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Kanaky. Lettre ouverte au peuple de France

Nouméa, le 23 novembre 2021

Chères Françaises, chers Français,

Vendredi 12 novembre 2021, le Haut-Commis­saire de la Répu­blique a annoncé la déci­sion du gouver­ne­ment français de main­te­nir la date du 12 décembre 2021 pour la troi­sième et ultime consul­ta­tion réfé­ren­daire sur l’ave­nir de la Nouvelle-Calé­do­nie.

Cette déci­sion a été prise par le gouver­ne­ment en toute conscience des impli­ca­tions et des consé­quences délé­tères qu’une telle déci­sion ne manquera pas d’avoir.

Cette déci­sion a été prise par le gouver­ne­ment alors même que les repré­sen­tants poli­tiques et coutu­miers du peuple kanak avaient expli­ci­te­ment demandé son report pour cause de deuil.

Dire que nous sommes surpris serait mentir. Nous nous y atten­dions. Mais comme toujours nous espé­rions. Nous espé­rions que le gouver­ne­ment français malgré 168 ans de colo­ni­sa­tion saurait pour une fois faire preuve d’hu­ma­nité, de compas­sion, d’in­tel­li­gence, de respect, de bon sens. Nous espé­rions que le gouver­ne­ment français agirait dans l’es­prit de consen­sus de l’Ac­cord de Nouméa, dans l’es­prit de son préam­bule. Nous espé­rions… et nous avions tort.

Des ques­tions viennent à l’es­prit, auxquelles il va nous falloir abso­lu­ment répondre dans les prochaines semaines, mais sans nous trom­per cette fois, sans nous faire d’illu­sions sur l’hu­ma­nité de l’État français et de son gouver­ne­ment. Des ques­tions à nous-mêmes, au gouver­ne­ment français, au peuple de France et à ses élus. Des ques­tions aussi à tous ceux qui vivent dans ce pays, disent l’ai­mer et vouloir le construire.

Le gouver­ne­ment français se berce d’illu­sions

Jusqu’à quand le gouver­ne­ment français entend-il abuser de la patience du peuple kanak, peuple premier de ce pays, peuple victime de la colo­ni­sa­tion française depuis plus d’un siècle et demi ?

Jusqu’à quand la France pense-t-elle pouvoir bâtir un avenir insti­tu­tion­nel durable pour la Nouvelle-Calé­do­nie en s’as­seyant sciem­ment sur la culture du peuple kanak? En feignant osten­si­ble­ment d’igno­rer la place qui y occupent les céré­mo­nies du deuil et le respect qu’on y doit aux morts ? En piéti­nant les senti­ments, la sensi­bi­lité, la dignité humaine de tout un peuple ?

Le gouver­ne­ment français pense-t-il sérieu­se­ment que le scru­tin qu’il entend main­te­nir le 12 décembre mettra fin à la reven­di­ca­tion du peuple kanak, lui ôtera toute légi­ti­mité et lui permet­tra de pour­suivre – un siècle encore, un siècle de plus, un siècle de trop – son travail d’as­sujet­tis­se­ment et de domi­na­tion ?

Jusqu’à quand le gouver­ne­ment français conti­nuera-t-il à se bercer et à bercer ses ressor­tis­sants d’illu­sions ? A faire croire qu’une consul­ta­tion réfé­ren­daire d’où le peuple kanak sera absent pourra rame­ner dans le pays toute la séré­nité néces­saire à la reprise et au déve­lop­pe­ment d’une écono­mie dure­ment éprou­vée par la crise sani­taire ? A lais­ser penser qu’une consul­ta­tion réfé­ren­daire sans la parti­ci­pa­tion du peuple colo­nisé aura valeur de solu­tion et réglera, une fois pour toutes, la ques­tion de l’in­dé­pen­dance du pays ?

En main­te­nant la tenue de la consul­ta­tion réfé­ren­daire le 12 décembre prochain, le gouver­ne­ment français pense-t-il réel­le­ment convaincre l’Aus­tra­lie et la Nouvelle-Zélande qu’il est toujours un acteur fiable de la stabi­lité régio­nale et un maillon incon­tour­nable de l’axe Indo-Paci­fique ? Et jusqu’à quand le gouver­ne­ment français pense-t-il pouvoir persua­der les petits Pays du Paci­fique qu’il est un allié crédible et respec­tueux de leur iden­tité et de leur souve­rai­neté ? Et ce gouver­ne­ment français pense-t-il vrai­ment abuser les Nations Unies sur la réalité de la situa­tion poli­tique en Nouvelle-Calé­do­nie ? Ou mieux convaincre les Nations Unies qu’elle a plei­ne­ment rempli ses obli­ga­tions inter­na­tio­nales en matière de déco­lo­ni­sa­tion ?

