna­tion à rési­dence (comme celle de tant d’autres) consti­tue une atteinte carac­té­ri­sée aux droits des citoyens et aux liber­tés publiques – à commen­cer par l’in­ter­dic­tion de mani­fes­ter. J’y vois l’ébauche d’un régime poli­cier du plus mauvais aloi. Ce simple fait devrait suffire ample­ment à justi­fier l’exé­cu­tion de la mesure susmen­tion­née.

Je ne doute pas un instant que vos services sauront utile­ment complé­ter ce tableau attes­tant ma dange­ro­sité et rendant néces­saire mon assi­gna­tion à rési­dence – ceci que mon nom figure ou non parmi ceux des suspects enre­gis­trés sous la lettre « S ».

Si ces messieurs-dames de la police pouvaient, simple­ment, lorsqu’ils vien­dront me noti­fier cette mesure de salu­brité publique, se dispen­ser de faire voler en éclats ma porte (que je suis tout-e disposé-e à leur ouvrir dès le premier coup de sonnette, à toute heure du jour ou de la nuit) et de dévas­ter mon loge­ment dans lequel les livres, les usten­siles de cuisine et les kits de jardi­nage comptent en plus grand nombre que les armes de guerre, je leur (et vous) en voue­rais une recon­nais­sance durable.

Dans l’es­poir que ma démarche saura rete­nir votre atten­tion, je vous prie, Monsieur le Ministre, etc., etc.

https://www.change.org/p/monsieur-le-ministre-de-l-int%C3%A9rieur-assi­gnez-moi

Les premiers signa­taires
Gilbert Achcar (ensei­gnant univer­sité Paris 8 Saint-Denis); Norman Ajari (mili­tant déco­lo­nial et ensei­gnant); Gérard Alle (écri­vain et réali­sa­teur); Jean-Claude Amara (porte-parole de Droits Devant!); Sandrine Amy (archi­tecte); Abdel Aoua­che­ria (biolo­giste); Orgest Azizaj (traduc­teur, philo­sophe, bina­tio­nal); Anne Baillard Gwer­nig (auteure); Sidi Moham­med Barkat (philo­sophe);  Philippe Bazin (photo­graphe); Farid Bennaï (membre du Front uni des immi­gra­tions et des quar­tiers popu­laires); Claude Bernard (ingé­nieur réseau); Isabelle Bettin­ger-Théaud (mili­tante anti­co­lo­nia­liste); David Biet (inter­mit­tent du spec­tacle, tech­ni­cien audio­vi­suel); Alain Bihr (univer­si­taire retraité, mili­tant liber­taire); Stéphane Blon­deau (graphiste); Philippe Bonnet (paysan); Said Boua­mama (socio­logue et mili­tant du Front uni des immi­gra­tions et des quar­tiers popu­laires – FUIQP); Henri Braun (avocat); Olivier Bris­son (avocat); Jean-Chris­tophe Brochier (éditeur); Alain Bros­sat (univer­si­taire); Cédric Cagnat (philo­sophe); Cyril Cagnat (arti­sans audio­vi­suel); Laurent Cauwet (éditeur); Michèle Chadeis­son (libraire); Estelle Chau­vey (infir­mière); Jean-Pierre Dacheux (président de l’as­so­cia­tion Ici et Ailleurs pour une philo­so­phie nomade); Jean-Louis Danflous (mili­tant SUD à la retraite); Chris­tine Delphy (socio­logue, direc­trice de recherche émérite); Joachim Dupuis (profes­seur de philo­so­phie); Jérôme Ferrand (citoyen); Tony Ferri (philo­sophe, auteur de La compul­sion de punir);  Jean-Pierre Garnier (socio­logue); Albane Geslin (citoyenne); François Gèze (éditeur); Serge Gross­vak (direc­teur du Centre Social, juif paci­fiste); Nacira Guénif (Profes­seure Univer­sité Paris 8 Saint-Denis); Marjo­laine Guille­min (copré­si­dente de la FASTI, copré­si­dente de l’ASTI d’An­no­nay); M’ha­med Kaki (président de l’as­so­cia­tion Les Oranges); Ali Kebir (profes­seur de philo­so­phie); Olivier Le Cour Grand­mai­son (univer­si­taire); Noël Mamère (député écolo­giste de la Gironde); Cyrille Marconi (ensei­gnant-cher­cheur);  Alain Naze (ensei­gnant à Mayotte); Luca Paltri­nieri (commerçant méta­phy­sique); Chris­tiane Passe­vant (Radio liber­taire); Jean-Cyril Vadi (drama­turge et metteur en scène); Chris­tiane Vollaire (philo­sophe); Olivier Razac (ensei­gnant en philo­so­phie); Mathilde Regad (citoyenne docto­rante); Matthieu Renault (Maître de confé­rences en philo­so­phie, Univer­sité Paris 8-Saint Denis); André Rose­vègue (écoso­cia­liste anti­sio­niste); Philippe Roy (profes­seur de philo­so­phie); Louis Sala-Molins (philo­sophe); Julien Salingue (Docteur en science poli­tique); Jacques et Françoise Salles (mili­tants de la cause pales­ti­nienne); Cathe­rine Samary (écono­miste, alter­mon­dia­liste); Valen­tin Schae­pe­lynck (ensei­gnant-cher­cheur Paris 8); Michèle Sibony (UJFP); Pierre Stam­bul (copré­sident de l’UJFP); Louis-Georges Tin (maître de confé­rences univer­sité d’Or­léans) ; Sylvie Tissot (socio­logue); Richard Wagman (Union Juive Française pour la Paix)…

 

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