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« Vous ciblez, ils tuent » : la gauche demande des actions contre les discours de haine après l’attentat de Trappes
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L’émission de télévision refait surface à la faveur de l’attentat raciste perpétré vendredi 23 octobre dans les Yvelines. Le 2 février 2022, sur la chaîne C8 du groupe Bolloré, l’animateur Cyril Hanouna interviewe Jordan Bardella, alors engagé depuis des mois dans une vaste offensive contre la commune de Trappes et ses élus, symbole selon lui de « communautarisme » dont il ne réclame rien d’autre que la « mise sous tutelle » par l’État.
« Vous avez qualifié la ville de Trappes de “République islamique”. Vous regrettez ces propos ? », demande alors Cyril Hanouna au président du Rassemblement national (RN). La réponse fuse : « Non. » Jordan Bardella argumente, sûr de son fait : « Se constituent sur le territoire français des territoires où ce n’est plus la France, où ce ne sont plus les lois de la République qui s’appliquent, mais un autre droit. Je maintiens mes propos. »
Quatre ans et demi plus tard, le « futur » de Trappes est sous nos yeux : un homme a été tué et cinq autres personnes, dont une enfant de 12 ans, grièvement blessées à la suite du raid meurtrier d’un homme dont le mobile raciste ne fait, aux yeux des autorités, pas le moindre doute.
Lors de son interpellation, selon Le Monde, le tireur présumé s’est félicité d’avoir « vengé les commerçants » pillés le 17 octobre en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes » et un exemplaire de Mein Kampf, d’Adolf Hitler, a été retrouvé à son domicile. Depuis les violences du 17 octobre, plusieurs responsables publics, notamment du RN, ont voulu créer un lien totalement fallacieux entre ces événements et l’immigration.
Tandis que la ville de Trappes, devenue un totem pour l’extrême droite, est visée depuis des années par d’importantes campagnes racistes, comme lors de l’emballement autour des menaces qui avaient visé un professeur de philosophie en 2021, son maire de gauche, Ali Rabeh, appelle à être« collectivement lucides » sur la responsabilité des « discours » qui « arment idéologiquement ceux qui sont capables de passer à l’acte ».
« Les propos racistes peuvent entraîner la violence », a aussi cru bon de rappeler sur les lieux du drame la ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé. Le mois dernier, sur le plateau de CNews, la même représentante gouvernementale avait pourtant refusé de qualifier de « raciste » la théorie suprémaciste et criminelle du « grand remplacement », suscitant de vives critiques jusque dans son propre camp.
Dans le sillage d’Ali Rabeh, des dizaines de représentant·es de gauche ont dénoncé la responsabilité des paroles de l’extrême droite, à commencer par le Rassemblement national, dans le drame, invitant les autorités à prendre des dispositions rapides. Faute de quoi, « l’attentat raciste de Trappes ne sera pas le dernier », a prévenu le maire La France insoumise (LFI) de Saint-Denis, Bally Bagayoko, lui-même victime d’une interminable campagne raciste depuis sa victoire aux municipales de mars. « Il en va de votre responsabilité », a-t-il ajouté à l’adresse d’Emmanuel Macron, qui s’est rendu à Trappes quelques heures après l’attentat.
Mentionnant les propos de Jordan Bardella en 2022, la députée écologiste Léa Balage El Mariky, quant à elle, accuse : « Vous ciblez, ils tuent. »
Parmi les mesures proposées, plusieurs députés, à l’instar de l’écologiste Benjamin Lucas (Yvelines) ou de l’insoumis Thomas Portes (Seine-Saint-Denis), ont publiquement réclamé la fermeture de CNews. La chaîne du groupe Bolloré, régulièrement sanctionnée en raison des saillies racistes et islamophobes diffusées à l’antenne, sous le regard complaisant des autorités, a fait depuis plusieurs années de la ville de Trappes une de ses cibles préférées.
(…) Quatre jours plus tôt, le candidat de Reconquête à l’élection présidentielle, Éric Zemmour, avait lui aussi affirmé, toujours sur la même chaîne : « Trappes est régie par la loi islamique. » Avant de comparer l’année suivante, sur les antennes de France Inter cette fois, la ville de Trappes à… l’Afghanistan.(…)
Deux fois condamnée par la justice pour détournement de fonds publics (dans l’attente de son pourvoi en cassation), la candidate a aussi estimé que la justice, dont elle a régulièrement dénoncé l’attitude dans son affaire, se devra cette fois « d’être implacable ». Par là même, Marine Le Pen espère peut-être faire oublier certaines de ses prises de position publiques. Elle qui disait en 2021 que la ville de Trappes était « devenue un territoire perdu de la République ».