Qui peut croire possible de construire un avenir de concorde et de paix dans ce pays en n’en­ten­dant rien de ce que dit le peuple qui en est la racine depuis au moins 3000 ans ? Qui peut seule­ment croire possible de construire un avenir, quel qu’il soit, dans ce pays en oubliant l’es­prit qui a présidé depuis plus de 30 années main­te­nant au dialogue des commu­nau­tés qui y vivent ? Qui peut préfé­rer le chant des sirènes gouver­ne­men­tales françaises plutôt que de conti­nuer à bâtir l’ave­nir du pays avec les Kanak ?

Ce gouver­ne­ment français croit-il sincè­re­ment pouvoir rani­mer les ombres de la colo­ni­sa­tion et les faire passer pour des lumières ?

On ne peut pas faire sans les Kanak

La prochaine consul­ta­tion réfé­ren­daire n’a aucune chance de clore la séquence poli­tique ouverte par l’Ac­cord de Nouméa. Cette séquence est bien plus ancienne. Plus ancienne que la signa­ture de l’Ac­cord de Nouméa le 5 mai 1998. Plus ancienne même que la double signa­ture à Paris des Accords de Mati­gnon-Oudi­not en 1988. Cette séquence s’est ouverte en juillet 1983 avec la table ronde de Nain­ville-les-Roches prési­dée par M. Georges Lemoine. C’est en effet, au cours de cette réunion qu’ont été posés les deux grands prin­cipes fonda­teurs du contrat moral et poli­tique sur lesquels, nous tous qui rési­dons en Kanaky-Nouvelle-Calé­do­nie nous vivons encore aujourd’­hui.

Ces deux grands prin­cipes doivent être constam­ment rappe­lés.

Le premier est la recon­nais­sance par l’Etat français d’un « droit inné et actif à l’in­dé­pen­dance » pour le peuple kanak, le peuple colo­nisé de ce pays. C’était la première fois que l’État français nous recon­nais­sait ce droit, alors même qu’il nous était reconnu offi­ciel­le­ment depuis plus long­temps au plan inter­na­tio­nal, depuis la « Décla­ra­tion sur l’oc­troi de l’in­dé­pen­dance aux pays et aux peuples colo­niaux » des Nations Unies en 1960. Vingt-trois ans après cette décla­ra­tion onusienne signée à l’époque – rappe­lons-le – par l’Etat français, celui-ci daignait enfin nous recon­naître ce « droit inné et actif à l’in­dé­pen­dance » et ce n’était pas rien.

Le second grand prin­cipe était l’ac­cep­ta­tion par le peuple kanak d’as­so­cier au futur proces­sus de déco­lo­ni­sa­tion et d’éman­ci­pa­tion les membres des diffé­rentes commu­nau­tés venues s’im­plan­ter dans le pays avec la colo­ni­sa­tion. L’ex­pres­sion employée à l’époque étaient les « victimes de l’his­toire ». Une expres­sion pour dire que tous ceux qui s’étaient instal­lés dans le pays depuis la prise de posses­sion de 1853 n’étaient pas forcé­ment arri­vés de leur plein gré, avec l’in­ten­tion de nuire au peuple kanak, que beau­coup parmi eux avaient connu la misère et la souf­france.

Ces deux grands prin­cipes issus de Nain­ville-les-Roches sont liés. L’ac­cep­ta­tion d’as­so­cier les autres commu­nau­tés calé­do­niennes au deve­nir du pays n’était possible, n’était pensable et ne fut accep­tée par les Kanak que parce que leur était au préa­lable reconnu leur « droit inné et actif à l’in­dé­pen­dance ». C’est à partir de ce lien qu’il faut lire ensuite toute l’évo­lu­tion insti­tu­tion­nelle de notre pays jusqu’à l’Ac­cord de Nouméa ainsi que l’en­ga­ge­ment qui a été le nôtre jusqu’à aujourd’­hui en faveur de cette évolu­tion.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amné­siques

Nous ne sommes ni naïfs, ni amné­siques. Nous savons qu’en France les vieux démons ont la vie dure et que nos vieux ont dû se battre pour que cette évolu­tion devienne possible.

Se battre en 1984 pour que les prin­cipes de Nain­ville-les-Roches trouvent en 1985 leur première forma­li­sa­tion insti­tu­tion­nelle concrète avec les Régions Fabius-Pisani. Se battre pour obte­nir en 1986 la réins­crip­tion à l’ONU de la Nouvelle Calé­do­nie sur la liste des pays à déco­lo­ni­ser.

