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Grèce: une austé­rité crimi­nelle impo­sée par les gouver­ne­ments de l’Union euro­péenne et dénon­cée par un rapport daté du 16 novembre

Repar­lons de la Grèce, l’aus­té­rité qu’elle subie est le résul­tat de déci­sions poli­tiques néoli­bé­rales. Un bref retour sur l’his­toire récente et une conclu­sion avec le rapport récent de la Cour des comptes euro­péenne. Il se véri­fie que la Commis­sion euro­péenne a pris des déci­sions absurdes, et qu’elle persé­vère. Ce texte est qu’un rappel de quelques faits pour concou­rir à un argu­men­taire anti­ca­pi­ta­liste sur la ques­tion euro­péenne.

 

La santé en Grèce, le cas de la psychia­trie.

Au sein de l’Union euro­péenne, des poli­tiques néoli­bé­rales ont été impo­sées d’une manière parti­cu­liè­re­ment brutale aux pays de sa péri­phé­rie. Elles ont produit la mise en faillite des services publics et des dispo­si­tifs de protec­tion sociale, Il y a eu en Grèce des réduc­tions des budgets de la Santé d’une ampleur inédite (de 40% pour le budget public hospi­ta­lier) produi­sant depuis 2010 des effets drama­tiques.

Sur 11 millions d’ha­bi­tants, 2,5 millions vivent sous le seuil de pauvreté, et 3,8 millions sont en « risque de pauvreté ». Les retraites ont baissé de plus de 30%. La préca­ri­sa­tion des sala­rié-es et la paupé­ri­sa­tion de larges parties de la société n ‘ont cessé de s’ac­cen­tuer.

La réces­sion écono­mique perma­nente infli­gée à la Grèce, conduit le système public de protec­tion sociale soli­daire inexo­ra­ble­ment vers la faillite. Des hôpi­taux ont fermé, les effec­tifs des person­nels ont fondu. La qualité des soins, notam­ment en psychia­trie a régressé bruta­le­ment. L’ac­cès au soins devient une simple fiction, de plus en plus.

Les personnes et familles sont appau­vries au point que le renon­ce­ment aux soins pour motif écono­mique a explosé. Envi­ron 20% de la popu­la­tion n’achète plus de médi­ca­ments. Beau­coup de familles font obli­gées de faire un choix entre se soigner et subve­nir à leurs autres besoins vitaux.

La raré­fac­tion des moyens pour la prise en charge des troubles psychiques et des patho­lo­gies mentales qui sont pour­tant en constante augmen­ta­tion est patente. Les suicides ont augmenté de 27% entre 2008 et 2011, puis de 5% chaque année. La mise à mal des struc­tures fami­liales du fait du chômage de masse, de l’ef­fon­dre­ment des salaires, et aussi des retraites, est certai­ne­ment en lien direct avec cette augmen­ta­tion drama­tique.

Des hôpi­taux psychia­triques ont été fermés, il n’en reste plus que deux pour toute la Grèce. Bien sûr sans créa­tion d’al­ter­na­tives ni promo­tion de services commu­nau­taires. Alors que la Grèce avait connu une poli­tique de mise en place d’une psychia­trie de secteur aupa­ra­vant.

Le service public de psychia­trie est déman­telé, ce au profit d’in­té­rêts privés avançant sous le masque d’ONG ; de nombreuses ONG viennent parti­ci­per au dépeçage des services publics, elles sont les actrices de la priva­ti­sa­tion complète de la Santé mentale ; d’autres ONG restant fidèles globa­le­ment à leur mission huma­ni­taire.

C’est une psychia­trie priva­ti­sée, écla­tée, sécu­ri­taire qui est mise en place en Grèce, au nom des écono­mies exigées par les tuteurs néoli­bé­raux . Il s’agit de gérer des popu­la­tions de façon auto­ri­taire, avec des bureau­crates et leurs proto­coles.

Un des signes de cette dégra­da­tion est, en Grèce comme ailleurs, l’aug­men­ta­tion des hospi­ta­li­sa­tions sous contraintes et de celle des conten­tions en milieu hospi­ta­lier.

Cet état des lieux de la santé en Grèce amène à se poser la ques­tion des respon­sa­bi­li­tés poli­tiques.

Histo­rique de la Grèce et des mémo­ran­dums

Pour la période 1998–2008, l’évo­lu­tion de l’éco­no­mie grecque semble être une vraie réus­site. L’in­té­gra­tion de la Grèce au sein de l’Union euro­péenne et à partir de 2001 dans la zone euro sembla réus­sir. Le taux de crois­sance écono­mique était alors élevé, plus élevé que celui des écono­mies les plus fortes d’Eu­rope. Lors de cette période, la crois­sance du PIB grec a été supé­rieure à la moyenne de l’UE, mais ce fut au prix de la subor­di­na­tion du pays.

