11 janvier 2026

Iran. 11 janvier. Un nouveau soulè­ve­ment popu­laire Soli­da­rité socia­liste avec les travailleurs d’Iran

Un nouveau soulè­ve­ment popu­laire
Soli­da­rité socia­liste avec les travailleurs d’Iran

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Début des mobi­li­sa­tions 
Les récentes mobi­li­sa­tions en Iran ont débuté le dimanche 28 décembre par une grève de commerçants du bazar de Téhé­ran, face à la chute verti­gi­neuse de la monnaie natio­nale et à l’hy­per­in­fla­tion rendant l’ac­ti­vité écono­mique impré­vi­sible. Elles se sont rapi­de­ment éten­dues aux étudiant·e·s et aux classes popu­laires dans de nombreuses villes, expri­mant un rejet géné­ral de la pauvreté, des inéga­li­tés sociales extrêmes et de la tyran­nie.

Riposte du pouvoir
Le gouver­ne­ment a cher­ché à apai­ser les protes­ta­taires du bazar par des conces­sions fiscales, tout en fermant les univer­si­tés contes­ta­taires et en renforçant la répres­sion et les dispo­si­tifs sécu­ri­taires contre la jeunesse et les classes popu­laires mobi­li­sées. Mais le mouve­ment se pour­suit, touchant au moins 88 villes, en parti­cu­lier des petites et moyennes, tandis que certaines grandes métro­poles connaissent égale­ment des mobi­li­sa­tions dans certains quar­tiers.

Au neuvième jour de cette mobi­li­sa­tion, plus d’un millier de personnes ont été arrê­tées, dont de nombreux·ses adoles­cent·e·s, et au moins trente-six mani­fes­tants, dont deux adoles­cents, ont été tués. Deux membres des forces de répres­sion sont égale­ment morts.

Colère sociale profonde
Les jeunes, et notam­ment les étudiant·e·s, forment le cœur de ces mobi­li­sa­tions, avec une parti­ci­pa­tion notable des habi­tant.e.s  des petites villes  défa­vo­ri­sées, dure­ment touché.e.s par l’in­fla­tion, la chute de la monnaie natio­nale et la hausse des prix.

Cette mobi­li­sa­tion reflète une colère sociale profonde et durable, issue de décen­nies d’injus­tices, de préca­rité et de répres­sion, et non d’une simple fluc­tua­tion moné­taire. L’ag­gra­va­tion des inéga­li­tés et de la pauvreté résulte d’une crise struc­tu­relle du système poli­tico-écono­mique iranien, renfor­cée par les sanc­tions inter­na­tio­nales, une gouver­nance marquée par la corrup­tion et le clien­té­lisme, ainsi que par les poli­tiques menées par la Répu­blique isla­mique.

Face à ces mobi­li­sa­tions, les auto­ri­tés répondent par la répres­sion, les arres­ta­tions massives et la violence. Toute­fois, l’ex­pé­rience des mouve­ments de 2017, 2019 et 2022 montre que cette stra­té­gie n’a jamais permis d’im­po­ser dura­ble­ment la soumis­sion. Les protes­ta­tions actuelles s’ins­crivent ainsi dans une conti­nuité de contes­ta­tions récur­rentes.

Des tenta­tives d’ins­tru­men­ta­li­sa­tion et leurs consé­quences
Les États-Unis et Israël ont tenté d’ins­tru­men­ta­li­ser ces mobi­li­sa­tions dans le contexte de leur conflit avec la Répu­blique isla­mique, sous prétexte de « défendre le peuple iranien », malgré leur rôle dans des violences inouïes contre des civils dans la région et au-delà.

Enfin, les décla­ra­tions récentes des diri­geants améri­cains et israé­liens, ainsi que des services de rensei­gne­ment, ont fourni à la Répu­blique isla­mique un prétexte supplé­men­taire pour inten­si­fier la répres­sion, justi­fier les arres­ta­tions et accu­ser les mani­fes­tant·e·s d’agir pour des inté­rêts étran­gers.