Se battre pour refu­ser de parti­ci­per au réfé­ren­dum Pons de 1987, qui avait pour seul et unique objec­tif de noyer la reven­di­ca­tion kanak dans un vote aussi massif qu’in­si­gni­fiant de tous ceux qui, parce qu’ils étaient venus avec la colo­ni­sa­tion, avaient l’ar­ro­gante préten­tion de se croire le peuple de notre pays tout en incar­nant la légi­ti­mité de la France. On sait quel en fût le résul­tat. Plus de 97,8 % pour le main­tien de la Nouvelle Calé­do­nie dans la France, et une absten­tion du peuple kanak qui lui ôta toute crédi­bi­lité, tant au plan natio­nal qu’in­ter­na­tio­nal. Le gouver­ne­ment français entend-il sérieu­se­ment renou­ve­ler l’opé­ra­tion, avec le secret espoir cette fois, de ne pas avoir à en payer les frais ?

Se battre encore en 1988 pour que Michel Rocard mette fin au travail de destruc­tion sociale et poli­tique mené par Barnard Pons et Jacques Chirac, et qu’au travers des Accords de Mati­gnon-Oudi­not puisse reprendre le proces­sus tragique­ment inter­rompu de déco­lo­ni­sa­tion, d’éman­ci­pa­tion et de construc­tion de notre pays.

Se battre toujours en 1996 et jusqu’en 1998 pour que l’Etat accepte de signer le « proto­cole de Bercy » enté­ri­nant l’échange des massifs miniers entre la SLN et la SMSP. Proto­cole donnant aux Kanak les moyens de prendre leur part dans le déve­lop­pe­ment de l’éco­no­mie minière du pays. Proto­cole permet­tant de reprendre les négo­cia­tions poli­tiques qui ont mené à l’Ac­cord de Nouméa.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amné­siques et, depuis à plusieurs années déjà nous avons compris que les vieux démons colo­niaux ne sont pas morts et conti­nuent de hanter la conscience des diri­geants français actuels comme ils le faisaient hier chez leurs prédé­ces­seurs. Si nous avions seule­ment eu un doute, la pitoyable conclu­sion de la récente crise indus­trielle et minière de Goro aurait suffi à nous l’en­le­ver. Tout comme le fameux docu­ment sur les consé­quences du « Oui » et du « Non » qui dissi­mu­lait très mal ses arrière-pensées. C’est une vieille ritour­nelle qu’on enten­dait nous chan­ter. Alors que la France a pour obli­ga­tion au plan inter­na­tio­nal de discu­ter avec les Kanak et les autres Citoyens de ce pays de tous les accords possibles et imagi­nables permet­tant de faire progres­ser la déco­lo­ni­sa­tion, alors qu’une majo­rité de la popu­la­tion calé­do­nienne, y compris kanak, souhaitent pouvoir conser­ver des rela­tions privi­lé­giées avec la France, alors qu’ap­pro­chait enfin le moment de concré­ti­ser les promesses d’éman­ci­pa­tion expli­ci­te­ment conte­nues dans l’Ac­cord de Nouméa, voilà que le gouver­ne­ment établis­sait un docu­ment unique­ment à charge sur les consé­quences du vote du Oui ou du Non. Ce docu­ment lais­sait le seul choix entre une indé­pen­dance soli­taire ou un statut renou­velé dans la France sans explo­rer les inter­dé­pen­dances. Ce docu­ment n’avait d’autre but que de dissua­der de faire le choix de l’in­dé­pen­dance et d’ins­tau­rer une possible relance de la colo­ni­sa­tion de la Nouvelle-Calé­do­nie. Oui, une vieille ritour­nelle. L’in­dé­pen­dance avec la misère et l’in­cer­ti­tude poli­tique. Ou la France avec la pros­pé­rité et un renon­ce­ment à voir répa­rer enfin l’injus­tice dont les Kanak ont été victimes en 1853. Pas de salut hors de la France. Pas de troi­sième voie.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amné­siques. Le Président Macron maudis­sait à Tahiti ceux qui ont l’im­par­don­nable tort d’être petits, comme si les grands ne devaient rien aux petits, surtout après les avoir si long­temps colo­ni­sés. Le Président Macron critiquait le Vanuatu pour ses rela­tions avec la Chine, mais oubliait que la France avait peut-être un rôle à jouer pour les éviter, et ce d’au­tant plus qu’elle prétend aujourd’­hui œuvrer à la créa­tion d’un axe de défense Indo-Paci­fique. Le Président Macron ne semble pas être capable de penser que si la France l’avait voulu elle aurait pu être aujourd’­hui au Vanuatu à la place de la Chine, avec une véri­table ambas­sade et de solides accords de parte­na­riat.

