12 février 2026

Regards. P Pillaud Vivien. « Clémen­tine Autain, l’hy­po­thèse du rassem­ble­ment de la gauche »

Clémen­tine Autain, l’hy­po­thèse du rassem­ble­ment de la gauche

par Pablo Pillaud-Vivien

Peut-on rassem­bler une gauche écla­tée sans renon­cer à la trans­for­ma­tion sociale ? Et comment ? Ce sont les ques­tions auxquelles veut répondre Clémen­tine Autain avec sa candi­da­ture à la prési­den­tielle.

Après Marine Tonde­lier, après François Ruffin, c’est donc au tour de Clémen­tine Autain d’en­trer ce soir dans l’arène. La primaire de la gauche et des écolo­gistes, prévue le 11 octobre prochain, prend corps, avant le vote des adhé­rents du PS en avril. Pour les parti­sans de cette primaire, il y a une ques­tion centrale : qui peut rassem­bler la gauche dans un moment de péril démo­cra­tique ?

Ce vendredi 6 février, Clémen­tine Autain publie un mani­feste, La vie meilleure, et le défend ce soir lors d’un meeting pari­sien. Autain n’est pas une appa­ri­tion soudaine. Plus de vingt ans d’en­ga­ge­ment poli­tique, un ancrage en Seine-Saint-Denis, une fidé­lité aux combats fémi­nistes. Elle a connu les alliances et les ruptures, les espoirs et les purges. Son mani­feste s’ouvre sans éton­ne­ment par une brève relec­ture de son histoire person­nelle. Dans un pays où l’on demande encore aux femmes de prou­ver deux fois leur légi­ti­mité à gouver­ner, Clémen­tine Autain y arti­cule sa vie person­nelle et sa capa­cité à être prési­dente. Non pas sur le mode de la confes­sion, mais sur celui de la rési­lience person­nelle et poli­tique: tenir, comprendre, rassem­bler, ne jamais renon­cer.

La vie meilleure dessine une ligne struc­tu­rée autour de trois prio­ri­tés :

  • satis­faire les besoins authen­tiques : sortir de la marchan­di­sa­tion géné­ra­li­sée, redon­ner sens au travail, garan­tir l’ac­cès à l’ali­men­ta­tion, au loge­ment, aux soins, à l’édu­ca­tion et à la culture ;
  • sécu­ri­ser nos vies : en élar­gis­sant les protec­tions sociales, en combat­tant toutes les formes de violences, en prenant l’in­sé­cu­rité à la racine – sociale, écono­mique, envi­ron­ne­men­tale ;
  • reprendre la main : refon­der un État stra­tège, plani­fi­ca­teur, au service de l’in­té­rêt géné­ral, appuyé sur la justice fiscale et la bifur­ca­tion écolo­gique.

Le thème de la lutte contre l’in­sé­cu­rité alimen­taire revient à plusieurs reprises dans son mani­feste et incarne, aux yeux de la candi­date, ces trois enjeux. Cette ques­tion concerne vive­ment toutes les classes sociales et peut donc être large­ment fédé­ra­trice. Il est poli­tique parce qu’il impacte la santé publique, l’éco­lo­gie, le monde paysan, le commerce inter­na­tio­nal. De la cantine scolaire aux caisses alimen­taires, de la Sécu­rité sociale de l’ali­men­ta­tion à la juste rému­né­ra­tion des produc­teurs, de la lutte contre la malbouffe à une alimen­ta­tion plus saine et plus soute­nable, Clémen­tine Autain veut faire émer­ger ce sujet concret et global comme un vrai sujet poli­tique, emblé­ma­tique d’une vie meilleure.

Sur le plan inter­na­tio­nal, elle nour­rit sa vision des travaux de Bertrand Badie qui inter­vien­dra à ses côtés lors de son meeting de lance­ment. Elle affirme la prio­rité à la mobi­li­sa­tion des socié­tés, au droit inter­na­tio­nal, à la coopé­ra­tion contre la loi du plus fort.

L’autre convic­tion de Clémen­tine Autain est sur le terrain du rassem­ble­ment poli­tique. Ancienne adjointe de Bertrand Dela­noë à Paris, suppléante d’un député PCF puis dépu­tée LFI, désor­mais asso­ciée au groupe écolo­giste, Clémen­tine Autain connaît toutes les nuances de rouge et de vert. Elle en connaît long égale­ment sur toutes les nuances de fémi­nisme. Avec sa cohé­rence main­te­nue, elle ne découvre pas les diffé­rences et les désac­cords – et ne s’en effraie pas. Pour avoir travaillé avec tous, elle sait que la gauche est diverse, mais elle sait aussi qu’un monde les unit. En tant qu’his­to­rienne, elle dira que c’est le combat pour l’éga­lité. Clémen­tine Autain n’ignore pas les cultures mili­tantes exis­tantes ni les élec­to­rats bles­sés par les divi­sions passées. Elle ne nie pas les clivages, mais elle tente de les dépas­ser, sans esprit de revanche.

Pour Clémen­tine Autain, la gauche n’a plus le luxe de la disper­sion ni des egos surdi­men­sion­nés. Pour elle, la ques­tion n’est pas « Qui incarne le mieux ma famille poli­tique ? » mais « Qui peut parler au pays et battre l’ex­trême droite ? » Elle pense être une réponse possible, au bary­centre d’une attente de gauche solide, en phase avec son temps.

Le chemin vers cette primaire sera aussi un moment de vérité. Qui dit ? Et qui dit quoi ? Ceux qui conspuent la primaire, de Mélen­chon à Guedj en passant par Hollande et Rous­sel, seront-ils plus forts que ceux qui la portent ? La présen­ta­tion de projets et leur mise en discus­sions sont autant de façons de faire vivre cet espoir d’unité.

Pablo Pillaud-Vivien

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