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« Si la France se renie, plus rien ne nous lie … ? »

L’Ac­cord de Nouméa va au- delà de sa « durée » ; ce sont deux promesses solen­nelles et défi­ni­tives : construire ensemble « une complète éman­ci­pa­tion » d’ici « à la fin de cette période » ; garan­tir consti­tu­tion­nel­le­ment que chaque avan­cée vers ce but sera « sans possi­bi­lité de retour ». Le « béton » de ces concepts a été cimenté avec la France, à la lueur des trahi­sons précé­dentes via des lois, décrets et circu­laires français, des tenta­tives de noyades démo­gra­phiques du peuple autoch­tone, et des refus d’ob­tem­pé­rer aux injonc­tions des textes de l’ONU.

En 1956 la Calé­do­nie a choisi de rester française, contrai­re­ment à l’es­sen­tiel des autres colo­nies, parce qu’il y avait une promesse d’au­to­no­mie et de droit de vote aux kanak alors majo­ri­taires. Or le conseil de gouver­ne­ment élu de l’époque a été stoppé par un simple décret du gouver­neur, suite à une mani­fes­ta­tion de colons de la droite extrême ! Or l’au­to­no­mie légale a été annu­lée en 1963 par une nouvelle loi. Or le poids du vote kanak a été minoré aussi­tôt par une immi­gra­tion voulue pour cela, dès 1957.

En 1983 (Nain­ville), les Kanak ont déclaré inclure les personnes déjà établies, pour construire le pays avec elles, la France recon­nais­sant alors son droit à l’in­dé­pen­dance. Or en 1984, l’élec­tion qui mettait en œuvre le statut Lemoine – plus progres­siste – conser­vait un corps élec­to­ral très large, rendant impos­sible l’émer­gence des autoch­tones déjà rendus mino­ri­taires.

En 1988, les Accords de Mati­gnon prévoyaient une consul­ta­tion sur l’in­dé­pen­dance en 1998. Or malgré le verrouillage d’un réfé­ren­dum natio­nal et local qui le garan­tis­sait, celui-ci a été reporté.

En 1998, l’Ac­cord de Nouméa offrait une garan­tie supplé­men­taire pour ses enga­ge­ments. Or malgré cette garan­tie d’être « gravé dans le marbre » de la consti­tu­tion, l’on nous dit main­te­nant qu’il suffira de casser le marbre pour tout remettre en cause.

Que la France se renie encore est possible, voire probable. M. Macron l’a déjà fait plusieurs fois avec nous. Par l’ar­rêt des comi­tés des signa­taires depuis 3 ans (point 6.5 de l’Ac­cord de Nouméa), en impo­sant la consul­ta­tion au 12/12/21, ce qui reniait la parole précé­dente de son 1er ministre, en main­te­nant cette date en période Covid, ce qui reniait l’en­ga­ge­ment de l’Ac­cord de Nouméa de respec­ter enfin l’iden­tité Kanak, etc.

Rappe­lons qu’un chan­ge­ment consti­tu­tion­nel exige le vote conco­mi­tant des dépu­tés et séna­teurs réunis en congrès (tradi­tion­nel­le­ment à Versailles) à la majo­rité dite « quali­fiée » de 60 %. M. Macron, rendu mino­ri­taire à l’As­sem­blée natio­nale française, garde contre nous toute sa capa­cité de nuire : sa coali­tion « Ensemble ! » (LREM+MoDem+Ho­ri­zons) a 240 dépu­tés, le RN 89, et LR 62. Cela fait 391 dépu­tés sur 577 (soit + de 60%), capables de ne pas comprendre les risques évidents de guerre civile. Quant au Sénat, il est plus colo­nia­liste et plus à droite encore que l’As­sem­blée natio­nale. Séna­teurs et dépu­tés sont donc en capa­cité de voter sur la demande du Président la fin du corps élec­to­ral gelé, donc de la citoyen­neté et de l’em­ploi local, entraî­nant aussi la noyade démo­gra­phique autoch­tone, l’aban­don des trans­ferts encore dus, le rejet des textes de l’ONU, et in fine la trahi­son des deux enga­ge­ments majeurs déjà perver­tis de l’ADN cités ci-dessus : l’ac­cès à l’in­dé­pen­dance promise, et en tout état de cause la garan­tie d’au­cun retour en arrière.

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Soli­da­rité Kanaky, Numéro 14 – Août 2022
2022 – 7 – 28 – Soli­da­rité Kanaky Bulle­tin 14

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