Aller au contenu

Alep écra­sée sous les bombes

Un commu­niqué de Migreu­rop, daté du 212 février, réseau inter­na­tio­nal auquel parti­cipe la Cimade, dénonçant le cynisme crimi­nel des diri­geants de l’Union euro­péenne

L’UE demande à la Turquie de lui garder ses fron­tières

Alors que les habi­tant.e.s de la région d’Alep sont contraints à l’exode sous un tapis de bombes, les chan­cel­le­ries euro­péennes ont pour prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion de les canton­ner au plus loin de leurs fron­tières. Elles s’en remettent pour cela à la Turquie, pour­tant partie prenante du champ de bataille géopo­li­tique qu’est deve­nue la Syrie. Pendant que des dizaines de milliers de réfu­gié.e.s s’ag­glu­tinent aux fron­tières turques, Recep Erdo­gan négo­cie avec une Europe aux abois une recon­nais­sance comme « pays sûr » (ce qui permet­trait à la Grèce et aux autres Etats membres s’y renvoyer des exilé.e.s ayant tran­sité par la Turquie), des milliards d’aides finan­cières et l’as­sen­ti­ment tacite à la répres­sion sanglante qu’il mène contre son oppo­si­tion poli­tique, notam­ment kurde [1] .

Il y a quelques mois encore, devant le calvaire vécu par les réfu­gié.e.s syriens tentant de faire valoir leurs droits, l’Union euro­péenne et les États-membres pratiquaient la poli­tique des « larmes de croco­diles ». Mais à l’émo­tion mondiale susci­tée par les photos d’Ay­lan Kurdi au mois de septembre dernier ont immé­dia­te­ment succédé les négo­cia­tions visant à empê­cher les Syrien.ne.s d’ap­pro­cher des fron­tières euro­péennes. Depuis, des centaines d’en­fants et d’adultes sont morts dans l’in­dif­fé­rence en mer Égée, dans un bras de mer livré aux passeurs dont les profits sont indexés sur les atteintes à la conven­tion de Genève et à la libre-circu­la­tion des deman­deurs d’asile.

La seule bous­sole poli­tique de l’UE est main­te­nant celle du cynisme absolu.

Afin de mesu­rer l’éten­due des atteintes aux droits pratiqués au nom du contrôle fron­tières exté­rieures de l’Union euro­péenne, il est néces­saire de rappe­ler les dispo­si­tions adop­tées depuis quelques mois afin que la « route des Balkans » soit fermée le plus en amont possible aux réfu­gié.e.s syriens :

  • L’UE a fait pres­sion sur la Turquie afin qu’elle boucle ses fron­tières terrestres avec la Syrie et intro­duise une exigence de visas pour les Syrien.ne.s arri­vant par voie aérienne.
  • Les prin­ci­paux gouver­ne­ments euro­péens ont demandé à ce que les près de trois millions de réfu­gié.e.s syriens présents en Turquie se voient limi­ter leur liberté de circu­la­tion à l’in­té­rieur du pays. L’UE a prôné et partiel­le­ment financé l’ou­ver­ture de camps de réfu­gié.e.s situés au sud de la Turquie, tout en accep­tant que cette dernière favo­rise le canton­ne­ment des réfu­gié.e.s en terri­toire syrien.
  • Les possi­bi­li­tés de passages terrestres de la Turquie vers la Bulga­rie et la Grèce, depuis long­temps rendues extrê­me­ment diffi­ciles, se sont encore amenui­sées sous l’ef­fet de la multi­pli­ca­tion des contrôles. Les Syrien.ne.s en route vers l’Eu­rope sont donc renvoyés vers le cime­tière de la mer Égée.
  • Les Syrien.ne.s ayant réussi à sortir de la nasse turque et à arri­ver en Grèce sont consi­dé­rés comme la plaie de l’Eu­rope. Afin de « sauver l’es­pace Schen­gen », il est envi­sagé de mettre la Grèce en quaran­taine, à moins qu’elle ne se résolve à instal­ler les camps d’en­re­gis­tre­ment et d’ac­cueil suppo­sés permettre d’évi­ter que les exilés ne remontent plus au nord [2].
  • Le méca­nisme de « relo­ca­li­sa­tion » de 160 000 personnes ayant mani­fes­te­ment besoin d’une protec­tion inter­na­tio­nale, adopté par l’UE en septembre 2015 au profit de l’Ita­lie et de la Grèce pour « assu­rer un partage équi­table des respon­sa­bi­li­tés entre les États membres » face à de grands nombres d’ar­ri­vées de migrants dans ces deux pays, ne s’est, cinq mois plus tard, traduit que par le trans­fert de moins de 500 deman­deurs d’asile  [3] .
  • Aujourd’­hui même l’OTAN vient renfor­cer la « guerre aux migrant.e.s » en mer Egée avec une mission de patrouille menée par trois navires mili­taires, suppor­tés par des avions et diri­gés par l’Al­le­magne [4] .

Rappe­lons que les dernières évolu­tions de cette poli­tique de mise à distance des réfu­gié.e.s syriens se placent dans un contexte géné­ral où des millions d’entre eux arri­vés en Turquie, en Jorda­nie ou au Liban n’ob­tiennent qu’au compte-gouttes les « visas asile » qui leur permet­traient de rejoindre un pays comme la France, sont maté­riel­le­ment empê­chés de voya­ger en avion (par des exigences de visas y compris « de tran­sit ») et sont confron­tés au sous-dimen­sion­ne­ment drama­tique des programmes de réins­tal­la­tion propo­sés sous l’égide du Haut-commis­sa­riat aux réfu­giés (HCR).

Dans ces condi­tions, les appels lancés ces jours derniers par les Nations Unies [5] et la Commis­sion euro­péenne à la Turquie sont propre­ment « surréa­listes » : cette dernière est main­te­nant sommée d’ou­vrir ses fron­tières pour lais­ser entrer les exilé.e.s syriens. Cette mesure est bien sûr indis­pen­sable mais elle s’ins­crit dans une logique de sous-trai­tance qui, de longue date, vise à faire peser sur des États tiers des respon­sa­bi­li­tés auxquelles l’UE est pour­tant tenue par ses obli­ga­tions inter­na­tio­nales. Ces appels ne seront ainsi crédibles et protec­teurs des droits des réfu­gié.e.s syriens que si les États membres se résolvent à leur ouvrir leurs propres fron­tières et à mettre en œuvre toutes les mesures qui leur permet­traient de voya­ger sans mettre leur vie en péril.12 février 2016

Contact presse : contact chez migreu­rop.org

source : http://www.migreu­rop.org/arti­cle2670.html


Billets en relation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.