Dans le même temps, Reza Pahlavi, « l’hé­ri­tier de la couronne », et ses soutiens réac­tion­naires, favo­rables à une inter­ven­tion mili­taire étran­gère, ont tenté de se présen­ter comme une alter­na­tive poli­tique pour « libé­rer » l’Iran. Ils ont même mani­pulé des vidéos et falsi­fié des slogans de mani­fes­ta­tions afin de présen­ter le fils de l’an­cien Chah comme un leader popu­laire. Ces manœuvres ont discré­dité le courant monar­chiste et renforcé le rejet des mani­fes­tant·e·s, qui réaf­firment leur refus de toute tutelle ou auto­rité impo­sée.

Pers­pec­tives et Soli­da­rité
Quant aux mobi­li­sa­tions popu­laires, il est diffi­cile de prévoir leur durée ou leur capa­cité à faire recu­ler le pouvoir ; d’au­tant qu’elles ne sont pas encore entrées dans une phase poli­tique struc­tu­rée, malgré les slogans radi­caux tels que « mort au dicta­teur », et qu’au­cune alter­na­tive poli­tique crédible n’existe. Cette colère répan­due ne pourra se trans­for­mer en force effi­cace que par la conver­gence du mouve­ment de protes­ta­tion géné­rale et des luttes dans les lieux de travail, les quar­tiers popu­laires et les univer­si­tés.

Toute­fois, la jeunesse et les classes popu­laires d’Iran méritent le soutien inter­na­tio­nal des forces sociales et poli­tiques soli­daires dans leurs luttes contre la vie chère, les injus­tices sociales et la tyran­nie.

Iran : le peuple face à un régime en déroute

L’Iran traverse une crise sans précé­dent. Écono­mie effon­drée, pollu­tion mortelle, pénu­ries d’eau et d’élec­tri­cité, forêts cente­naires détrui­tes… le pays est au bord du gouffre. Et au cœur de cette débâcle, un régime isla­mique affai­bli et corrompu, isolé sur la scène inter­na­tio­nale, incapable de répondre aux besoins fonda­men­taux de sa popu­la­tion.

Derrière les discours offi­ciels, le pouvoir s’ap­puie sur des réseaux mafieux qui contrôlent l’éco­no­mie, l’ad­mi­nis­tra­tion et les ressources natu­relles. Du pétrole à l’agri­cul­ture, de l’im­mo­bi­lier à l’éner­gie, les élites détournent des milliards au détri­ment de l’en­semble de la popu­la­tion. Chaque année, près de 150 milliards de dollars sont englou­tis dans des subven­tions inutiles au profit de bandes mafieuses piliers du régime de la Répu­blique Isla­mique d’Iran, alors que l’édu­ca­tion, la santé et la protec­tion sociale restent drama­tique­ment insuf­fi­santes.

Les consé­quences sur la vie quoti­dienne sont effa­rantes : villes para­ly­sées par le manque d’eau potable, air irres­pi­rable qui tue chaque année des dizaines de milliers de personnes, incen­dies dévas­ta­teurs dans les forêts hyrca­niennes, dispa­ri­tion de la biodi­ver­si­té… La crise envi­ron­ne­men­tale est désor­mais un enjeu vital pour le pays.

Mais face à cette gestion catas­tro­phique, la société iranienne ne se résigne pas. Femmes, jeunes, ensei­gnants, infir­miers, travailleurs, retrai­tés et défen­seurs de l’en­vi­ron­ne­ment se mobi­lisent. Leurs actions, parfois discrètes mais constantes, montrent que le peuple reprend l’ini­tia­tive. Les mouve­ments popu­laires trans­cendent les anciens partis poli­tiques et construisent un projet collec­tif, démo­cra­tique et inclu­sif, basé sur l’éga­lité et la justice sociale.

Le mouve­ment social iranien réclame des liber­tés poli­tiques incon­di­tion­nelles, la fin de toutes les discri­mi­na­tions et une protec­tion sociale univer­selle : santé et éduca­tion gratuites, loge­ment social, assu­rance chômage et prise en charge des plus vulné­rables. Ces reven­di­ca­tions, aujourd’­hui au cœur des protes­ta­tions, visent à trans­for­mer un pays dévasté en une société juste et durable.

L’Iran est à un tour­nant histo­rique. Le pouvoir est en crise, mais la mobi­li­sa­tion popu­laire s’or­ga­nise, prend de l’am­pleur et devient une force poli­tique incon­tour­nable. L’ave­nir du pays dépend désor­mais de ceux qui le font vivre au quoti­dien : le peuple lui-même.

6 janvier 2026

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