Personne ne peut nier au peuple kanak son droit à l’in­dé­pen­dance

Le Président Macron qui affir­mait en Algé­rie que la colo­ni­sa­tion est un crime contre l’Hu­ma­nité, décla­rait à Nouméa que la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calé­do­nie. Avec nous ou contre nous, jamais égaux, jamais parte­naires. La dépen­dance, pas les inter­dé­pen­dances. L’État français et ses vieux démons colo­niaux !

Un président et un gouver­ne­ment qui n’en­tendent rien, ne veulent rien entendre des conseils pour­tant avisés que lui donnent certains de ceux qui avant lui ont eu en charge d’ac­com­pa­gner l’évo­lu­tion de notre pays. Mépris pour Michel Leval­lois, pour Chris­tian Blanc, pour Jean-François Merle, malgré tout ce qu’ils ont pu et su faire pour qu’hier ce pays ne sombre pas dans l’af­fron­te­ment et la dérai­son.

Peu importe ce que pensent ou ressentent les Kanak face à l’am­pleur de la pandé­mie et au deuil qui les frappent dure­ment, ces igno­rants s’érigent en seuls déci­deurs de la date de la troi­sième consul­ta­tion réfé­ren­daire. Peu importe la parole donnée et la déco­lo­ni­sa­tion promise en 1983, en 1988 et 1998, peu importe les véri­tables consé­quences humaines du « Oui » et du « Non ».

Encou­ra­gés par l’État français, ils sont encore nombreux ceux qui s’ap­prêtent à s’au­to­ri­ser de la légi­ti­mité que leur recon­naissent les Kanak pour nier l’exer­cice du droit kanak à l’in­dé­pen­dance. Mais combien de temps ceux-là pour­ront-ils faire accep­ter aux yeux du reste du monde qu’en Nouvelle-Calé­do­nie la démo­cra­tie confé­re­rait aux « victimes de l’his­toire » le droit excep­tion­nel et déro­ga­toire de priver le peuple premier occu­pant, le peuple colo­nisé de son droit le plus élémen­taire à recou­vrer sa liberté et sa souve­rai­neté ?

À ceux-là, vous disons clai­re­ment cette fois, faites atten­tion à ce qu’en niant une fois encore, une fois de plus, une fois de trop le droit du peuple kanak à l’in­dé­pen­dance, vous ne preniez pas le risque que ce peuple se lasse de discu­ter et de négo­cier avec vous.

Au Président Macron et à son gouver­ne­ment, nous ne souhai­tons pas rompre les rela­tions avec la France, nous souhai­tons seule­ment les chan­ger. Mais s’il nous faut abso­lu­ment choi­sir entre la liberté et ces rela­tions, alors – nous l’avons dit – nous choi­si­rons la liberté.

Peuple de France, nous souhai­tons par la présente lettre ouverte vous inter­pe­ler sur la situa­tion en Kanaky-Nouvelle-Calé­do­nie afin que le plus grand nombre d’entre vous puisse être infor­més dans la situa­tion dans laquelle le peuple kanak est enfermé. Le gouver­ne­ment Macron mani­feste une volonté déter­mi­née de ne plus assu­mer la déco­lo­ni­sa­tion de notre pays en main­te­nant une consul­ta­tion réfé­ren­daire partiale qui sera poli­tique­ment et histo­rique­ment contes­tée par le peuple kanak.La France n’a réussi aucune déco­lo­ni­sa­tion. Elle pour­rait sans y prendre garde clore une séquence origi­nale ouverte en juillet 1983 avec la table de Nain­ville-les-Roches par laquelle les Kanak et les autres se sont enga­gés ensemble dans la construc­tion du peuple calé­do­nien uni par sa citoyen­neté dans un destin commun.



Soli­da­rité avec le peuple kanak  Report du réfé­ren­dum du 12 décembre ! 

Le gouver­ne­ment français affirme main­te­nir au 12 décembre 2021 la consul­ta­tion réfé­ren­daire portant sur l’ave­nir de la Nouvelle-Calé­do­nie. Cela en dépit des appels de l’en­semble des orga­ni­sa­tions poli­tiques, syndi­cales et asso­cia­tives repré­sen­tant le peuple kanak, à repor­ter cette consul­ta­tion à l’au­tomne 2022, ainsi que de leur annonce d’une non-parti­ci­pa­tion au cas où ce troi­sième réfé­ren­dum serait main­tenu en décembre 2021 ; en dépit égale­ment des appels d’or­ga­ni­sa­tions de la région océa­nienne et française témoi­gnant de leur soutien au report. 

L’épi­dé­mie du Covid frappe dure­ment ce terri­toire depuis le 6 septembre, les actuels indi­ca­teurs restent fragiles et toute réelle campagne poli­tique est rendue impos­sible. Ce ne sont pas des calculs liés au calen­drier élec­to­ral hexa­go­nal qui peuvent prendre le dessus sur la prise en compte de la situa­tion du pays. 

