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« COVID-19: face à la nouvelle flam­bée du virus, l’ur­gence d’une campagne vacci­nale de masse »

Toutes les équipes de ReVe86 -et leurs chats- étaient en état d’alerte: voici enfin la nouvelle produc­tion du groupe de travail Covid d’En­semble insou­mis et d’En­semble!.

Fantas­tique.

Il y avait eu un premier article:

Voici le deuxième article,publié simul­ta­né­ment sur les les sites d’En­semble!, d’ Ensemble!insou­mis, de Reve 86 (c’est nous) et de bien d’autres sites de la galaxie. C’est parti!

Pascal Bois­sel , 12–1–2021

https://blogs.media­part.fr/pascal-b/blog/120121/lurgence-d-une-campagne-vacci­nale-de-masse

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Une reprise mondiale de la Pandé­mie

Les  Etats Unis  enre­gistrent le  chiffre  effrayant de 3998 morts par jour avec une  tendance nette à l’aug­men­ta­tion et une situa­tion catas­tro­phique à Los Angeles. On mesure là les consé­quences du lais­sez-faire de Trump, mais il ne faut pas se bercer de mots : la situa­tion n’est nulle part tota­le­ment maitri­sée, même dans les pays ayant décrété (préma­tu­ré­ment) une  victoire sur le virus. La  pandé­mie  conti­nue à sévir au niveau mondial.

La Chine, bien qu’i­so­lée du reste du monde, enre­gistre deux nouveaux clus­ters, notam­ment à Shijiaz­huang, terri­toire qui  compte 11 millions d’ha­bi­tants, capi­tale de la province du Hebei, qui entoure Pékin (51 conta­mi­na­tions auxquelles s’ajoutent 69 cas asymp­to­ma­tiques). On est certes très loin des chiffres améri­cains et euro­péens, mais cela montre que la menace reste présente.

Une situa­tion très inquié­tante en Europe

En Europe, la situa­tion se carac­té­rise hors de France, et plus parti­cu­liè­re­ment  en Grande Bretagne, en Alle­magne et en Suisse, par une  nouvelle flam­bée  épidé­mique très inquié­tante. Le Royaume-Uni enre­gis­trait 60 000 nouveaux cas et 1035 morts le 9 Janvier… En Alle­magne la situa­tion connaît une brusque dété­rio­ra­tion qui témoigne du carac­tère assez impré­vi­sible de la dyna­mique de l’épi­dé­mie. Le 28 Août le pays décla­rait 114 décès pour 1 million d’ha­bi­tant.es, le 28 octobre il décla­rait 122 décès et le 10 janvier, après le second confi­ne­ment et globa­le­ment avec une maîtrise de la situa­tion jugée géné­ra­le­ment meilleure qu’en France, l’Al­le­magne décla­rait 500 décès pour un million d’ha­bi­tant.es…

La  flam­bée au Royaume-Uni semble être due en  grande partie à l’ap­pa­ri­tion d’un mutant viral parti­cu­lier qui présente non pas encore un taux de léta­lité modi­fié, mais  a priori une conta­gio­sité nette­ment supé­rieure. Cette muta­tion  est diffé­rente d’une autre, dite Sud-Afri­caine, pour laquelle des inquié­tudes existent concer­nant sa noci­vité chez des sujets plus jeunes. Les  anti­corps  produits  par  les  vaccins  sont  appa­rem­ment  (et pas  que  pour  Pfizer)  toujours effec­ti­ve­ment neutra­li­sants pour ces deux variants. Mais évidem­ment le risque existe d’une nouvelle muta­tion du virus qui contre­di­rait leur effi­ca­cité. Or ces variants, sont  déjà présents  sur le  sol  français, en parti­cu­lier le variant dit « anglais » pour lequel il existe d’ores et déjà plusieurs clus­ters iden­ti­fiés et une enquête en cours de santé Publique France pour tenter d’en mesu­rer l’in­ci­dence sur le terri­toire français. La situa­tion en France met d’ailleurs de ce point de vue en évidence un retard dans l’ef­fort pour assu­rer un séquençage plus systé­ma­tique des virus en circu­la­tion, permet­tant d’iden­ti­fier les variants.

