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Assem­blée repré­sen­ta­tive de la France Insou­mise : le compte n’y est pas

L’As­sem­blée repré­sen­ta­tive de la France Insou­mise, réunie les 22 et 23 juin, tombait à point nommé. Initia­le­ment prévue pour avan­cer sur le cadrage stra­té­gique et program­ma­tique des prochaines échéances muni­ci­pales, son contenu a été modi­fié par le choc des 6.3% des suffrages récol­tés le 26 mai.

Ont fait irrup­tion un débat stra­té­gique, lancé depuis le résul­tat des élec­tions, appuyé moins sur la campagne euro­péenne elle-même que sur le bilan des deux années écou­lées, et, surtout, la ques­tion du fonc­tion­ne­ment « démo­cra­tique », ce qui recouvre à la fois l’ex­pres­sion du plura­lisme, la prise en compte des avis des Groupes d’Ac­tion (GA) et la trans­pa­rence des modes de déci­sion.  Nous avions déjà contri­bué en tant qu’En­semble Insou­mis à cette ques­tion à travers un texte commu­niqué à l’oc­ca­sion de la conven­tion de Bordeaux (ici).

Si la France Insou­mise n’est pas un parti, elle n’en prend pas moins des posi­tions, des orien­ta­tions stra­té­giques et des déci­sions très concrètes de fonc­tion­ne­ment. Alors, qui décide ?

Ce débat a agité nombre de GA, d’as­sem­blées de ville mais aussi les ancien.nes candi­dat.es aux Euro­péennes ou encore les anima­trices et anima­teurs des livrets théma­tiques ou du groupe programme. Il a donné lieu à des contri­bu­tions internes remon­tées, par exemple de Cler­mont Ferrand, Rouen ou Paris 20e. Toutes poin­taient les mêmes problèmes : l’ab­sence de visi­bi­lité des lieux de déci­sion et de leur lien avec les Insou­mis.es, la décon­nexion entre les GA et les discus­sions centrales qui engagent le mouve­ment, leur inca­pa­cité à se struc­tu­rer entre eux ou la ques­tion de leur auto­no­mie finan­cière.

Cette discus­sion, riche, a occupé une grande partie de l’après-midi du samedi. Malgré les limites du recours au tirage au sort (qui dans les faits, puisque les « cadres » quant à eux sont là sans avoir été tirés au sort, ne permet pas de faire le lien entre les débats dans les GA et l’As­sem­blée repré­sen­ta­tive), malgré le fonc­tion­ne­ment en ruche (qui dans ce type de cas peut conduire à impo­ser un consen­sus et donc inter­dire l’ex­pres­sion de tout avis critique) la charge a été expli­cite, et n’a pas échappé au groupe de diri­geant-es.

Pour­tant, toute idée de proces­sus consti­tuant a été repous­sée, et, pour l’es­sen­tiel, les modi­fi­ca­tions propo­sées qui sont présen­tée comme des avan­cées risquent de ne régler aucun problème de fond. Les deux points prin­ci­paux qui posent problème sont d’une part l’auto-dési­gna­tion des nouvelles instances et l’ab­sence de défi­ni­tion de leurs préro­ga­tives, ainsi que la décon­nexion main­te­nue des GA. Plutôt que de permettre une struc­tu­ra­tion locale ou dépar­te­men­tale dans l’objec­tif d’amé­lio­rer la connais­sance du terrain, des aspi­ra­tions et des luttes, est inven­tée une réunion trimes­trielle réunis­sant 4 insou­mis.es par région … tiré.es au sort et dont l’ordre du jour est cantonné aux ques­tions maté­rielles et orga­ni­sa­tion­nelles.

La discus­sion sur ce thème doit donc se pour­suivre.  Le texte « La FI, un mouve­ment évolu­tif  » est à présent mis au vote sur la plate forme élec­tro­nique. Il convien­dra d’être atten­tif au pour­cen­tage de voix qui approu­ve­ront ce texte. Pour notre part, nous esti­mons que le compte n’y est pas.

