Aller au contenu

Alliance pour une nouvelle gauche

Un texte de Jacques Boutault, Sergio Coro­nado, Jérôme Gleizes et Elise Lowy Europe Ecolo­gie-les Verts (EE-LV), Clémen­tine Autain, Myriam Martin, Jean-François Pellis­sier et Marie Pierre Thou­bans (Ensemble-Front de gauche). Tribune parue dans Libé­ra­tion le 7 mai.

Après la débâcle des élec­tions dépar­te­men­tales, la gauche est en vente à la découpe. Le gouver­ne­ment et le Parti socia­liste ont été une nouvelle fois sanc­tion­nés dans les urnes. L’abs­ten­tion record, tout comme la course en tête du FN, expriment à la fois l’écœu­re­ment et le rejet du système poli­tique dans son ensemble. Mais la colère popu­laire n’a débou­ché, pour le moment, que sur le ressen­ti­ment et le repli aussi réac­tion­naire qu’au­to­ri­taire. Comment pour­rions-nous nous lais­ser enfer­mer dans deux logiques morti­fères, se nour­ris­sant l’une l’autre : d’un côté, l’aus­té­rité et la régres­sion ; de l’autre, la réac­tion auto­ri­taire et la xéno­pho­bie ? Nous devons prendre nos respon­sa­bi­li­tés et conju­rer ce scéna­rio de la déses­pé­rance. La recons­truc­tion d’une force poli­tique éman­ci­pa­trice, en phase avec les urgences sociales et envi­ron­ne­men­tales est un impé­ra­tif urgent auquel il faut dès main­te­nant s’at­te­ler.

La première étape est de faire émer­ger un pôle rassem­blant toutes celles et ceux qui veulent donner une colonne verté­brale sociale et écolo­gique à une nouvelle gauche. Car il n’y a pas d’éco­lo­gie consé­quente et popu­laire sans rupture avec la logique du profit et le dogme de l’aus­té­rité. Et il n’y a pas d’éman­ci­pa­tion humaine sans préser­va­tion de l’éco­sys­tème, et donc sortie du modèle consu­mé­riste et produc­ti­viste. L’ar­ti­cu­la­tion entre le mouve­ment ouvrier et l’éco­lo­gie poli­tique permet de poser la ques­tion des fina­li­tés de l’éco­no­mie. Elle nous ramène à des choix fonda­men­taux, qui consistent à tour­ner l’éco­no­mie vers la satis­fac­tion des besoins du grand nombre et la préser­va­tion de la planète. Nous refu­sons d’at­tendre Godot, ce retour de la crois­sance des années 60 ni possible ni souhai­table. Le cap doit être clair : ce n’est pas la compé­ti­ti­vité que nous recher­chons, mais la construc­tion d’une « société du bien vivre » à même d’as­su­rer à chacune et à chacun une vie meilleure.

Quant à la méthode, une seule permet d’avan­cer : la démo­cra­tie véri­table en lieu et place de la « gouver­nance » qui donne aux élites le pouvoir de déci­der pour le peuple. Une nouvelle répu­blique, c’est-à-dire un chan­ge­ment radi­cal de notre fonc­tion­ne­ment insti­tu­tion­nel et démo­cra­tique, doit être mise en œuvre à travers la fin du prési­den­tia­lisme, la propor­tion­nelle, le statut de l’élu : le chan­tier est immense et ne s’ar­rê­tera pas aux portes des entre­prises. Les sala­riés, comme les usagers, ont leur mot à dire dans le cours de la produc­tion. Ce qu’on produit, et la façon de le produire, doit deve­nir l’af­faire de toutes et de tous.

Pour permettre une dyna­mique sociale, cultu­relle, citoyenne, il faut fédé­rer toutes celles et ceux qui veulent chan­ger le monde et ne consi­dèrent pas qu’il n’y a qu’une seule alter­na­tive possible, celle de la gestion du capi­ta­lisme tel qu’il est. La nouvelle gauche ne naîtra pas d’un cartel de partis, mais le signal d’une alliance nouvelle doit donner l’en­vie de s’en­ga­ger à ces millions de nos conci­toyens, qui attendent un sursaut, une initia­tive. A la condi­tion de dire ensemble que nous sommes prêts à chan­ger nos pratiques, et inven­ter le projet et la stra­té­gie de trans­for­ma­tion sociale et écolo­gique du XXIe siècle. La réap­pro­pria­tion de la poli­tique par les citoyens commence par en bas, à partir des valeurs de l’éco­lo­gie, de l’au­to­no­mie, de l’éga­lité, de la dignité. Nos forces poli­tiques doivent être prêtes à dépas­ser les logiques d’ap­pa­reils, et les vieilles routines pour créer, à l’image des mouve­ments grecs et espa­gnols, une nouvelle force poli­tique. Impul­sés par des respon­sables du mouve­ment social, du monde cultu­rel et intel­lec­tuel critique, du Front de gauche, de Nouvelle Donne et d’Eu­rope Ecolo­gie-les Verts, les Chan­tiers d’es­poir, avec leur prochain rendez-vous le 20 juin, consti­tuent un point d’ap­pui.

Si nous ouvrons nos portes et nos fenêtres sur ce qui bouge, résiste, s’in­vente dans les socié­tés, alors nous aurons l’éner­gie néces­saire pour recom­po­ser et refon­der la gauche sur la base d’un projet de civi­li­sa­tion alter­na­tif au modèle de déve­lop­pe­ment crois­san­ciste et produc­ti­viste, qui seule peut réen­chan­ter le monde et lui donner du sens, anti­dote à tous les extré­mismes. Alors ayons confiance dans la force de nos idées, et osons être ambi­tieux. Pour notre part, nous y sommes prêts.

Billets en relation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.