Dès lors, il faut prendre acte du fait que le déve­lop­pe­ment de la pandé­mie comme l’évo­lu­tion du virus restent large­ment impré­vi­sibles et en tout cas très diffi­ciles à modé­li­ser. L’épi­dé­mie connait des flam­bées régu­lières, régio­nales le plus souvent, et a priori, rien ne permet de penser que cette dyna­mique va cesser. De même le risque d’une muta­tion du virus qui accen­tue­rait sa vira­lité et sa léta­lité ne peut être négligé.

Pour une stra­té­gie vacci­nale offen­sive visant en prio­rité les sujets à risque et les soignant.es

Et quoiqu’il en soit la menace d’une nouvelle flam­bée de l’épi­dé­mie aux consé­quences extrê­me­ment graves est à l’ordre du jour.

Dans ce contexte, la mise en œuvre d’une stra­té­gie vacci­nale ciblant en prio­rité les popu­la­tions les plus à risque et les soignant.es, avec les vaccins dispo­nibles et offrant des garan­ties solides compte tenu des tests qui ont été réali­sés et compte tenu égale­ment de données de l’ob­ser­va­tion pour les popu­la­tions déjà vacci­nées, est une réponse adap­tée. Cela se justi­fie compte tenu du risque parti­cu­liè­re­ment grave que nous fait courir la pandé­mie. Les premiers résul­tats de phase 3 et « phase 3 inté­rim » justi­fient donc une stra­té­gie  vacci­nale offen­sive, stra­té­gie que, pour le moment, le gouver­ne­ment ne s’est pas donné les moyens de mettre en œuvre. Pour autant, on ne doit pas se masquer que plusieurs para­mètres, dont la durée de protec­tion et la persis­tance des anti­corps induits (et la  varia­tion indi­vi­duelle  de  ces données), nous échappent encore. Et bien sûr la surve­nue possible d’ef­fets secon­daires à long terme justi­fie la tenue d’un registre natio­nal des  vacciné.es et le suivi d’échan­tillons de popu­la­tion, dans le cadre d’une étude pous­sée et rigou­reuse de phar­ma­co­vi­gi­lance, et non une  vacci­na­tion à l’aveugle. Ces mesures dont il n’est pas certain que le gouver­ne­ment ait prévu de les prendre doivent impé­ra­ti­ve­ment être mises en oeuvre.

On peut  discu­ter pour savoir si  les  vacci­nés seront «  non conta­mi­na­teurs » ou  simple­ment « proté­gés », ou encore proté­gés seule­ment contre les  formes  graves. A ce stade les résul­tats d’étude des vaccins Moderna et Pfizer  suggèrent  forte­ment une bonne immu­ni­sa­tion des sujets vacci­nés avec des réponses autour de 90% et un effet anti trans­mis­sion. Mais évidem­ment, plus  vite  le nombre  de  vacciné.es augmen­tera pour atteindre des seuils signi­fi­ca­tifs, et plus tôt la diffu­sion du virus sera ralen­tie et limi­tée. Eviter autant que possible des décès est la prio­rité.

D’au­tant plus que la situa­tion est aggra­vée par l’épui­se­ment des person­nels. Le risque d’un effon­dre­ment du système hospi­ta­lier, phéno­mène déjà noté en Cali­for­nie et qui menace dans certaines régions de Grande-Bretagne, ne peut toujours pas être écarté en France.

