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Chaze­rans : « Mon boulot, c’est d’ap­por­ter des éclai­rages »

Entendu par la police sur les propos qu’il aurait tenu dans sa classe et qui lui ont valu de devoir se défendre d’une accu­sa­tion d’apo­lo­gie du terro­risme, Jean-François Chaze­rans explique comment il conçoit son rôle de péda­gogue. Une concep­tion à laquelle nous ne pouvons que sous­crire.

Merci à Jacques Arfeuillères du Parti de Gauche qui nous a permis de repro­duire un de ses billets :

« Jean-François explique très bien ce que doit être le rôle d’un ensei­gnant en cette matière. Plutôt que relayer le message insti­tu­tion­nel, pour que chacun puisse construire la réflexion qui dépasse l’émo­tion pour aller vers l’en­ga­ge­ment citoyen, il faut que les idées s’ex­priment, se confrontent, se testent dans la confron­ta­tion.
Deux clans qui se répondent dans un débat d’idées : le dispo­si­tif péda­go­gique n’a rien de révo­lu­tion­naire mais a tout d’ef­fi­cace.

L’en­sei­gnant ouvre des pers­pec­tives, ajoute ici ou là de la géopo­li­tique, un peu de morale, un rien de dialec­tique. Il relance, donne du rythme, pousse pour bous­cu­ler la paresse des idées toutes faites.

Je n’ai jamais fait autre­ment et demande donc, si c’est ça qui est mis en cause, que nous soyons tous sanc­tion­nés, tous ceux qui, depuis Montaigne, pensent que l’élève n’est pas un vase que l’on remplit.

La décla­ra­tion sur le Mali ? Qui pense sérieu­se­ment que l’on peut évoquer l’hé­ri­tage de la colo­ni­sa­tion sans en évoquer les consé­quences aujourd’­hui ? C’est être extré­miste que de faire de l’his­toire ? Le mot « crapule » ? Je l’uti­lise tous les jours pour mes petits chena­pans qui me poussent dans mes derniers retran­che­ments de père : ils savent manier la provoc, me mettre en porte-à-faux face mes certi­tudes et mes leçons de morale, tout en faisant naitre le sourire de la tendresse. Qui peut dire que Charb, Cabu, Tinious,Wolinski n’étaient pas des crapules ?

L’école a besoin d’en­sei­gnants qui ne trans­forment pas une bonne fois pour toute leur classe en zone stérile, loin du monde et de ses soubre­sauts. Ouvrir des portes, c’est prendre le risque des courants d’air, c’est vrai. Mais les fermer et en assu­rer l’étan­chéité, c’est prendre le risque de l’as­phyxie. Moi je veux que les enfants de notre école, quand il repasse le seuil, ait du cœur, toujours, et du souffle, beau­coup !

Jacques Arfeuillères »

Le dessin est de l’ex­cellent ENEKO

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