Il se créa dès cette époque une bulle du crédit privé, touchant prin­ci­pa­le­ment le secteur immo­bi­lier, mais aussi celui de la consom­ma­tion. Le gouver­ne­ment soutint les banques privées qui inci­taient les ménages à inves­tir en bourse. Les parti­cu­liers furent solli­ci­tés en tant qu’ac­cé­dant à la propriété, auto­mo­bi­listes, consom­ma­teurs de biens élec­tro­mé­na­gers, vacan­ciers, etc. Pour beau­coup de Grecs , l’ap­par­te­nance à l’Union euro­péenne fut alors asso­ciée à un senti­ment de pros­pé­rité.

L’in­ci­ta­tion à s’en­det­ter sans limite a créé cette bulle du crédit privé et ce fut le résul­tat de l’ac­tion consciente des banquiers grecs et des capi­ta­listes grecs.

Les banques euro­péennes arri­vèrent à cette époque sur ce marché fort rentable et firent l’ac­qui­si­tion de certaines banques grecques ; la respon­sa­bi­lité des banques euro­péennes, françaises et alle­mandes en parti­cu­lier, est impor­tante dès alors.

La dette du secteur privé s’est pour­sui­vie et même large­ment déve­lop­pée au cours des années 2000. Les ménages, auxquels les banques propo­saient des condi­tions de crédit allé­chantes, ont eu massi­ve­ment recours à l’en­det­te­ment, tout comme les entre­prises. On hésite sur la quali­fi­ca­tion du rôle des banques : impru­dence ? Illé­ga­lité ? les deux.

Dès 2008 les parti­cu­liers furent nombreux à ne plus pouvoir payer les inté­rêts de leurs prêts,

Et puis, en septembre 2008, suite à la faillite de Lehman Brothers aux États-Unis et à la crise écono­mique qui suivit, les prêts inter­ban­caires se tarirent complè­te­ment. La valeur des actions des banques grecques s’ef­fon­dra alors .

Les gouver­ne­ments des pays domi­nants de l’Union euro­péenne ont décidé d’uti­li­ser de l’argent public pour sauver des banquiers privés des pays domi­nants. Les dettes privées sont deve­nues ainsi dettes publiques dans toute l’Union euro­péenne. Cette dette publique dont on parle tant et de façon si confuse souvent.

Les banquiers d’Eu­rope de l’Ouest ont fait le pari que leurs États respec­tifs leur vien­draient en aide en cas de problème, ils ont consi­déré qu’ils pouvaient prendre des risques très élevés en Grèce. Les banques privées d’Eu­rope occi­den­tale ont utilisé l’argent que leur prêtaient massi­ve­ment et à bas coût la BCE et la Réserve fédé­rale des États-Unis pour prêter ensuite à la Grèce. Car du fait du règle­ment de la BCE, la Grèce, ni aucun État, ne peut emprun­ter direc­te­ment à la BCE.

Une des leçons de cette histoire, c’est que les banques concer­nées ont fait des profits sans grand risque, en ruinant toujours plus la Grèce.

Ici inter­vient pour la Grèce, un acteur essen­tiel : la Troïka qui regroupe la Banque centrale euro­péenne, le Fonds moné­taire inter­na­tio­nal et la Commis­sion euro­péenne.

A partir de 2010, une poli­tique d’aus­té­rité inten­sive est impo­sée par la « Troïka » et le gouver­ne­ment grec pour rembour­ser cette dette publique très élevée. Cette poli­tique, ce « mémo­ran­dum » imposé, a dimi­nué dras­tique­ment les reve­nus des ménages ainsi que des PME.

Si l’on en croit le discours domi­nant sur le plan inter­na­tio­nal, le mémo­ran­dum de 2010 consti­tuait la seule réponse possible à la crise des finances publiques grecques. On a dit que les Grecs ne payaient pas d’im­pôt alors que les sala­riés et les retrai­tés grecs avaient leurs impôts préle­vés à la source. Et autres inexac­ti­tudes et mensonges.

En réalité le prêt du FMI à la Grèce  n’était pas destiné à redres­ser l’éco­no­mie grecque ou à aider le peuple grec, il a servi à rembour­ser les banques françaises, alle­mandes, hollan­daises qui, à elles seules, déte­naient plus de 70 % de la dette grecque au moment de la déci­sion.

Le mémo­ran­dum de 2010 fut le début d’une période qui a soumis le peuple grec à une crise huma­ni­taire drama­tique et à la mise sous tutelle, sans pour autant assai­nir le système bancaire grec. Avec la viola­tion des droits humains, perpé­trée à la demande des créan­ciers et des grandes entre­prises privées.

