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Relance de la produc­tion de masques près de St Brieuc

Nous relayons un commu­niqué commun des syndi­cats CGT, FSU et Soli­daires des Côtes du Nord. Edifiant pour l’après ! Les capi­ta­listes sont prêts à profi­ter de l’au­bai­ne… des subven­tions.

Commu­nique de presse : Relance de la produc­tion de masques de protec­tion sani­taire près de St Brieuc. Les recettes éculées ne font pas de bons projets !

Combien de fois faudra-t-il que l’his­toire se répète pour décil­ler les yeux de certains respon­sables poli­tiques de la région ? Aujourd’­hui, ils applau­dissent très fort l’ar­ri­vée de l’in­ves­tis­seur libano-suisse Abdal­lah Chatila dans le projet de relance d’un site de produc­tion de masques et de vête­ments de protec­tion sani­taire dans l’ag­glo­mé­ra­tion brio­chine. Sont-ils amné­siques, incons­cients ou tout simple­ment naïfs ?

En 2010, quand la multi­na­tio­nale améri­caine Honey­well a racheté l’usine Bacou-Dalloz, elle aussi promet­tait monts et merveilles. On a vu ce qui est advenu : le pompage à tous les étages de l’argent public pendant huit ans, puis la liqui­da­tion brutale et sans scru­pule du site. Il y a moins long­temps, toujours en Bretagne à Carhaix, le même scéna­rio c’est présenté avec l’en­tre­prise Synu­tra. Un inves­tis­seur chinois est mira­cu­leu­se­ment tombé du ciel. Aujourd’­hui, il disparu avec le résul­tat finan­cier que l’on sait.

Certes, M. Abdal­lah Chatila doit avoir plein de quali­tés quand il s’agit de jongler avec des capi­taux sur les marchés finan­ciers inter­na­tio­naux ou faire de l’op­ti­mi­sa­tion fiscale. Nous n’en doutons pas. Mais est-il vrai­ment le mieux placé pour assu­rer notre sécu­rité sani­taire  et défendre l’in­té­rêt géné­ral sur notre terri­toire ?

Si Monsieur Chatila n’est certai­ne­ment pas qu’un philan­thrope. Il veut faire un inves­tis­se­ment très rentable près de Saint-Brieuc et il a raison ! Le Gouver­ne­ment vient de prendre un arrêté qui garan­tit 30% de subven­tion pour tout projet indus­triel de relance de produc­tion d’équi­pe­ment de protec­tion sani­taire (1). Donc s’il inves­tit vrai­ment comme il le dit 15 millions d’eu­ros, il pourra toucher près de 5 millions d’eu­ros d’argent public. Les banques regor­geant en ce moment de liqui­di­tés, depuis que la BCE a décidé de leur verser 750 milliards d’eu­ros pour relan­cer l’éco­no­mie.

Donc M. Chatila pourra béné­fi­cier des 10 millions d’eu­ros manquant sous forme de prêt bancaires à des taux d’in­té­rêt proche de zéro. En vérité, M. Chatila n’aura aucun argent à avan­cer : l’argent public ou de l’argent prêté par la BCE devrait suffire. Il aurait tort de se gêner, surtout s’il obtient la caution morale d’élu.es de la région.

Cette affaire est fort éclai­rante sur le fonc­tion­ne­ment de notre société domi­née par la finance sans fron­tière. Le plus éton­nant est qu’une bonne affaire pour un inves­tis­seur privé devient impos­sible si les inves­tis­seurs son des collec­ti­vi­tés publiques ou asso­cia­tives. Cher­chez l’er­reur !

Depuis quelques semaines, le Conseil Régio­nal a missionné l’an­cien Secré­taire d’Etat à l’éco­no­mie sociale et soli­daire, M. Guy Hascoët, pour étudier la faisa­bi­lité d’une relance de la fabri­ca­tion des masques et vête­ments de protec­tion sani­taire sous la forme d’une Coopé­ra­tive d’in­té­rêt Collec­tif (SCIC) Il devrait rendre son rapport très prochai­ne­ment.

