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Atten­tat d’An­kara, terreur d’Etat.

Nous sommes avec la gauche turque, HDP,  contre le régime assas­sin, comme nous sommes avec la gauche syrienne contre le régime d’As­sad qui a massa­cré plus de 200 000 personnes depuis 2011. Avec les peuples contre leurs bour­reaux.  Ces deux régimes, turc et syrien, oppo­sés par leurs inté­rêts et leurs alliances,  ont, l’un et l’autre, beau­coup de mansué­tude pour l’or­ga­ni­sa­tion tota­li­taire dite Daesh. Nos enne­mis se haïssent entre eux, ils restent nos enne­mis.

Un article précis et offen­sif de notre cama­rade Emre Öngün d’En­semble!, lisible sur le site natio­nal d’En­semble!, à propos du massacre d’An­kara:

Les infor­ma­tions s’ac­cu­mulent, s’en­tre­choquent. D’abord, les images affluent : l’ex­plo­sion, les poli­ciers char­geant les mani­fes­tants survi­vants, les ambu­lances bloquées par des cordons de poli­ciers… Puis, vient le tour des témoi­gnages racon­tant comment les poli­ciers ont repous­sés ceux qui fuient le lieu de l’ex­plo­sion, comment de leur auto­bus des membres de l’équi­valent des CRS insultent les mani­fes­tants cher­chant à orga­ni­ser la circu­la­tion pour que les ambu­lances puissent passer, comment des bles­sés meurent faute de soins donnés à temps. Ensuite, le flot d’in­for­ma­tions ralen­tit, la cause en est simple : le gouver­ne­ment a bloqué l’ac­cès aux réseaux sociaux, inter­net est au ralenti. Voilà, répres­sion et censure sont les seules réponses d’Er­do­gan.

Chaque heure qui passe, le bilan s’alour­dit. A l’heure où ces lignes sont écrites, il est ques­tion de près de 100 morts et près de 300 bles­sés. Dans tous les cas, l’at­ten­tat d’An­kara est un carnage effroyable qui a visé des mili­tants de gauche et/ou kurdes, des syndi­ca­listes, des défen­seurs de droits de l’homme réunis pour un meeting pour le Travail, la Démo­cra­tie et la Paix.

Ce meeting devait être un immense succès, les orga­ni­sa­teurs étaient confiants sur son carac­tère extrê­me­ment massif. Des mani­fes­tants venaient de toute la Turquie à l’ap­pel d’or­ga­ni­sa­tions poli­tiques, syndi­cales, asso­cia­tives, de chambres de métiers… pour dire non à la poli­tique guer­rière et répres­sive d’Er­do­gan. Evidem­ment, le prin­ci­pal acteur poli­tique de ce meeting devait être le HDP (Parti Démo­cra­tique de Peuples, rassem­blant le mouve­ment de libé­ra­tion kurde, des courants marxistes, des démo­crates) regrou­pant autour de lui toute l’op­po­si­tion consé­quente et réel­le­ment exis­tante en Turquie. Quelques jours aupa­ra­vant, le PKK avait annoncé une trêve le temps des élec­tions prévues le 1er novembre.

Mais le pouvoir ne voulait pas de ce paysage, d’une marée humaine venue des quatre coins du pays dénonçant les communes kurdes en état de siège et les meurtres d’Etat qui y sont perpé­trés, les pogroms orga­ni­sés dans les villes par des fascistes, la répres­sion perma­nente. Le pouvoir a agi comme il sait désor­mais le faire, comme il l’a déjà fait à Suruç où 33 révo­lu­tion­naires ont été tués : avec une bombe. Cet atten­tat ne sera pas reven­diqué mais comme cela était écrit sur la bande­role de tête qui a regroupé des dizaines de milliers de personnes ce soir à Istan­bul : « nous connais­sons les coupables ». C’est-à-dire une direc­tion de l’Etat mafieuse, barbou­zarde prête à tout pour garder sa posi­tion.

L’at­ten­tat d’An­kara est dans la conti­nuité de la terreur d’Etat de ces dernières semaines… et alors que se profilent les élec­tions du 1er novembre pour lesquels, il appa­raît que le HDP devrait se main­te­nir malgré la répres­sion féroce de l’Etat et la ferme­ture de titres de presse d’op­po­si­tion.

