7 juin 2026

« L’ONU ajoute Israël et la Russie à sa liste noire pour violences sexuelles en temps de conflit »

L’ONU ajoute Israël et la Russie à sa liste noire pour violences sexuelles en temps de conflit

L’Organisation cite des cas d’abus, notamment le viol de détenus de sexe masculin, commis par les forces de sécurité de gouvernements qui ont empêché les enquêteurs/enquêtrices de l’ONU d’intervenir

L’ONU a inscrit Israël et la Russie sur une liste noire pour violences sexuelles en situation de conflit, invoquant des abus commis par les forces de sécurité, notamment le viol de détenus de sexe masculin.

L’ONU a constaté des abus sexuels sur 31 Palestinien·nes, hommes, femmes et enfants, originaires de la bande de Gaza et de la Cisjordanie occupée, entre 2023 et 2025. Selon le rapport, les attaques israéliennes comprenaient des viols collectifs répétés et le recours à la violence sexuelle comme forme de torture.

Parmi les autres violations figuraient le viol avec des objets, les tentatives de viol, les agressions sur les parties génitales, les tirs ciblés sur les parties génitales, les attouchements sur les seins et les parties génitales, la nudité forcée et les menaces de viol.

Ces cas étaient « révélateurs d’incidents et de tendances » plutôt qu’un résumé exhaustif des violences sexuelles liées au conflit commises par les Israélien·nes, en raison des restrictions imposées aux enquêteurs de l’ONU.

Israël a interdit l’accès des expert·es de l’ONU aux centres de détention, a bloqué les déplacements vers Gaza et a menacé les détenu·es palestinien·nes si elles ou ils signalaient des abus après leur libération.

La Russie a également entravé les enquêtes sur les violences sexuelles « systémiques » commises contre les Ukrainien·nes, en empêchant les observateurs:observatrices d’accéder aux prisonniers·e de guerre et aux civil·es en détention, a déclaré l’ONU.

Malgré ces difficultés, les enquêteurs/enquêtrices ont vérifié 310 cas d’abus commis par les Russes, notamment des viols et des viols collectifs, des mutilations génitales et l’application de décharges électriques sur les parties génitales. La plupart des victimes étaient des hommes, mais 26 femmes et quatre filles ont également été victimes d’abus.

La Russie a recouru à la torture sexuelle systématique contre des Ukrainien·nes, tant des civil·es que des prisonnier·es de guerre, dans « presque tous » les centres de détention, avait précédemment constaté l’ONU.

Dans deux tiers des cas, les forces russes ont eu recours à de multiples formes de violence sexuelle, et plus de la moitié des survivant·es ont subi des agressions sexuelles répétées, indique le rapport. La plupart ont été interrogé·es sur le territoire contrôlé par l’Ukraine après leur libération.

Israël et la Russie nient tous deux que leurs forces armées aient recouru à des violences sexuelles. L’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, Danny Danon, a déclaré que son pays avait rompu ses relations avec le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, en réaction à cette inscription sur la liste noire.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, M. Danon a déclaré qu’« Israël avait fourni des preuves, des documents et des réponses détaillées à chaque allégation ». Il n’a toutefois divulgué aucune preuve au grand public. Israël n’autorise plus le Comité international de la Croix-Rouge à rendre visite aux détenus depuis octobre 2023.

Les détails du rapport, qui recense 77 pays et groupes armés, ont été communiqués par des diplomates israéliens à l’ONU avant sa publication, et le rapport complet a été mis en ligne par le site d’information américain PassBlue.

À l’échelle mondiale, le rapport a révélé que les violences sexuelles liées aux conflits avaient fortement augmenté depuis 2024, « caractérisées par une brutalité extrême et visant de manière écrasante les femmes et les filles ».

Israël et la Russie s’écartent toutefois de cette tendance en visant également les hommes. L’ONU a recensé neuf cas de viols commis par les forces israéliennes, principalement sur des hommes ou des garçons de Gaza, qui ont été pris pour cible dans des centres de détention ou lors d’interrogatoires.

Une agression a eu lieu dans un poste de police de la colonie de Gush Etzion, en Cisjordanie occupée, selon le rapport. Parmi les auteurs figuraient des soldats israéliens, des agents pénitentiaires et des membres d’une unité d’élite de la police antiterroriste.

Selon l’ONU, un « manque systémique de responsabilité » face aux violences sexuelles a contribué à instaurer une culture d’impunité, citant l’agression et le viol d’une détenue originaire de Gaza, filmés par des caméras de sécurité et signalés à la police par des secouristes israélien·nes.

Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a qualifié les auteurs présumés d’« héroïques » et a qualifié de « criminelle » la tentative de les poursuivre en justice, qui a échoué. La victime n’a jamais été inculpée ni jugée et a depuis été libérée.

Au cours des trois dernières années, la violence, y compris le viol, la faim extrême et l’humiliation, s’est normalisée dans les prisons israéliennes. Les organisations de défense des droits humains affirment que les centres de détention sont devenus des « camps de torture » pour les Palestinien·nes.

Le ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir, qui s’est vanté d’une « révolution carcérale  , a provoqué une crise diplomatique la semaine dernière en publiant des images montrant les forces de sécurité israéliennes maltraitant des militant·es internationaux détenu·es alors qu’elles et ils tentaient de rejoindre Gaza par la mer avec de l’aide humanitaire.

Les formes d’abus filmées dans la vidéo sont couramment utilisées contre les prisonnier·es palestinien·nes en Israël. Après la libération des militants·e, au moins 15 d’entre elles ou eux ont déclaré avoir été victimes d’agressions sexuelles pendant leur détention, dont un viol.

L’ONU avait déjà inscrit le Hamas sur la liste noire des auteurs de violences sexuelles pour les attaques du 7 octobre en Israël et pour les abus commis sur des otages à Gaza. Le groupe militant n’a reconnu aucun cas de violence sexuelle ni tenu aucun auteur présumé pour responsable.

Les forces ukrainiennes se sont également rendues coupables de violences sexuelles liées au conflit, avec 31 incidents, dont des coups portés aux parties génitales, l’application de décharges électriques et la nudité forcée, vérifiés depuis 2022, la plupart avant 2025.

Le gouvernement ukrainien a autorisé l’accès à des observateurs/observatrices indépendant·es et à des avocat·es et a pris des mesures pour renforcer la législation visant à lutter contre les violences sexuelles, indique le rapport.

Emma Graham-Harrison, correspondante en cheffe pour le Moyen-Orient, 29 mai 2026
https://www.theguardian.com/world/2026/may/29/un-israel-russia-blacklist-sexual-violence-conflict
traduit par DE

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