7 février 2026

Iran. 26 janvier. Au tren­tième jour des mani­fes­ta­tions : « un massacre mons­trueux exécuté à huis clos »

Au tren­tième jour des mani­fes­ta­tions :
un massacre mons­trueux exécuté à huis clos

Au tren­tième jour des mani­fes­ta­tions, la pour­suite des poli­tiques de contrôle des commu­ni­ca­tions, la vague d’ar­res­ta­tions et les inquié­tudes crois­santes concer­nant la sécu­rité des centres médi­caux pour les bles­sés ont été parmi les déve­lop­pe­ments les plus signi­fi­ca­tifs. En outre, la pres­sion exer­cée par le gouver­ne­ment sur les jour­na­listes et le trans­fert des mani­fes­tants bles­sés des hôpi­taux vers des centres de déten­tion ont persisté, susci­tant des réac­tions inter­na­tio­nales.

Pertur­ba­tions et coupures conti­nues d’In­ter­net : pres­sion sur la circu­la­tion de l’in­for­ma­tion et impact écono­mique
Au tren­tième jour des mani­fes­ta­tions, les pertur­ba­tions et coupures géné­ra­li­sées d’In­ter­net sont restées l’un des prin­ci­paux outils utili­sés par le gouver­ne­ment pour restreindre la circu­la­tion de l’in­for­ma­tion et réduire la capa­cité des mani­fes­tants à s’or­ga­ni­ser. (…)

Dans le même temps, le jour­nal Sazan­degi, dans un rapport analy­tique, a décrit la coupure natio­nale d’In­ter­net comme un signe d’échec poli­tique et une crise dans la gestion des commu­ni­ca­tions. Il a souli­gné que le blocage géné­ra­lisé empêche non seule­ment la trans­mis­sion d’in­for­ma­tions et d’images sur les protes­ta­tions, mais conduit égale­ment à une baisse encore accrue de la confiance de la popu­la­tion, à une incer­ti­tude accen­tuée et à une aggra­va­tion des dommages écono­miques [1].

Par ailleurs, la Fédé­ra­tion inter­na­tio­nale des jour­na­listes a publié des décla­ra­tions en réponse à la répres­sion des forces de sécu­rité visant des jour­na­listes et des mili­tants des médias, signa­lant l’ar­res­ta­tion de deux photojour­na­listes : Hamed Araghi, arrêté à Téhé­ran, et Artin Ghazan­fari, arrêté à Mash­had après une perqui­si­tion à son domi­cile et la saisie de son maté­riel. Cette posi­tion, asso­ciée à la coupure conti­nue d’In­ter­net, donne une image claire des efforts systé­ma­tiques du gouver­ne­ment pour contrô­ler le discours public : couper les commu­ni­ca­tions pour limi­ter la diffu­sion des infor­ma­tions, tout en arrê­tant et en faisant pres­sion sur les jour­na­listes et les photo­graphes afin de restreindre la produc­tion de contenu et la docu­men­ta­tion sur le terrain. Dans l’en­semble, les déve­lop­pe­ments obser­vés au tren­tième jour des mani­fes­ta­tions montrent que le contrôle de l’in­for­ma­tion reste l’un des piliers centraux de la poli­tique de répres­sion, allant au-delà du « filtrage » pour abou­tir à un « blocage complet », à une « augmen­ta­tion des coûts sociaux et écono­miques » et à la « sécu­ri­sa­tion de l’ac­ti­vité média­tique ».

Esca­lade des arres­ta­tions massives et inten­si­fi­ca­tion des mesures de sécu­rité
Ces derniers jours, des infor­ma­tions font état d’ar­res­ta­tions massives dans diffé­rentes villes. Outre des déten­tions isolées de citoyens dans plusieurs endroits, des infor­ma­tions font état de l’ar­res­ta­tion de plus de 300 citoyens dans la province de Semnan [nord de l’Iran], ainsi que de la déten­tion d’au moins 54 citoyens dans des villes telles que Yazd, Zanjan et Malard. (…)

Ces dernières ne se sont pas limi­tées aux seules arres­ta­tions, les mili­tants syndi­caux, les mino­ri­tés reli­gieuses et les athlètes étant égale­ment soumis à des pres­sions, paral­lè­le­ment aux efforts visant à contrô­ler le flux d’in­for­ma­tions. Des rapports font égale­ment état de la diffu­sion conti­nue d’« aveux forcés » dans le cadre d’une stra­té­gie d’in­ti­mi­da­tion et de la construc­tion d’un discours offi­ciel autour des mani­fes­ta­tions, tandis que certaines arres­ta­tions ont été accom­pa­gnées d’une absence d’in­for­ma­tion des familles sur le sort des déte­nus. Pris ensemble, ces déve­lop­pe­ments indiquent qu’au tren­tième jour des mani­fes­ta­tions, les agences de sécu­rité conti­nuent de pour­suivre une approche centrée sur les arres­ta­tions massives, l’in­ti­mi­da­tion et le contrôle du discours.

