19 février 2026

Regards. Cathe­rine Tricot. « LFI sous le feu : il est encore temps »

par Cathe­rine Tricot

Pilon­née et clas­sée à l’ex­trême gauche, La France insou­mise cris­tal­lise une offen­sive poli­tique majeure après la mort de Quen­tin Deranque à Lyon. Dans le viseur, pas seule­ment un mouve­ment, mais l’exis­tence même d’une gauche de gauche en France.

C’est l’hal­lali contre la France insou­mise. Tous les ministres, toute la droite et l’ex­trême droite, tout Raphaël Glucks­mann et tout Maud Bregeon, tous les plateaux TV convergent pour tenter de porter le coup de grâce contre le mouve­ment de gauche radi­cale.

La séquence a commencé avec le clas­se­ment de LFI dans la caté­go­rie « extrême gauche ». Ainsi, par déci­sion du ministre de l’in­té­rieur, Laurent Nuñez, avec l’as­sen­ti­ment appuyé du président de la Répu­blique, le nouvel étique­tage du mouve­ment de Jean-Luc Mélen­chon construit une équi­va­lence avec l’ex­trême droite. Avec une irres­pon­sa­bi­lité totale, la droite, les macro­nistes et le gouver­ne­ment parti­cipent à bana­li­ser toujours plus la possible acces­sion du RN au pouvoir. Voire la favo­ri­se­raient, en cas de duel Mélen­chon/Bardella. Et dès les muni­ci­pales, ils espèrent empê­cher toute fusion des listes de gauche.

L’enjeu poli­tique est majeur. « La cabale contre LFI », dixit Sandrine Rous­seau, prend une nouvelle ampleur avec la mise en cause des insou­mis à la suite du meurtre de Quen­tin Deranque. « Les mots tuent », a dit le ministre de la justice Gérald Darma­nin. « À l’évi­dence, l’ul­tra­gauche est en cause », pour le ministre de l’in­té­rieur. Des évidences dont se garde pour­tant le procu­reur. Mais les ministres, en prin­cipe garants de l’état de droit et du fonc­tion­ne­ment de la justice, n’en ont cure: avant toute conclu­sion de l’enquête, ils savent et assènent. Une entorse de plus…

Ce pilon­nage est dégueu­lasse. Mais il peut fonc­tion­ner sur une France insou­mise consi­dé­ra­ble­ment fragi­li­sée en trois ans. En 2017, Jean-Luc Mélen­chon était la person­na­lité poli­tique préfé­rée des Français. En 2022, il était la deuxième et LFI était consi­dé­rée comme la première force d’op­po­si­tion. À moins d’un an de la prochaine élec­tion prési­den­tielle, la donne a radi­ca­le­ment changé. Les insou­mis inquiètent et sont perçus comme un danger pour la démo­cra­tie.

Il est exact que, pour parve­nir à ce renver­se­ment, rien ne leur aura été épar­gné, accu­sa­tions igno­mi­nieuses d’an­ti­sé­mi­tisme en tête. Mais si l’on veut faire la révo­lu­tion, il faut s’at­tendre à de rudes affron­te­ments, s’y prépa­rer, les anti­ci­per. Et éviter de nour­rir sans cesse l’in­com­pré­hen­sion ou la critique, voire la défiance.

Les insou­mis sont forts de leurs résul­tats en 2017 et 2022. Ils veulent croire que, cette fois encore, Jean-Luc Mélen­chon va polir son image et réus­sir à embarquer tout le monde. Par trois fois, il a porté les couleurs de la radi­ca­lité incar­nées au 20ème siècle par les commu­nistes. Il s’est inscrit dans la trace des sans-culottes et de la France rebelle. Il a compris cette demande de rupture et lui a donné un visage renou­velé. Mais il a oublié la moitié de l’his­toire. La poli­tique qui fait battre les cœurs est tout à la fois conflit et recherche de majo­rité. La bruta­lité du monde, les divi­sions de notre société inquiètent et font peur. Mais ce qui a toujours emporté les foules, c’est la promesse d’un chan­ge­ment vers plus de liberté et d’éga­lité ; c’est l’ho­ri­zon d’une nouvelle unité. 1936, 1968, 1995 : ces temps sont ceux des masses créa­tives et conver­gentes. Tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais !

L’enjeu des mois qui viennent est d’em­pê­cher le pire au pays et à ceux qui y vivent. Ce qui se joue égale­ment c’est l’ave­nir d’un espace poli­tique, celui qui croit qu’un autre monde est possible. Dans le champ poli­tique, LFI repré­sente la gauche de gauche : elle n’est pas respon­sable que d’elle-même et elle peut dispa­raître, empor­tant dans sa chute un pan des espoirs poli­tiques. Dix ans après sa créa­tion, LFI doit réin­ven­ter sa façon de faire de la poli­tique : moins d’ar­ro­gance et de clivage, plus de gentillesse et de consi­dé­ra­tion. Love.

Cathe­rine Tricot

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