La volonté d’im­po­ser le vote le 12 décembre repré­sente un geste irres­pec­tueux à l’égard du peuple kanak et des autres popu­la­tions océa­niennes, alors même que la majo­rité des décès liés au Covid les concerne. Dans un contexte parti­cu­liè­re­ment diffi­cile qui empêche le travail du deuil et les coutumes qui l’ac­com­pagnent, essen­tielles en monde océa­nien, il serait incon­gru de prétendre orga­ni­ser des meetings ou toute autre opéra­tion de campagne. Celle-ci ne peut être envi­sa­gée et la seule option raison­nable impose de repous­ser l’échéance pour donner du temps au temps et offrir des condi­tions plus sereines et apai­sées. 

À l’in­verse, céder à la préci­pi­ta­tion et à la bruta­lité pour impo­ser un calen­drier voulu par les seuls parti­sans de la Nouvelle-Calé­do­nie dans la France serait une grave erreur. Car l’ave­nir du pays exige une campagne exem­plaire d’équité et un résul­tat incon­testé. En 2019, le Premier ministre, Édouard Philippe, avait proposé une consul­ta­tion à l’au­tomne 2022. 

Passer outre l’exi­gence d’un report de la consul­ta­tion, c’est disqua­li­fier celle-ci, cela aux échelles locale, natio­nale et inter­na­tio­nale. C’est prendre la respon­sa­bi­lité d’une rupture avec les efforts des 30 dernières années pour assu­rer un proces­sus inédit de déco­lo­ni­sa­tion. Et, à l’in­verse de l’apai­se­ment souhai­table, c’est prendre le risque d’ali­men­ter ressen­ti­ment et colère, et faire obstacle à la recherche d’une solu­tion poli­tique satis­fai­sante. 

Comment imagi­ner une consul­ta­tion réfé­ren­daire privée de la parti­ci­pa­tion du peuple premier ?  

Comment accep­ter l’idée que pour­rait être imposé un projet d’ave­nir pour la Kanaky Nouvelle-Calé­do­nie sans les Kanak ? 

Il n’est pas trop tard pour éviter de s’en­ga­ger dans une impasse et pour réen­ga­ger le dialogue entre les diverses forces sociales et poli­tiques concer­nées. 