Le débat concer­nant les élec­tions muni­ci­pales a néces­sai­re­ment été limité dans le temps, et le texte proposé par le « Comité stra­té­gique pour les muni­ci­pales  » a fina­le­ment été peu modi­fié. L’orien­ta­tion n’est pas fran­che­ment clari­fiée, puisque le texte propose une stra­té­gie qui se révèle en géné­ral inap­pli­cable (la FI seule force struc­tu­rant le peuple à qui on donne les clés des conseils muni­ci­paux) et ne sera globa­le­ment pas appliquée, sauf au risque d’un isole­ment délé­tère. Pendant que se défen­dait ce texte à l’As­sem­blée repré­sen­ta­tive à Paris, des échos des villes de Toulouse, Marseille ou Grenoble laissent en effet entre­voir d’autres pers­pec­tives où construc­tion citoyenne et rassem­ble­ment de forces écolo­gistes et sociales ne s’op­posent pas. Cette échéance des muni­ci­pales consti­tue en effet un cas pratique de ce que pour­rait être la Fédé­ra­tion popu­laire, qui a malheu­reu­se­ment disparu des radars : un rassem­ble­ment citoyen, popu­laire, regrou­pant les réseaux asso­cia­tifs, syndi­caux, les anima­teurs des luttes locales, soutenu par la France Insou­mise et les autres forces poli­tiques qui s’ins­cri­ront dans cette démarche, en oppo­si­tion à la poli­tique gouver­ne­men­tale et à celles, austé­ri­taires et anti-écolo­giques, qui furent menées par les majo­ri­tés à l’échelle des communes ou des commu­nau­tés de communes.

Le discours de clôture de Jean-Luc Mélen­chon, très attendu puisque le suspense durait depuis le 26 mai, a fait l’ef­fet d’une douche froide. C’est moins le fond du discours qu’on retien­dra, mais bien plutôt toutes les formules qui disqua­li­fient expli­ci­te­ment tout débat, qu’il s’agisse du fonc­tion­ne­ment ou de l’orien­ta­tion, et consi­dèrent le bilan du travail des Insou­mis.es investi.es dans les livrets théma­tiques, le groupe programme ou ailleurs, comme nul et non avenu.

Proba­ble­ment recher­ché, l’ef­fet ne s’est pas fait attendre : des départs ont été annon­cés dans les heures suivantes. Départs qu’il est incor­rect de réduire à la volonté d’une éphé­mère carrière média­tique ou aux si commodes « raisons person­nelles ».

Gageons qu’il ne s’agit que d’une erreur d’ap­pré­cia­tion, tant on ne peut croire que Jean-Luc Mélen­chon puisse souhai­ter un rétré­cis­se­ment et un affai­blis­se­ment de la France Insou­mise, à l’in­verse de la large fédé­ra­tion qu’il avait su impul­ser en 2017.

Il convient donc de ne pas céder au décou­ra­ge­ment, mais de pour­suivre dans les GA et dans tous les espaces de la FI le débat sur la démo­cra­tie, en l’ar­ti­cu­lant à celui qui concerne l’orien­ta­tion, tant les deux sont en effet indis­so­ciables. Critiquer le fonc­tion­ne­ment de manière construc­tive et propo­ser de l’amé­lio­rer n’est pas « une auto­fla­gel­la­tion de conve­nance d’une gauche mondaine » mais la condi­tion exigeante permet­tant de défi­nir démo­cra­tique­ment une orien­ta­tion à voca­tion majo­ri­taire. Il ne s’agit fina­le­ment que de tenter d’ap­pliquer à la France Insou­mise les prin­cipes consti­tuants qui prévalent dans son projet de socié­té….

Les échéances muni­ci­pales et la campagne contre la priva­ti­sa­tion d’ADP consti­tuent deux occa­sions de rebon­dir dans l’ac­tion … avec d’autres. La France Insou­mise peut d’ailleurs être une force motrice de cette campagne, en contri­buant à impul­ser non seule­ment un cadre natio­nal, mais aussi des collec­tifs locaux.

Ingrid Hayes, Laurence Lyon­nais, Laurent Sorel.

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