En effet, il n y a guère de doute sur la main qui est derrière ce drame. Le fait que des médias français puissent évoquer, même en tant qu’hy­po­thèse impro­bable, que cela puisse être le fait PKK est une absur­dité sidé­rale et raconte bien plus de chose sur leur incom­pé­tence. Cela ne corres­pond ni à ses objec­tifs, ni à son orien­ta­tion, ni à ses méthodes. Quant à l’hy­po­thèse que des relais de Daesh ou des « services » aient pu cher­cher à « désta­bi­li­ser » est une autre hypo­thèse qui n’a pas de sens : comme si le régime turc était actuel­le­ment « stable », comme si Erdo­gan n’avait pas entamé une guerre civile, comme si des dizaines de maires, de respon­sables, de mili­tants du HDP n’étaient pas arrê­tés, comme si les relais des Daesh et les barbouzes n’étaient pas eux-mêmes inté­grés dans l’ap­pa­reil d’Etat à l’ins­tar des heures les plus sombres de Gladio… Comme si, la veille, dans un meeting offi­ciel de soutien à Erdo­gan et à l’AKP, un caïd mafieux notoire n’avait pas déclaré que «  la sang coule­rait par rigoles ».

Il s’agit pour­tant d’un atten­tat au cœur de la capi­tale d’un pays dont les services (le MIT) se prévalent de leur effi­ca­cité, contre un meeting dont la police n’avait bien sûr pas orga­nisé la moindre protec­tion et au sujet duquel l’in­for­ma­tion est censu­rée par le gouver­ne­ment…

La main de « l’Etat-profond » (autre­ment dit barbou­zard) a pu prendre des formes directs ou indi­rects. La forme de l’at­ten­tat n’est pas indif­fé­rent de ce point de vu. S’il s’agit d’un atten­tat suicide (comme à Suruç), cela indique­rait plutôt une « pakis­ta­ni­sa­tion » de la Turquie avec des services secrets coha­bi­tant avec des groupes réac­tion­naires ultra-radi­caux et violents visant les kurdes (prin­ci­pale oppo­si­tion à Daesh en Syrie) et leurs alliés en Turquie. Un atten­tat suicide signi­fie­rait que le pouvoir utilise ce genre de groupes pour répri­mer l’op­po­si­tion sociale quand l’ar­mée et la police ne suffisent plus.

Une réponse remarquable a été donnée le soir même à Istan­bul où des dizaines de milliers de personnes ont mani­festé pour répondre à l’at­ten­tat d’An­kara aux cris d’ « Etat assas­sin » et en montrant que, malgré tout, ils n’avaient pas peur.

Au meeting impro­visé à la place de la Répu­blique à Paris en ce 10 octobre 2015, Osman Bayde­mir, ancien maire de Diyar­ba­kir/Amed, actuel­le­ment député et figure majeure du HDP a dit que si les massacres précé­dents avaient été éclair­cis, celui d’aujourd’­hui aurait été évité. Cela est juste et nous pouvons ajou­ter : si la réac­tion inter­na­tio­nale après les massacres précé­dents avaient été à la hauteur, l’at­ten­tat d’An­kara aurait pu être évité.

Souve­nons-nous que le 27 juillet dernier, après l’at­ten­tat de Suruç qui avait déjà emporté 33 mili­tants de gauche, le site de l’Ely­sée rendait compte d’une discus­sion télé­pho­nique entre Hollande et Erdo­gan en ces termes:

« Le Président de la Répu­blique a remer­cié son homo­logue pour l’ac­tion vigou­reuse menée contre Daech et pour le renfor­ce­ment de l’en­ga­ge­ment de la Turquie aux côtés de la Coali­tion.« …

Pour­tant, il est désor­mais établi que le régime d’Er­do­gan est un des prin­ci­paux obstacles à la paix au Proche-Orient, qu’il pour­suit la tradi­tion étatique d’op­pres­sion des Kurdes et que, pour cela, il a ouvert ses bras à Daech, qu’il réprime toute mobi­li­sa­tion sociale et démo­cra­tique.

Or, malgré ces faits indé­niables, les gouver­ne­ments français succes­sifs sont d’une crimi­nelle lâcheté. Et pour ce sujet, comme pour de nombreux autres, François Hollande ne se distingue pas de Nico­las Sarkozy. Ce gouver­ne­ment est pour le main­tien du PKK sur la liste des orga­ni­sa­tions terro­ristes de l’Union Euro­péenne. Dans un cour­rier au Collec­tif Soli­da­rité Kurdis­tan ce 15 septembre, le cabi­net de François Hollande l’a répété. Dans ce même cour­rier, il n’y a pas une phrase, pas un mot, rien sur la terreur de l’Etat turc, sur les atteintes aux liber­tés fonda­men­tales, même pas un soupçon de compas­sion pour les victimes.