———————————–Pour signer : soli­da­rite-kana­ky@­lists.riseup.net———————————– 

Appel à l’ini­tia­tive 

  • du Mouve­ment des jeunes Kanak en France  (MJKF), 
  • de l’As­so­cia­tion Infor­ma­tion et Soutien aux Droits du Peuple Kanak (AISDPK) 
  • et du Collec­tif Soli­da­rité Kanaky : MJKF, USTKE (Union Syndi­cale des Travailleurs Kanak et des Exploi­tés en France), Union syndi­cale Soli­daires, CNT (Confé­dé­ra­tion Natio­nale du Travail), STC (Sindi­catu di i Trava­glia­dori Corsi), Asso­cia­tion Survie, Ensemble !, NPA (Nouveau Parti Anti­ca­pi­ta­liste), PIR (Parti des Indi­gènes de la Répu­blique), PCOF (Parti Commu­niste des Ouvriers de France), Union Commu­niste Liber­taire, PEPS (Pour une Ecolo­gie Popu­laire et Sociale), Ni guerre ni État de guerre, FASTI (Fédé­ra­tion des Asso­cia­tions de Soli­da­rité avec Tou-te-s les Immi­gré-e-s), FUIQP (Front Uni des Immi­gra­tions et des Quar­tiers popu­laires), UP (Union Paci­fiste). 
  • et des signa­taires : 
  1. Gilbert Achcar, socio­logue, profes­seur, SOAS Univer­sité de Londres (Angle­terre). 
  2. Cris­tina Agosti-Gher­ban, musi­cienne. 
  3. François Alfonsi, euro­dé­puté (Corse). 
  4. Marcelo Amen­dola, secré­taire natio­nal de la Confe­de­ra­zione unita­ria di base (Italie). 
  5. Kevin B Ander­son, Univer­sity of Cali­for­nia, Santa Barbara (Etats-Unis) 
  6. Nils Ander­son, mili­tant anti­co­lo­nial, ancien éditeur. 
  7. Enaut Aramendi, secré­taire syndi­cat Langile Abert­za­leen Batzor­deak (Pays basque). 
  8. Souley­mane Bachir Diagne, Direc­tor of the Insti­tute of Afri­can Studies. Colum­bia Univer­sity (Etats-Unis). 
  9. Bertrand Badie, profes­seur hono­raire des univer­si­tés, Science po Paris. 
  10. Bernard Bais­sat, jour­na­liste, cinéaste, coani­ma­teur de l’Union paci­fiste. 
  11. Etienne Bali­bar, philo­sophe, profes­seur hono­raire des univer­si­tés. 
  12. Ludi­vine Banti­gny, histo­rienne. 
  13. Jean Batou, profes­seur à l’Uni­ver­sité de Lausanne, député au Parle­ment du canton de Genève (Suisse). 
  14. Chris­tian Belhôte, magis­trat hono­raire. 
  15. Hocine Belal­loufi, jour­na­liste à la retraite, essayiste. 
  16. Amal Bentounsi, fonda­trice du collec­tif des familles des victimes tuées par la police. 
  17. Olivier Besan­ce­not, ancien candi­dat à l’élec­tion prési­den­tielle. 
  18. Alain Bihr, profes­seur hono­raire de socio­lo­gie, Univer­sité de Bour­gogne-Franche-Comté. 
  19. Pascale Bonne­mère, anthro­po­logue, direc­trice de recherche au CNRS. 
  20. Saïd Boua­mama, socio­logue et mili­tant du Front uni des immi­gra­tions et des quar­tiers popu­laires. 
  21. Gilles Bounoure, critique d’art. 
  22. José Bové, syndi­ca­liste et ex-euro­dé­puté. 
  23. Isabelle Bril, direc­trice de recherches (LACITO-CNRS), direc­trice d’Etudes à l’EPHE. 
  24. Jean-Yves Brule­bois, tréso­rier de l’as­so­cia­tion Pales­tine 13, groupe local de l’AFPS. 
  25. Claude Calame, anthro­po­logue et histo­rien. 
  26. Maëlle Calan­dra, post-docto­rante en anthro­po­lo­gie. 
  27. Natha­lie Castan, cadre asso­cia­tif. 
  28. Alain Castan, La courte échelle, Editions tran­sit.  
  29. Patrick Chamoi­seau, écri­vain. 
  30. Sophie Chave-Dartoen, anthro­po­logue, Univer­sité de Bordeaux. 
  31. Mathias Chau­chat, profes­seur agrégé de droit public, Univer­sité de Nouvelle-Calé­do­nie. 
  32. Étienne Choma­rat, forma­teur, asso­cia­tion La Mèche. 
  33. Nara Cladera, cose­cré­taire fédé­rale SUD Educa­tion. 
  34. Herbert Claros, secré­taire aux rela­tions inter­na­tio­nales de la Central sindi­cal e popu­lar Conlu­tas (Brésil). 
  35. Hélène Clau­dot-Hawad, anthro­po­logue, CNRS. 
  36. Raphael Cons­tant, ancien Bâton­nier de Marti­nique. 
  37. Raphaëlle Cons­tant, écri­vain marti­niquais. 
  38. Philippe Corcuff, maître de confé­rences science poli­tique. 
  39. Annick Coupé, secré­taire géné­rale d’ATTAC-France. 
  40. Pierre Cours-Salies, profes­seur des Univer­si­tés hono­raire. 
  41. Didier Daenin­ckx, écri­vain. 
  42. Philippe Daguerre, jour­na­liste web. 