Les rési­dents des EHPAD consti­tuent une cible prio­ri­taire d’une campagne vacci­nale de masse. Si la morta­lité des moins de 65 ans est très proche en 2019 et 2020, « avec cepen­dant des évolu­tions diffé­ren­ciées selon les tranches d’âge », note l’In­see (la morta­lité des 50 à 64 ans a augmenté de 10%),  au-dessus la hausse du nombre de décès est forte. Et d’au­tant plus forte que l’âge augmente : elle est de 22 % entre 65 et 74 ans et de 30 % au-delà. Dans ce cadre, les décès surve­nus en établis­se­ment pour personnes âgées augmentent plus forte­ment entre 2019 et 2020 : + 50 % du 1er mars au 13 avril 2020 par rapport aux mêmes dates en 2019. Cette surmor­ta­lité est parti­cu­liè­re­ment nette en Ile-de-France où les décès ont été multi­pliés par trois, et dans le Grand Est, les deux régions les plus touchées par l’épi­dé­mie. Le Monde chiffre de son côté à 22 000 le nombre des décès surve­nus parmi les résident.es des EHPAD lors de la première vague, soit à peu près 2/3 des décès. Situa­tion qui reflète aussi le carac­tère très dégradé des condi­tions de prise en charge et de suivi médi­cal des personnes âgées héber­gées en EHPAD. Il va  sans dire qu’une flam­bée non maîtri­sée de l’épi­dé­mie, avec des risques éven­tuel­le­ment accrus par les nouveaux variants viraux, repré­sente un danger consi­dé­rable pour cette caté­go­rie de la popu­la­tion.

Certes la réponse au niveau de la produc­tion des anti­corps et la réponse cellu­laire dimi­nuent avec l’âge. Certes les phases 3 ont inté­gré peu de personnes ayant plus de 75 ans. Certes, les effets secon­daires  existent aussi chez ces patients. Mais enfin, ils sont, hors le choc anaphy­lac­tique, rela­ti­ve­ment anodins et en l’état  tran­si­toire (ce qui n’ex­clut pas des effets à long terme peu connus faute de recul). Avec un  choc anaphy­lac­tique pour 100 000 personnes immu­ni­sées  par le  Pfizer  et une réponse  séro­lo­gique posi­tive, la balance  risque vacci­nal/risque viral est favo­rable au vaccin. Donc, même si le blocage de  la trans­mis­sion n’est pas  formel­le­ment établi, vacci­ner en masse les pension­naires et vacci­ner aussi le person­nel soignant et accom­pa­gnant  est évidem­ment la première  des prio­ri­tés. 

Sortir de la faillite logis­tique et de la para­ly­sie

La  vacci­na­tion doit  être  rapide et il est impor­tant que le plus grand nombre de sujets des groupes à risque soient  vacci­nés avant que le petit rebond déjà constaté sur les  courbes ne donne éven­tuel­le­ment lieu à une nouvelle flam­bée épidé­mique. Or, même pour une cible limi­tée aux EHPAD, aux personnes âgées et au person­nel soignant,  le démar­rage de la  campagne est extrê­me­ment lent.

Le gouver­ne­ment, sachant que les vaccins allaient être livrés au début du mois de janvier, avait tout le mois de décembre pour mettre en place les centres de stockage, la  distri­bu­tion et  la vacci­na­tion.  Pour­tant, le 8 janvier la presse montrait le palais du Festi­val à Cannes et le Palais des Congrès à Nice, réqui­si­tion­nés et prêts pour vacci­ner mais sans vaccins… Et surtout, la montée en puis­sance du nombre des vacci­na­tions se fait trop lente­ment. Après les précé­dents échecs (dépis­tage, décon­fi­ne­ment) et les précé­dents manque­ments (appro­vi­sion­ne­ment en masques et en réac­tifs, arme­ment des lits de réani­ma­tion… ), cela donne une image inquié­tante de sa prépa­ra­tion et de sa mobi­li­sa­tion. Tout cela joint à la suppres­sion de milliers de lits d’hos­pi­ta­li­sa­tion et plus large­ment à la destruc­tion de notre système public de santé par les précé­dents comme par l’ac­tuel gouver­ne­ment.