La semaine dernière, Recep Erdo­gan a été reçu à bras ouverts à Bruxelles par les diri­geants euro­péens alors que la sanglante répres­sion en Turquie était en œuvre, quelques jours après que le corps du jeune Haci Lokman Birlik, criblé de 28 balles, ai été traîné dans les rues de Şırnak par un véhi­cule de la poli­ce…

Une hypo­thèse crédible (notam­ment formu­lée par Guillaume Perrier, ex-corres­pon­dant du quoti­dien le Monde en Turquie) est que le silence coupable des gouver­ne­ments euro­péens est motivé par la recherche d’un accord avec Erdo­gan pour que celui-ci prenne « en charge » les migrants voulant venir en Europe. Cette hypo­thèse à prendre très au sérieux signi­fie­rait que la boucle est bouclée : afin de mettre en œuvre une poli­tique migra­toire meur­trière d’Eu­rope forte­resse en l’ex­ter­na­li­sant, les diri­geants euro­péens seraient à lais­ser les mains libres à un diri­geant aux mains macu­lés de sang.

Dès lors, notre démarche inter­na­tio­na­liste doit avan­cer sur deux jambes : 1) l’ex­pres­sion de la soli­da­rité afin de montrer que le HDP et les forces démo­cra­tiques en Turquie ne sont pas seuls et 2) dévoi­ler la lâcheté complice du gouver­ne­ment français.

Emre Öngün

4 réflexions au sujet de « Atten­tat d’An­kara, terreur d’Etat. »

  1. pascal b dit :

    extrait de l’article paru sur Mediapart du 12 octobre par Alain Devalpo:

    Dans la foule, les traits tirés, Kemal Göktas, reporter au quotidien national Cumhuriyet, spécialiste des droits de l’homme : « Nous sommes fatigués et tristes, car c’est un des plus importants massacres en Turquie. Un massacre qui se produit au cours d’un rassemblement pour la paix. » Il ajoute : « Le fait qu’un tel attentat puisse se produire si proche de nombreuses entités de police illustre des négligences importantes. Quand ces mêmes négligences se produisent à Diyarbakir, à Suruç et à Ankara, nous pouvons penser qu’il s’agit de négligences délibérées. »

    Alors qu’il reste encore trois semaines de campagne, qu’il semble difficile d’imaginer un scrutin en bonne et due forme dans les régions kurdes de l’est de la Turquie, sous couvre-feu, Kemal Göktas exprime ce que beaucoup pensent tout bas : « L’histoire de la Turquie est parsemée de massacres commis par des organisations illégitimes. Comme en ce moment, ces organisations de « l’État profond » ont avorté des processus légaux. Cet « État profond » est connu pour avoir été au service des gouvernements kémalistes mais aujourd’hui, nous observons des alliances qui agissent contre le mouvement kurde et le peuple kurde. »

    Les funérailles, ce dimanche après-midi, de Korkmaz Tetik, 30 ans, militant de gauche, décédé lors de l’attentat, illustrent que l’attentat visait bien au-delà de la question kurde. Aux noms des victimes cités par une oratrice, on répond « Yasiyor ». « Il vit. » La foule, présente pour un dernier hommage, est à l’image du vaste mouvement social et politique qui avait appelé à marcher pour la paix.

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    • Géron Jean dit :

      L’article est intéressant mais je ne vois pas l’intêret de mentionner la Syrie dans l’intro. Le problème syrien est un problème très complexe que je n’ai pas le temps de commenter ici, ce n’est pas en disant « Bachar est un tyran qui massacre son peuple » – ce qui n’est pas vrai- que l’on fait avancer le problème – en fait c’est une reprise de la propagande US , les USA voulant se débarrasser à tout prix du dernier régime laïc du Moyen Orient.
      Amitiés
      Jean

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  2. pascal b dit :

    L’introduction que j’ai faite est trop rapide certes. Je maintiens ce que tout militant.e sait, que Assad est un tyran qui est responsable de 200000 morts dans son pays. C’est ce que dit l’auteur de cet article par ailleurs puisque c’est un internationaliste (je le connais).

    Je ne mets pas en ligne d’article sur la Syrie  ce site puisque les questions internationales intéressent si peu actuellement même les militants.

    Il est cependant nécessaire de parler de la Syrie et de l’Iraq et d’Israël et du Liban et de l’Egypte et de la Jordanie avec la Turquie tant il s’agit d’une situation régionale de guerre où les peuples sont massacrés. Ce n’est que le début.

    Nous sommes avec le HDP et le PKK, avec l’Armée syrienne libre, avec la jeunesse palestinienne. Contre la Turquie et ses alliés (l’OTAN, donc USA et UE et Egypte), contre Assad et ses alliés (Russie, Iran, Hezbollah). Autant le dire clairement.

    C’est le peuple syrien qui a voulu se débarasser de la dictature Assad, et en fut sauvagement réprimé par le régime. Parler de laïcité ici est hors propos. En Turquie l’armée « laïque » est une armée de guerre civile par tradition.

    Pascal Boissel

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  3. pascal b dit :

    Et il faudra que nous discutions de cela de vive voix, en prenant le temps, Jean. Merci de ta contribution.

    Amitiés

    PB

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