Pour l’in­ter­syn­di­cale CGT, FSU, Soli­daires la créa­tion d’une coopé­ra­tive reste, et de loin, l’op­tion la plus adap­tée à la situa­tion de crise que nous connais­sons aujourd’­hui. En effet, la SCIC permet d’as­so­cier tous les acteurs du terri­toire régio­nal et de la filière, en les impliquant dans un projet de relo­ca­li­sa­tion d’une produc­tion indus­trielle d’in­té­rêt géné­ral. Elle permet égale­ment de contrô­ler au plus près l’uti­li­sa­tion les fonds publics inves­tis. Le Conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’une SCIC peut compor­ter plusieurs collèges. Pour les sala­rié.es bien sûr, mais aussi pour les acteurs sani­taires et médico-sociaux, pour les clients, les collec­ti­vi­tés locales et asso­cia­tions, tous inté­res­sés au bon fonc­tion­ne­ment de la coopé­ra­tive. De plus la SCIC combine deux avan­tages : le contrôle démo­cra­tique (élec­tion des diri­geants) et la vertu écono­mique (absence d’en­ri­chis­se­ment privé). Toute la valeur ajou­tée sera ainsi répar­tie entre les sala­riés et les desti­na­taires des produits fabriqués. Dans une SCIC, il n’y a pas d’ac­tion­naire à rému­né­rer.

Le monde qui émer­gera après la crise sani­taire ne peut repar­tir sur les bases du monde d’avant. Il nous faut collec­ti­ve­ment imagi­ner d’autres modes de produc­tion et de déve­lop­pe­ment. Les SCIC sont l’un des outils exis­tants, qui nous permet­tront de sortir de la spirale morti­fère dans laquelle nous entraine le capi­ta­lisme finan­cier, mis au service des 1% de la popu­la­tion (notons M. Chatila fait partie des 300 personnes les plus fortu­nées de Suisse !)

L’in­ter­syn­di­cale réitère sa demande au Préfet des Côtes d’Ar­mor de tenir, dans les jours qui viennent, une table ronde réunis­sant tous les acteurs concer­nés par le projet de relance d’un site de produc­tion de masques et de vête­ments de protec­tion sani­taire sur l’ag­glo­mé­ra­tion brio­chine : les ancien.es sala­rié.es de l’en­tre­prise Honey­well, les orga­ni­sa­tions syndi­cales, les élus, les forces écono­miques et les inves­tis­seurs poten­tiels.

Par ailleurs, étant donné l’im­por­tance des enjeux de ce dossier pour notre région, l’in­ter­syn­di­cale CGT – FSU – Soli­daires des Côtes d’Ar­mor demande égale­ment, que le Conseil Econo­mique, Social et Envi­ron­ne­men­tal Régio­nal de Bretagne (CESER) soit saisi afin qu’il donne un avis sur ce projet. Cet avis permet­tra ensuite aux élus du Conseil Régio­nal, du Conseil Dépar­te­men­tal et de la Commu­nauté d’ag­glo­mé­ra­tion Armor Saint-Brieuc de prendre une déci­sion en pleine connais­sance de cause.

Saint Brieuc le 2 mai 2020.

Contacts presse : CGT: 06 08 03 62 84 – FSU : 02 96 33 05 90 – Soli­daires : 06 80 95 85 17

(1) Réali­sa­tion d’uni­tés de produc­tion de maté­riaux filtrants :Afin de renfor­cer encore les capa­ci­tés de produc­tion, la Direc­tion géné­rale des entre­prises  du minis­tère de l’Eco­no­mie et des Finances lance un appel à mani­fes­ta­tion d’in­té­rêt (AMI) pour la réali­sa­tion d’uni­tés de produc­tion de maté­riaux filtrants pour masques de protec­tion à  usage médi­cal et de protec­tion respi­ra­toire. Cet AMI vise à déve­lop­per les lignes de produc­tions de matières premières filtrantes qui permettent la confec­tion de masques de protec­tion (chirur­gi­caux, FFP1, FFP2 ou FFP3). Les  projets  rete­nus,  après  examen  du  dossier,  feront  l’objet  d’un  accom­pa­gne­ment  afin  de  favo­ri­ser  la réali­sa­tion de l’in­ves­tis­se­ment. Les réponses recueillies permet­tront d’éva­luer les condi­tions néces­saires à la créa­tion de ces unités de produc­tion et le cas échéant de défi­nir des méca­nismes de soutien à même d’as­su­rer l’émer­gence d’un marché pérenne. Des subven­tions pouvant aller jusqu’à 30% du montant des inves­tis­se­ments pour­ront notam­ment être accor­dées. Un  soutien  finan­cier du  minis­tère pouvant aller jusqu’à 40 M€ pour l’en­semble des projets rete­nus pourra  être mis  en  œuvre  après  instruc­tion.  Le soutien  à  l’in­ves­tis­se­ment  ne  pourra  inter­ve­nir  que  pour  des  solu­tions démon­trant leur capa­cité à produire de manière compé­ti­tive des maté­riaux filtrants pour  des masques pouvant être certi­fiés aux normes chirur­gi­cales ou FFP2/FFP3.

(2) Lien web pour accé­der à la péti­tion « Sauvons des vies, fabriquons des masques » sur Change.org : http://chng.it/6csXjqmJ

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