  43. Pierre Dardot, philo­sophe, cher­cheur au labo­ra­toire Sophia­pol de l’Uni­ver­sité de Paris Nanterre. 
  44. Cybèle David, membre du secré­ta­riat natio­nal de l’Union syndi­cale Soli­daires. 
  45. Roland Davi­das, ensei­gnant marti­niquais et auteur en langue créole. 
  46. Laurence de Cock, histo­rienne. 
  47. Cathe­rine Destom-Bottin, Asso­cia­tion des commu­nistes unitaires. 
  48. Daho Djer­bal, Profes­seur d’his­toire à la retraite, Univer­sité d’Al­ger 2 (Algé­rie). 
  49. Bernard Dreano, président du Centre d’études et d’ini­tia­tives de soli­da­rité inter­na­tio­nale CEDETIM. 
  50. Jean-Numa Ducange, histo­rien. 
  51. Sylvain Duez-Alesan­drini, Corsica Inter­na­ziu­na­lista (Corse). 
  52. Argitxu Dufau, secré­taire syndi­cat Langile Abert­za­leen Batzor­deak (Pays basque). 
  53. Simon Duteil, co-délé­gué géné­ral de l’Union syndi­cale Soli­daires. 
  54. Bernard Duterne, direc­teur du Centre tricon­ti­nen­tal CETRI (Belgique). 
  55. Virgi­nie Duval, mili­tante syndi­cale ASSO-Soli­daires. 
  56. Iker Elizalde, conseiller dépar­te­men­tal, Euskal Herria Bai (Pays basque). 
  57. Didier Epsz­tajn, anima­teur du blog Entre les lignes entre les mots
  58. Mireille Fanon Mendes-France, prési­dente de la Fonda­tion Frantz Fanon inter­na­tio­nale. 
  59. Patrick Farbiaz, mili­tant anti­co­lo­nia­liste et écolo­giste. 
  60. Annie Fiore, écri­vaine. 
  61. Céline Freyss, ensei­gnante retrai­tée. 
  62. Annie Gaffo­relli, conseillère muni­ci­pale Paris 20e
  63. Jacques Gaillot, évêque. 
  64. Jean-Jacques Gandini, ancien président du Syndi­cat des avocats de France. 
  65. Patrice Gare­sio, co-président de l’as­so­cia­tion Survie. 
  66. Franck Gaudi­chaud, histo­rien, Univer­sité Toulouse 2 Jean Jaurès. 
  67. Bernard Genet, porte-parole du comité Comprendre et agir contre la guerre, Marseille. 
  68. Marc Giova­ni­netti, histo­rien. 
  69. Benoit Godin, jour­na­liste et docu­men­ta­liste. 
  70. Claude Grin, anthro­po­logue, EPHE. 
  71. Nacira Guénif, profes­seure des Univer­si­tés, Paris 8, fille de résis­tants algé­riens à la colo­ni­sa­tion française. 
  72. Daniel Guer­rier, éditeur, éd. Spar­ta­cus. 
  73. Murielle Guil­bert, co-délé­guée géné­rale de l’Union syndi­cale Soli­daires. 
  74. Kirk Huff­man, anthro­po­logue. 
  75. Alain Iriart, maire de Saint-Pierre d’Irube (Pays basque) 
  76. Eva Joly, ex-dépu­tée euro­péenne. 
  77. Pierre-Leonce Jordan, anthro­po­logue, EHESS. 
  78. Solé Jordi, euro­dé­puté, Esquerra Repu­bli­cana de Cata­lu­nya (Cata­logne). 
  79. Samy Johsua, profes­seur émérite univer­sité Aix Marseille.  
  80. Auré­lie Jour­née-Duez, anthro­po­logue EHESS/Labo­ra­toire d’an­thro­po­lo­gie sociale, prési­dente du Comité de soli­da­rité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitas­si­nan). 
  81. Vincent Kermel, jour­na­liste en retraite et ancien membre de l’AISDPK. 
  82. L’Equipe de rédac­tion du Guide du Bordeaux colo­nial et de la métro­pole borde­laise
  83. Mehdi Lallaoui, réali­sa­teur. 
  84. Léopold Lambert, éditeur, The Funam­bu­list. 
  85. Iabe Lapa­cas, secré­taire du Mouve­ment des jeunes Kanak en France. 
  86. François Larous­si­nie, profes­seur d’in­for­ma­tique à l’Uni­ver­sité de Paris. 
  87. Chris­tian Laval, socio­logue. 
  88. Olivier Le Cour Grand­mai­son, univer­si­taire. 
  89. J.M.G. Le Clezio, écri­vain. 
  90. Kevin Le Tétour, cose­cré­taire fédé­ral SUD Educa­tion. 
  91. Sébas­tien Lebègue, photo­graphe et auteur du livre Coutume kanak
  92. Isabelle Leblic, anthro­po­logue, direc­teure de recherche au CNRS, éditeure en chef du Jour­nal de la Société des Océa­nistes. 
  93. Pierre Lemon­nier, anthro­po­logue, direc­teur de recherche émérite, CNRS. 
  94. Lamont Lind­strom, Chair, Depart­ment of Anthro­po­logy Henry Kendall College of Arts and Scien­cesU­ni­ver­sity of Tulsa (Etats-Unis). 
  95. Anita Lopepe, porte-parole d’Eus­kal Herria Bai (Pays basque). 
  96. Thierry Louchon, retraité, respon­sable du collec­tif Soli­da­rité Pales­tine Ouest étang de Berre. 