 

Alexis Tsipras est parvenu fin janvier 2015 au poste de premier ministre sur un programme propo­sant une redis­tri­bu­tion des richesses ainsi que des programmes sociaux . Mais, arrivé au pouvoir, il a fait le pari de main­te­nir une bonne rela­tion avec la Commis­sion euro­péenne ; il a engagé des négo­cia­tions avec la Troïka qui se sont avérées inter­mi­nables, tout en conti­nuant à payer la dette ; i avait fait le pari qu’il pour­rait parve­nir ainsi à une réduc­tion impor­tante de cette dette. Il n’ob­tint rien.

Si le gouver­ne­ment Tsipras avait alors informé son peuple et les peuples euro­péens de la façon dont les créan­ciers de la Grèce trai­tait celle-ci, s’il avait appelé à la mobi­li­sa­tion de son peuple et à la soli­da­rité inter­na­tio­nale , l’his­toire aurait pu connaître d’autres déve­lop­pe­ments. Le gouver­ne­ment Tsipras avait un moyen à sa dispo­si­tion qu’il s’est refusé à utili­ser: la suspen­sion du paie­ment de la dette pour déga­ger une marge de manœuvre et inves­tir dans son écono­mie.

En fait, l’ex­pé­rience des négo­cia­tions entre la Grèce et la Troïka a montré qu’on ne peut pas espé­rer convaincre les manda­taires de l’oli­gar­chie finan­cière de relâ­cher leurs poli­tiques d’aus­té­rité dans une discus­sion ration­nelle de bonne foi. Les témoi­gnages de l’ex ministre des finances Yanis Varou­fa­kis furent très éclai­rants sur ce point.

Ici, il faut dire quelques mots sur un des prota­go­nistes prin­ci­paux de ce drame , la Banque centrale euro­péenne. Elle a alors agi au nom des gouver­ne­ments de l’ Union euro­péenne, au nom de critères écono­miques jamais discu­tés par les opinions publiques. Dès le 4 février 2015, alors que le gouver­ne­ment Tsipras n’avait qu’une semaine d’exis­tence, la BCE a bloqué les liqui­di­tés desti­nées aux banques grecques ne mettant à leur dispo­si­tion que les liqui­di­tés d’ur­gence bien plus coûteuses. Puis les gouver­ne­ments euro­péens ont refusé toute rené­go­cia­tion de la dette, comme nous venons de le voir, alors même que la quasi-tota­lité des écono­mistes, y compris ceux du FMI, indiquaient qu’elle ne pour­rait jamais être rembour­sée.

En juillet 2015, lorsque Tsipras a convoqué un réfé­ren­dum, dont la ques­tion était « pour ou contre accep­ter un nouveau mémo­ran­dum », la BCE a égale­ment bloqué les liqui­di­tés d’ur­gence et le gouver­ne­ment grec a dû fermer les banques.

Le réfé­ren­dum de juillet 2015 a été l’oc­ca­sion d’une intense mobi­li­sa­tion popu­laire. Le rejet du mémo­ran­dum fut très majo­ri­taire, et en parti­cu­lier chez les ouvriers, les employés et chez les jeunes. Et pour­tant Tsipras qui venait de rempor­ter une victoire avec le résul­tat de ce vote a consenti quelques jours plus tard à signer ce qui lui était imposé. Il proposa cette image : il avait signé « le pisto­let sur la tempe ».

Voici ce que disait le Prix Nobel d’éco­no­mie, Paul Krug­man au lende­main de cet accord :

« Les propo­si­tions de l’Eu­ro­groupe sont de la folie. Cela va au-delà de la sévé­rité, vers l’en­vie de vengeance, la destruc­tion totale de la souve­rai­neté natio­nale et aucun espoir de soula­ge­ment (…) c’est une trahi­son grotesque de tout ce que le projet euro­péen était censé repré­sen­ter ».

Voila pourquoi le Comité vérité sur la dette avait conclu en juin 2015 à la néces­sité urgente et légi­time d’ annu­ler la dette récla­mée par la Troïka . Je cite :

« Les dettes récla­mées à la Grèce depuis 2010 sont odieuses car elles ont été accu­mu­lées pour pour­suivre des objec­tifs qui vont clai­re­ment à l’en­contre des inté­rêts de la popu­la­tion. Les créan­ciers en étaient conscients et ils ont tiré profit de la situa­tion. Ces dettes doivent être annu­lées. ». La dette grecque fut dite par cette commis­sion « illé­gale, odieuse, illé­gi­time, insou­te­nable ». Taux d’in­té­rêts abusifs, cadeaux fiscaux, fraude fiscale et l’éva­sion fiscale vers des pays comme le Luxem­bourg, ont contri­bué à cette dette.