Face aux pénu­ries possibles  d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et aux diffi­cul­tés logis­tiques le gouver­ne­ment envi­sage d’ailleurs l’al­lon­ge­ment du délai entre deux injec­tions. Il n’existe cepen­dant aucune donnée vali­dant une telle modi­fi­ca­tion du proto­cole vacci­nal qui a été testé et confirmé.  Il s’agit donc d’une déci­sion poli­tique dictée par les circons­tances.

Quoiqu’il en soit le gouver­ne­ment témoigne à nouveau de son inca­pa­cité à mobi­li­ser et coor­don­ner les ressources maté­rielles exis­tantes et l’en­semble des person­nels suscep­tibles d’ap­por­ter leur compé­tence. 

En tenant compte des délais de fabri­ca­tion et de livrai­son des vaccins, l’or­ga­ni­sa­tion de cette campagne vacci­nale doit donc être repen­sée entiè­re­ment à partir de l’ex­per­tise des soignants et des struc­tures publiques de santé habi­tuées à vacci­ner en nombre, plutôt que d’être confiée à un cabi­net conseil. Les moyens logis­tiques néces­saires, y compris ceux qui existent déjà, doivent être mis en œuvre, les person­nels et les orga­ni­sa­tions capables de les mettre en œuvre doivent être mobi­li­sés et coor­don­nés (on pense par exemple aux pompiers). Les parti­cu­la­ri­tés du vaccin Pfizer (conser­va­tion à –80)° et même du vaccin Moderna bien­tôt dispo­nible égale­ment (conser­va­tion à –20°), comme le rythme rapide auquel cette campagne doit se déve­lop­per, imposent le déploie­ment de centres de vacci­na­tion créés pour la circons­tance, a minima pour complé­ter le réseau exis­tant de struc­tures capables de vacci­ner.

Conclu­sion : il faut chan­ger de stra­té­gie

Une stra­té­gie visant à endi­guer l’épi­dé­mie est urgente, que ce soit par des mesures de contrôle de l’épi­dé­mie rigou­reuses ou par une vacci­na­tion massive qui est abso­lu­ment néces­saire, et si les recherches abou­tissent égale­ment par un trai­te­ment plus effi­cace. Elle doit repo­ser :

  1. Sur des moyens maté­riels, logis­tiques et finan­ciers effi­caces. Moyens qui n’ont pas été suffi­sam­ment déployés jusqu’ici ou ont témoi­gné de défi­ciences graves. Défi­ciences dues pour l’es­sen­tiel à l’af­fai­blis­se­ment des insti­tu­tions de soins, au manque de person­nels, et à la perte de savoir-faire des insti­tu­tions de santé publique alimen­tée par une dérive bureau­cra­tique elle-même liée à l’in­tro­duc­tion des méthodes de gestion du privé.
  2. Mais aussi et indis­so­cia­ble­ment sur la recon­nais­sance de l’ex­per­tise de terrain des soignant.es et l’im­pli­ca­tion des popu­la­tions qui doivent être infor­mées et recon­nues. Cela passe par une éduca­tion popu­laire de masse, notam­ment contre les diva­ga­tions complo­tistes, par le partage des connais­sances et la mobi­li­sa­tion de l’in­tel­li­gence collec­tive.
  3. Une orga­ni­sa­tion plus démo­cra­tique des mesures natio­nales impliquant aux éche­lons appro­priés les mouve­ments asso­cia­tifs, syndi­caux, profes­sion­nels, pour inven­ter des procé­dures adap­tées, s’ap­pro­prier les résul­tats scien­ti­fiques en cours, donner de la souplesse (quitte à apprendre des échecs), mobi­li­ser les personnes volon­taires, arti­cu­ler le soin, les droits sociaux et les besoins cultu­rels.

Groupe de réflexion sur la crise sani­taire

(cher­cheuses.eurs, prati­cien.nes et mili­tant.es d’En­semble et d’En­semble Insou­mis)

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