  97. Michael Löwy, socio­logue. 
  98. Chris­tian Mahieux, coani­ma­teur du Réseau syndi­cal inter­na­tio­nal de soli­da­rité et de luttes. 
  99. Jan Malewski, revue Inpre­cor. 
  100. Noël Mamère, ancien député et maire de Bègles. 
  101. Gilles Mance­ron, histo­rien. 
  102. Olivier Marboeuf, auteur, produc­teur de cinéma. 
  103. Philippe Marlière, poli­tiste, Univer­sity College Londres (Angle­terre). 
  104. Roger Martelli, histo­rien. 
  105. Jean-Pierre Martin, psychiatre. 
  106. Serge Martin, profes­seur émérite, Univer­sité Sorbonne nouvelle. 
  107. Gustave Massiah, membre du Conseil inter­na­tio­nal du Forum social mondial, membre du Conseil scien­ti­fique d’ATTAC-France. 
  108. Nico­las Matos Ichaso, auteur-réali­sa­teur et mili­tant asso­cia­tif. 
  109. Mehdi Meftah, mili­tant déco­lo­nial. 
  110. Éliane Meillier, méde­cin, mili­tante anti­co­lo­nia­liste. 
  111. Jean-Luc Mercier, profes­seur d’an­glais retraité. 
  112. Isabelle Merle, histo­rienne. 
  113. Jean-Paul Mignon, Conseiller d’édu­ca­tion popu­laire, retraité. 
  114. Muriel Modr, artiste. 
  115. Hamid Mokad­dem, philo­sophe, anthro­po­logue, Nouméa. 
  116. Denis Monne­rie, anthro­po­logue, DynamE, Unis­tra/CNRS. 
  117. Mymyt­chell, auture-compo­si­trice-inter­prète. 
  118. Domi­nique Natan­son, auteur du Guide du Sois­sons colo­nial
  119. Elisenda Palu­zie, prési­dente de l’As­sem­blea Nacio­nal Cata­lana (Cata­logne). 
  120. Raphaëlle Primet, conseillère de Paris. 
  121. Jaime Pastor Verdù, éditeur, Viento Sur (Etat espa­gnol). 
  122. Simone Pauwels, anthro­po­logue, CREDO-Marseille. 
  123. Chris­tian Pier­rel, direc­teur de publi­ca­tion de La Forge. 
  124. Guillaume Pigeard de Gurbert, philo­sophe. 
  125. Philippe Pignarre, éditeur.  
  126. Chris­tine Poupin, mili­tante écoso­cia­liste et inter­na­tio­na­liste. 
  127. Fabrice Rice­puti, histo­rien. 
  128. Carlos Riera, député au Parle­ment cata­lan, Candi­da­tura d’Uni­tat Popu­lar (Cata­logne). 
  129. Mathieu Rigouste, cher­cheur en sciences sociales. 
  130. Michèle Riot-Sarcey, histo­rienne. 
  131. Laurent Ripart, histo­rien, Univer­sité Savoie Mont Blanc. 
  132. Pierre Rous­set, Europe Soli­daires Sans Fron­tières. 
  133. Chris­tine Salo­mon, anthro­po­logue. 
  134. Cathe­rine Samary, écono­miste. 
  135. Elias Sanbar, écri­vain, ancien ambas­sa­deur de la Pales­tine auprès de l’UNESCO. 
  136. Benoit Schne­cken­bur­ger, secré­taire géné­ral adjoint de la Fédé­ra­tion natio­nale de la Libre Pensée. 
  137. Denis Sief­fert, jour­na­liste. 
  138. Patrick Silber­stein, éditeur, coau­teur du Guide du Paris colo­nial et des banlieues
  139. Juliette Simon, retrai­tée, secré­taire de Pales­tine 13, groupe local de l’AFPS. 
  140. Fran­cis Sitel, co-direc­teur revue ContreTemps. 
  141. Ales­san­dro Stella, histo­rien, univer­si­taire, direc­teur de recherches au CNRS et à l’EHESS. 
  142. Marc Tabani, anthro­po­logue, direc­teur du Centre de Recherche et de Docu­men­ta­tion sur l’Océa­nie. 
  143. Serge Tcher­ke­zoff, anthro­po­logue. 
  144. Laurence Theault, jour­na­liste 
  145. Odile Tobner, essayiste, mili­tante anti­ra­ciste. 
  146. Aminata Dramane Traoré, Forum pour un autre Mali. 
  147. Josette Trat, socio­logue. 
  148. Benoit Trépied, anthro­po­logue. 
  149. Anne Tris­tan, jour­na­liste. 
  150. Charles-André Udry, éditeur, anima­teur du site A l’en­contre, Lausanne (Suisse). 
  151. Miguel Urbàn Crespo, député euro­péen Anti­ca­pi­ta­lis­tas (Cata­logne). 
  152. Eleni Vari­kas, poli­tiste. 
  153. Patrick Vassallo, membre du comité de rédac­tion de Cerises la coopé­ra­tive
  154. Françoise Verges, poli­to­logue, mili­tante fémi­niste déco­lo­niale. 
  155. Eric Witter­sheim, anthro­po­logue. 
  156. Abdel­la­tif Zeroual, socio­logue et mili­tant (Maroc). 
  157. Mouhied­dine Cher­bib, anima­teur du Comité pour le respect des liber­tés et des droits de l’Homme en Tuni­sie. 

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