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Unité popu­laire, oui. Unité des partis, non -( regards.fr)

 Un article de Guillaume Liégard; 8 janvier2015. Sur le site regards.fr.

 

La légi­time émotion collec­tive créée par l’at­ten­tat contre Char­lie Hebdo ne doit pas être le prétexte d’un Patriot Act à la française. Elle doit aussi conduire à une lutte sans compro­mis contre les fonda­men­ta­lismes qui pros­pèrent aujourd’­hui.

 

L’ef­froyable massacre de la rédac­tion de Char­lie Hebdo a suscité une intense émotion, un senti­ment profond de dégoût contre un acte barbare. Spon­ta­né­ment des dizaines de milliers de personnes sont descen­dues dans la rue, les décla­ra­tions ont été unanimes pour condam­ner ces assas­si­nats, c’était bien le mini­mum.

Il n’y a pas lieu de douter de la sincé­rité de toutes celles et tous ceux qui se sont expri­més, mais au-delà de la sidé­ra­tion commune, commencent les diver­gences poli­tiques. Dès ses premières décla­ra­tions, le président de la Répu­blique a appelé à « l’unité natio­nale face à la barba­rie ». Il n’en est pas ques­tion. Une union natio­nale des forces poli­tiques suppo­se­rait un accord sur ce qu’il faut dire et faire après un tel événe­ment. C’est évidem­ment impos­sible.

La tenta­tion sécu­ri­taire

Au lende­main même de l’at­ten­tat meur­trier à Char­lie Hebdo, Marine Le Pen a déjà embrayé, récla­mant un réfé­ren­dum sur la peine de mort. S’agis­sant de lutter contre des djiha­distes qui partout mani­festent le peu de cas qu’ils font de leur propre vie, aspi­rant plutôt au martyr, la reven­di­ca­tion est grotesque. La prési­dente du FN le sait bien, et si elle utilise cette arme, c’est qu’elle tente de capter l’as­pi­ra­tion à l’ordre qu’un tel événe­ment fait naître au sein d’une frac­tion de la popu­la­tion.

Depuis des années, l’ar­se­nal légis­la­tif a été sans cesse modi­fié, se tradui­sant à chaque fois par de nouvelles restric­tions des liber­tés et des moyens accrus de surveillance par l’État. Nico­las Sarkozy s’était spécia­lisé dans l’ex­ploi­ta­tion nauséa­bonde de faits-divers, pour alour­dir à chaud les lois répres­sives de ce pays. Les consé­quences sont bien connues, avec une crimi­na­li­sa­tion crois­sante des mouve­ments sociaux, les procès en tout genre contre des syndi­ca­listes et l’uti­li­sa­tion d’armes dispro­por­tion­nées contre des mani­fes­ta­tions.

Le 24 décembre, dans un curieux cadeau de Noël aux inter­nautes, Mati­gnon a publié un décret d’ap­pli­ca­tion à l’ar­ticle 20 de la loi de program­ma­tion mili­taire (LPM). Ce texte, sous le vocable léni­fiant d’ « accès admi­nis­tra­tif aux données de connexion » permet une très large surveillance des télé­com­mu­ni­ca­tions des Français (télé­phone, SMS, inter­net, etc…) par les services de l’Etat.

Lutter contre la barba­rie fonda­men­ta­liste

Tous les éléments d’un Patriot Act à la française sont déjà en place. Nul doute que des voix nombreuses vont, au nom de la lutte contre le terro­risme, deman­der de nouvelles restric­tions démo­cra­tiques. D’autres réponses sont pour­tant possibles. Celle de Fabian Stang, maire d’Oslo, après la tuerie de l’Île Utøya perpé­trée par le néo-nazi Anders Brei­vik en 2011 (69 morts parmi les jeunesses socia­listes norvé­giennes), est admi­rable : « Nous allons punir le coupable. La puni­tion, ce sera plus de géné­ro­sité, plus de tolé­rance, plus de démo­cra­tie. » Elle évoque ce que doit être notre combat. Combattre la barba­rie commence par ne pas aban­don­ner nos valeurs. Céder à la peur, en rabattre sur nos exigences démo­cra­tiques est un piège redou­table (lire aussi « Face à l’hor­reur, ni la peur ni la haine »). C’est recon­naître nous même que nos enne­mis ont gagné en entrant sur leur terrain.

S’il ne faut rien lâcher sur nos valeurs d’éga­lité, de démo­cra­tie, il faut aussi mener un combat impla­cable contre la barba­rie djiha­diste. Celle-ci est plus encore l’ex­pres­sion d’un projet poli­tique tota­li­taire qu’une dérive inté­griste et disons le mot, c’est une forme de fascisme. Les exac­tions de Daesh au Proche-Orient sont propre­ment abomi­nables. Le massacre de mercredi n’est qu’un échan­tillon de ce que subissent tous les jours les popu­la­tions yézi­dies, kurdes, chré­tiennes et sunnites en Irak et en Syrie.

Cela suppose donc un combat de tous les instants contre ces courants, mais aussi leurs protec­teurs. Chacun sait que l’Ara­bie Saou­dite et surtout le Qatar ont abon­dam­ment financé Al Qaïda et Daesh, deux pays avec lesquelles la France entre­tient les meilleures rela­tions pour des raisons écono­miques. Il y a peu encore, Nico­las Sarkozy, qui demande aujourd’­hui des mesures éner­giques au gouver­ne­ment, cache­ton­nait complai­sam­ment à Doha à l’in­vi­ta­tion de la Qatar Natio­nal Bank. De toute évidence, la lutte contre le djiha­disme est soluble dans le carnet de chèques.

S’op­po­ser à l’as­cen­sion poli­tique des inté­grismes reli­gieux

Une partie de la gauche doit aussi balayer devant sa porte. Il faut être intrai­table contre toutes les formes de racisme. Les discours haineux, les amal­games nauséa­bonds contre les musul­mans sont deve­nus monnaie courante et néces­site un combat acharné et sans relâche. Mais ce qui s’est passé mercredi à la rédac­tion de Char­lie Hebdo, les horreurs quoti­diennes en Afgha­nis­tan, au Pakis­tan ou au Proche-Orient ne sont pas seule­ment le fruit d’une réac­tion, même très dévoyée, aux inter­ven­tions impé­ria­listes ou au climat anti­mu­sul­man en France.

Il existe, de par le monde, une montée globale des inté­grismes reli­gieux et de leurs projec­tions poli­tiques. Le Tea Party aux États-Unis, la victoire élec­to­rale du BJP en Inde, l’ex­tré­misme juif ou l’is­la­misme radi­cal traduisent un recul de la sécu­la­ri­sa­tion de la poli­tique. Le phéno­mène est trop géné­ral pour ne pas renvoyer à des raisons d’en­semble qu’il faudra analy­ser en détail. Tous ces courants sont irré­duc­ti­ble­ment nos enne­mis. Bais­ser la garde au nom d’un adver­saire prin­ci­pal que serait l’im­pé­ria­lisme (ou autre) serait une tragique erreur. Au sein même du monde musul­man existe une lutte à mort entre des courants modé­rés et des forces ultra­réac­tion­naires. Ces derniers doivent être défaits.

Notre hori­zon, notre projet conjuguent égalité, liberté et soli­da­rité. Cela suppose un combat de tous les instants contre la logique folle du capi­ta­lisme qui détruit nos socié­tés. Cela signi­fie, aussi, d’être intrai­table contre tous les fana­tismes dont les valeurs sont point par point anti­no­miques aux nôtres.

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