Une suspen­sion de la dette se justi­fiait pour la Grèce par le niveau insou­te­nable des dettes pour la popu­la­tion et par la supé­rio­rité des obli­ga­tions juri­diques des États à l’égard de leur popu­la­tion par rapport au rembour­se­ment des dettes. Son paie­ment empê­chait et empêche le respect des droits fonda­men­taux de la popu­la­tion mais aussi de sortir de la crise écono­mique.

 

Des dogma­tiques, irréa­listes dirigent l’Union euro­péenne.

Un article de Martine Orange, dans Media­part, daté du 18 novembre, cite longue­ment le rapport publié le 16 octobre, de la Cour des comptes euro­péenne. Il « dresse un constat impla­cable des trois plans de sauve­tage euro­péens pour la Grèce. Des critiques formu­lées de longue date par nombre d’éco­no­mistes sont confir­mées, notam­ment le dogma­tisme et l’ir­réa­lisme sans précé­dent de la Commis­sion euro­péenne. »

« La Cour des comptes euro­péenne souligne combien il était impor­tant de mener un ajus­te­ment budgé­taire pour rame­ner des comptes publics tota­le­ment en dérive. Mais cela s’est fait sans autre consi­dé­ra­tion qu’un redres­se­ment à court terme, insiste-t-elle. À aucun moment, il n’a été ques­tion de crois­sance, d’em­ploi, de recons­truc­tion de l’éco­no­mie grecque pour aider le pays après la fin de son plan de sauve­tage, souligne la Cour des comptes euro­péenne : « Les programmes ne s’ins­cri­vaient pas dans le cadre d’une stra­té­gie géné­rale de crois­sance conduite par les auto­ri­tés grecques et pouvant se prolon­ger au-delà de leur terme. »

« Bien sûr, la Troïka a établi des scéna­rios macroé­co­no­miques, assu­rant tous que la Grèce allait rebon­dir très rapi­de­ment. Dès 2012, prévoyaient les premiers. Ils ont tous été démen­tis par la suite. »

(…)« En l’ab­sence de feuille de route stra­té­gique pour stimu­ler les moteurs poten­tiels de la crois­sance, la stra­té­gie d’as­sai­nis­se­ment budgé­taire n’a pas été propice à la crois­sance. Il n’y a pas eu d’éva­lua­tion des risques visant à déter­mi­ner comment les diffé­rentes mesures budgé­taires envi­sa­geables comme la réduc­tion des dépenses et l’aug­men­ta­tion des impôts et leur succes­sion dans le temps influe­raient sur la crois­sance du PIB, sur les expor­ta­tions et sur le chômage. » »

Le carac­tère expres­sé­ment inhu­main de ces agents de la Troïka est incon­tes­table : « Ce n’est qu’au troi­sième plan de sauve­tage en 2015 qu’il est prévu d’in­clure l’im­pact social des mesures préco­ni­sées. »

Ils étaient des dogma­tiques stupides : « nombre de réformes ont été exigées sans étude chif­frée précise, sans pouvoir avan­cer les justi­fi­ca­tions écono­miques qui amenaient la Commis­sion à exiger de tels chiffres, sans s’in­ter­ro­ger sur leurs perti­nences lorsqu’elles étaient appliquées au cas grec, relève à plusieurs reprises la Cour des comptes euro­péenne. »

Et quel est le résul­tat ? « L’éco­no­mie ne se redresse toujours pas, la dette est à un niveau insou­te­nable, l’état du système finan­cier est tota­le­ment déla­bré. » « La Grèce sort dans un état de déla­bre­ment écono­mique sans précé­dent : son PIB a dimi­nué de 30 %, sa dette publique a pris des allures stra­to­sphé­riques, dépas­sant les 180 % du PIB, les banques grecques ne sont pas en état de prêter et d’as­su­rer le finan­ce­ment de l’éco­no­mie. »

Qui fait ses affaires du désastre grec ?

La Grèce, en tout cas, a été une bonne affaire pour elle et les pays euro­péens créan­ciers : « la Banque centrale a réalisé offi­ciel­le­ment 7,8 milliards d’eu­ros de plus-value entre 2012 et 2016 sur ses rachats de titres grecs ».

 

Pascal Bois­sel, 19–11– 2017

Pour en savoir plus, consul­ter les sites de

Comité pour l’abo­li­tion des dettes illé­gi­times (CADTM)

France Grèce soli­da­rité santé,

l’Union syndi­cale de la psychia­trie,


 

 

 

 

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