Statis­tiques actua­li­sées (cumu­lées) à la fin du tren­tième jour des mani­fes­ta­tions
*
Nombre de rassem­ble­ments/mani­fes­ta­tions enre­gis­trés : 651
* Nombre de villes (sans répé­ti­tion) : 200
* Nombre de provinces (sans répé­ti­tion) : 31
* Nombre total d’ar­res­ta­tions : 41 880
* Étudiants arrê­tés : 62
* Diffu­sion d’aveux forcés : 245
* Convoqués par les services de rensei­gne­ment/sécu­rité : 11 024
* Personnes grave­ment bles­sée : 11 009
* Décès confirmé : 6 126
*
Mani­fes­tants : 5 777
* Enfants (moins de 18 ans) : 86
* Forces affi­liées au gouver­ne­ment : 214
* Non-mani­fes­tants/civils : 49
•*Décès faisant l’objet d’une enquête : 17 091

Inquié­tudes concer­nant l’ac­cès aux soins médi­caux et les infor­ma­tions faisant état de pour­suites et d’ar­res­ta­tions de bles­sés
L’un des prin­ci­paux déve­lop­pe­ments de ces derniers jours a été le nombre crois­sant d’in­for­ma­tions faisant état de bles­sé·e·s crai­gnant de se rendre dans des centres médi­caux, ainsi que de signa­le­ment faisant état de mani­fes­tants bles­sés pour­sui­vis et arrê­tés dans des hôpi­taux. (…)

Selon les infor­ma­tions publiées, les forces de sécu­rité iden­ti­fient les persDans le même temps, la Rappor­teuse spéciale des Nations unies sur la situa­tion des droits de l’homme en Iran (Mai Sato)a exprimé sa profonde préoc­cu­pa­tion face aux nombreux rapports faisant état de « l’en­lè­ve­ment de bles­sés dans les hôpi­taux » et de leur trans­fert vers des centres de déten­tion, quali­fiant ces actions de viola­tion flagrante du droit à accé­der à des soins médi­caux. (…)  En outre, des infor­ma­tions font état de pres­sions exer­cées sur le person­nel médi­cal, notam­ment des menaces ou des arres­ta­tions de méde­cins et d’in­fir­mières qui ont soigné les bles­sés. En réponse, plus de 4 000 méde­cins ont signé une décla­ra­tion condam­nant la répres­sion des forces de sécu­rité visant le person­nel médi­cal. Ces condi­tions indiquent que ces derniers jours, l’« espace médi­cal » lui-même est devenu sécu­risé, et que l’ac­cès libre et sûr aux soins de santé est grave­ment menacé.

Posi­tions natio­nales, déné­ga­tions et discours offi­ciels
(…)

 Ces démen­tis offi­ciels inter­viennent malgré de nombreux rapports faisant état de familles main­te­nues dans l’igno­rance, d’inquié­tudes concer­nant l’état de santé des déte­nus et de diffi­cul­tés d’ac­cès aux soins médi­caux. Compte tenu des expé­riences passées avec les décla­ra­tions des respon­sables, ainsi que des rapports des médias et des orga­ni­sa­tions de défense des droits humains, ces démen­tis ont été accueillis avec un profond scep­ti­cisme, d’au­tant plus que des rapports simul­ta­nés des Nations unies soulignent l’en­lè­ve­ment de personnes bles­sées dans des hôpi­taux et leur trans­fert vers des centres de déten­tion.

(…)

Dans l’en­semble, la posi­tion du gouver­ne­ment à l’égard des mani­fes­ta­tions au tren­tième jour peut se résu­mer comme suit : nier ou reje­ter les infor­ma­tions faisant état de viola­tions des droits humains contre des mani­fes­tant·e·s dans les prisons et les centres médi­caux; mettre l’ac­cent sur les menaces et les mesures sévères par le biais de médias tels que Kayhan ; présen­ter des récits sécu­ri­taires des mani­fes­ta­tions par les comman­dants des Gardiens et les respon­sables ; et main­te­nir les arres­ta­tions et la pres­sion comme prin­ci­paux outils de contrôle social. Ces posi­tions indiquent que le gouver­ne­ment conti­nue de présen­ter la situa­tion comme une crise de sécu­rité natio­nale, sans aucun signe de réduc­tion de la violence ou d’évo­lu­tion vers la prise de respon­sa­bi­lité.

[1] Amwaj.media du 27 janvier 2026 note : « Cette coupure prolon­gée repré­sente l’une des pertur­ba­tions Inter­net les plus graves impo­sées par l’Iran depuis les mani­fes­ta­tions contre la hausse du prix du carbu­rant en 2019, lorsque les auto­ri­tés avaient coupé l’ac­cès à Inter­net pendant près d’une semaine.
Cepen­dant, la durée des restric­tions actuelles dépasse de loin celle de l’épi­sode de 2019, ce qui soulève des ques­tions sur la stra­té­gie du gouver­ne­ment alors que les coûts écono­miques s’ag­gravent et que les entre­prises sont au bord de la faillite.
La coupure quasi totale actuelle est la troi­sième plus longue de l’his­toire, derrière celle du Soudan en 2021, qui a duré 35 jours, suivie de celle de la Mauri­ta­nie, où une coupure en 2024 a duré 22 jours.

Les experts ont mis en garde contre le fait que le réta­blis­se­ment partiel de l’ac­cès à certains services pour­rait indiquer que les auto­ri­tés iraniennes sont en train d’éta­blir une « liste blanche » de sites web et de plate­formes approu­vés.
Si cela se confirme, une telle mesure indique­rait que la connec­ti­vité Inter­net ne revien­dra pas à son niveau d’avant les protes­ta­tions, seuls certains services restant acces­sibles.
Le renfor­ce­ment des restric­tions d’ac­cès au web risque d’exa­cer­ber les problèmes écono­miques qui alimentent depuis des années le mécon­ten­te­ment à l’égard des auto­ri­tés. » (Réd.)

Human Rights Acti­vists in Iran – HRANA
le 26 janvier 2026 ; traduc­tion rédac­tion A l’En­contre
https://alen­contre.org/moye­no­rient/iran/iran-au-tren­tieme-jour-des-mani­fes­ta­tions-un-massacre-mons­trueux-execute-a-huis-clos.html

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