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Mobi­li­sa­tion des ensei­gnant-e-s précaires de l’Uni­ver­sité de Poitiers

Nous, docto­rant-e-s et contrac­tuel-le-s de l’Uni­ver­sité de Poitiers, précaires de l’En­sei­gne­ment supé­rieur et de la recherche (ESR), deman­dons l’amé­lio­ra­tion sans délai de nos condi­tions de travail et de trai­te­ment.

Nous, docto­rant-e-s et contrac­tuel-le-s de l’Uni­ver­sité de Poitiers, précaires de l’En­sei­gne­ment supé­rieur et de la recherche (ESR), deman­dons l’amé­lio­ra­tion sans délai de nos condi­tions de travail et de trai­te­ment.

Dans un contexte de casse des services publics, l’ESR est atteint de plein fouet par la poli­tique d’aus­té­rité du gouver­ne­ment. Nous subis­sons la réduc­tion crois­sante des moyens finan­ciers de nos labo­ra­toires, dépar­te­ments, UFR, UMR et Équipes d’ac­cueil.

Nous, précaires de l’ESR, sommes parmi les plus vive­ment touché-e-s par cette situa­tion alors que nous assu­rons une grande partie des ensei­gne­ments et contri­buons plei­ne­ment au rayon­ne­ment scien­ti­fique de l’Uni­ver­sité (publi­ca­tions, colloques, jour­nées d’études). Nous deman­dons à être reconnu-e-s pour notre travail et refu­sons de jouer le rôle de variables d’ajus­te­ment budgé­taire pour les univer­si­tés.

Nous vivons dans un état de préca­rité sans précé­dent : astreint-e-s à des droits de scola­rité consé­quents, non défrayé-e-s pour nos dépla­ce­ments, rému­néré-e-s de façon anar­chique et tardive, peu consi­déré-e-s pour notre contri­bu­tion pour­tant déci­sive aux acti­vi­tés péda­go­giques et scien­ti­fiques, nous faisons l’objet d’une exploi­ta­tion inad­mis­sible.

Les vaca­tions d’en­sei­gne­ment consti­tuent la pièce maîtresse d’un dispo­si­tif aber­rant qui nous oblige à déployer toutes sortes de stra­té­gies pour assu­rer nos cours. Rému­néré-e-s de façon insuf­fi­sante et irré­gu­lière, nous sommes contraint-e-s d’avoir recours à nos ressources person­nelles au quoti­dien. Travaillant sans contrat ni fiche de salaire, payant sur nos deniers des dépla­ce­ments de plusieurs kilo­mètres pour une ou deux heures de TD par semaine, nous n’avons d’autre choix que d’at­tendre jusqu’à six mois après la fin de notre service pour être enfin rétri­bué-e-s. Nous en sommes donc réduits à payer pour travailler.

Perçu-e-s comme des ensei­gnant-e-s de second rang, nous ne sommes pas consi­déré-e-s comme appar­te­nant au corps ensei­gnant des dépar­te­ments. Nous ne dispo­sons d’ailleurs d’au­cun espace collec­tif ou indi­vi­duel de travail, ce qui nous oblige, par exemple, à rece­voir les étudiant-e-s dans les couloirs.

Quant aux ATER, leurs condi­tions de travail se sont, elles aussi, très forte­ment dégra­dées : en quelques années, nous sommes effec­ti­ve­ment passés d’une majo­rité de contrats à mi-temps sur un an (renou­ve­lables un an) dans lesquels une partie du temps payé pouvait encore être consa­cré à la recherche, à une majo­rité de contrats à plein temps sur six mois, ce qui est évidem­ment plus « rentable » pour les univer­si­tés qu’un mi-temps payé aux 3/4. Cette formule, sans doute avan­ta­geuse sur un plan stric­te­ment budgé­taire, s’avère tota­le­ment contre-produc­tive et injuste sur le plan des condi­tions d’études : payés au semestre, les ATER consa­crant le reste de leur temps à leur recherche le font à leurs frais. Les acti­vi­tés scien­ti­fiques des docto­rant-e-s et docteur-e-s sont ainsi sacri­fiées sur l’au­tel de l’aus­té­rité.

Ces condi­tions déplo­rables pèsent lour­de­ment sur nos exis­tences. Notre travail margi­na­lisé, déva­lo­risé et invi­si­bi­lisé génère un senti­ment d’inu­ti­lité sociale alors même que, sans notre concours, l’Uni­ver­sité ne pour­rait plus fonc­tion­ner. Nous aime­rions croire que les valeurs d’éga­lité et de justice n’ont pas été tota­le­ment aban­don­nées par l’ins­ti­tu­tion univer­si­taire, mais notre expé­rience démontre quoti­dien­ne­ment le contraire.

La préca­ri­sa­tion accen­tue les rapports de domi­na­tion : elle nous isole et nous fragi­lise en nous impo­sant des contraintes toujours plus lourdes qui altèrent notre dispo­ni­bi­lité pour la recherche, à l’heure où les direc­tions d’uni­ver­si­tés prétendent, dans leurs discours offi­ciels, aux enjeux de l’« excel­lence ».

Nous refu­sons désor­mais de faire les frais de cette hypo­cri­sie

À la suite des précaires des univer­si­tés de Nantes, Lyon, Paris, Rennes, des mobi­li­sa­tions de Sciences en marche et des multiples appels des vaca­taires et des titu­laires à une révi­sion dras­tique de la poli­tique d’em­ploi de l’ESR, nous affir­mons nos reven­di­ca­tions pour des condi­tions de travail et de rému­né­ra­tion qui, loin de viser l’im­pos­sible, soient simple­ment dignes et justes.

Nous rejoi­gnons ici des reven­di­ca­tions qui, même si elles s’énoncent de façon écla­tée en raison de notre disper­sion géogra­phique et de l’or­ga­ni­sa­tion d’une anomie fonc­tion­nelle au sein de l’ESR, sont bel et bien des reven­di­ca­tions communes aux univer­si­tés françaises :

Nous exigeons en premier lieu:

  • La signa­ture d’un véri­table contrat de travail à durée déter­mi­née
  • La mensua­li­sa­tion du paie­ment des heures effec­tuées
  • L’en­voi d’une fiche de paie chaque mois afin, entre autres, de justi­fier de nos droits auprès de Pôle emploi

Nous exigeons aussi :

  • L’exo­né­ra­tion des frais d’ins­crip­tion pour les vaca­taires employés par l’Uni­ver­sité, sans plan­cher horaire
  • Le rembour­se­ment des frais de dépla­ce­ment
  • Un espace dédié à notre travail et aux échanges avec les étudiants

Les docto­rant-e-s et contrac­tuel-le-s des dépar­te­ments de Socio­lo­gie, Psycho­lo­gie, Géogra­phie, Lettres et langues de l’Uni­ver­sité de Poitiers.

<precaires.esr.poitiers@g­mail.com>

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