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Au Brésil, un fasciste, Bolso­naro, peut gagner l’élec­tion prési­den­tielle, dans quelques jours!

Sur le site ami, Réflexions et échanges insou­mis (Ensemble!insou­mis), un article de Charles André Udry publié sur le site suisse Alen­contre :

http://reflexions-echanges-insou­mis.org/bresil-vers-un-regime-auto­ri­taire/

Sur Face­book :

https://m.face­book.com/story.php?story_fbid=324185555024128&id=226601351449216

Etait prévi­sible la première place acquise au premier tour des élec­tions brési­liennes, le 7 octobre 2018, par le candi­dat d’ex­trême-droite Jair Bolso­naro (Parti social-libé­ral) et de son colis­tier au même profil, Hamil­ton Mourão, un géné­ral de réserve mis à la retraite, mais payé, sur déci­sion de Michel Temer, depuis le 28 février 2018. Il est membre du Partido reno­va­dor trabal­hista Brasi­leiro qui n’avait pas de repré­sen­ta­tion fédé­rale. Les sondages d’Ibope et de Data­folha, que nous avions repro­duits, annonçait l’is­sue du 7 octobre. Toute­fois, l’am­pleur des suffrages captés par Bolso­naro n’était pas envi­sa­gée par les « analystes » et les forces mili­tants, diverses, se situant à gauche sur l’éven­tail poli­tique.

Le nombre d’élec­teurs et d’élec­trices ayant voté est de 107 050 530. Les votes nuls 6,14 %, les blancs, 2,65 %, le taux d’abs­ten­tion : 20,3 %.

Jair Bolso­naro a réuni 46,03 % des voix, soit un élec­to­rat équi­valent à 49 276 991. Une donnée plus expres­sive que les pour­cen­tages pour ceux et celles qui ne scrutent pas de près la situa­tion brési­lienne. Le candi­dat du PT (Parti des travailleurs) – sacré par Lula le 11 septembre comme le candi­dat du PT, Fernando Haddad – a obtenu 29,28 % des suffrages expri­més, ce qui équi­vaut à 31 341 997 élec­teurs et élec­trices. Quelque 10 millions de moins.

Un poli­ti­cien de « premier rang » – membre d’une forma­tion qui a fait les beaux jours de la classe domi­nante à la sortie de la dicta­ture (1985), le Parti de la social-démo­cra­tie brési­lienne – Géraldo Alck­min est rétro­gradé en quatrième posi­tion avec 4,76 % des voix, et 5 096 341 de « suppor­ters ».

Sur la troi­sième place du podium, médaillé de bronze, Ciro Gomes (Parti démo­cra­tique travailliste) : 12,47 % des suffrages, soit 13 344 353 de votant·e·s. Les médaillés d’argent et de bronze rassemblent, avec quelque 44 millions d’élec­teurs, 5 millions de moins que Jair Bolso­naro. Ceux qui ne scrutent pas la société et ses tribu­la­tions sous l’im­pact d’une crise multi­forme – qui s’ac­cen­tue depuis 2014 – ont fait preuve d’une grande myopie.

Ils se sont enfer­més dans la « tour d’ivoire » du seul monde des partis poli­tiques. Un sujet préféré des articles de la presse super­fi­cielle. Or, le pouvoir d’at­trac­tion du discours et du person­nage de Jair Bolso­naro ne renvoie pas seule­ment aux forces qui se sont mobi­li­sées à ses côtés, sous diverses moda­li­tés, mais aussi à la synto­nie qui s’éta­blit entre, d’une part, le vécu d’élec­teurs poten­tiels, leurs affects – vali­dés par des expé­riences propres à la quoti­dien­neté et mémo­ri­sés comme des « preuves » –, l’in­ter­pré­ta­tion de leurs inté­rêts, l’im­pact sur eux d’un « story­tel­ling » (d’une mise en récit) diffusé par les grands médias, si impor­tants au Brésil et, d’autre part, la figure construite d’un person­nage comme Bolso­naro qui imprime un sens à cet agglo­mé­rat de ressen­ti­ments.

Les écrits sur le fascisme de Trotsky sont fort utiles pour capter des éléments susmen­tion­nés, sans tomber dans le piège des analo­gies trop rapides. Néan­moins, il ne faudrait pas oublier les traits subtils de l’ou­vrage de Wilhelm Reich, La psycho­lo­gie de masse du fascisme, écrit en 1933, pour commen­cer à analy­ser les origines et les traits du tsunami du 7 octobre.

Des résul­tats qui parlent

Reve­nons à quelques résul­tats. Dans un Etat comme celui de São Paulo, le candi­dat du PSL obtient 53 % des suffrages (12 378 012 d’élec­teurs) ; celui du PT : 16,42 % (3 833 982 d’élec­teurs). Il est toujours possible d’ar­gu­men­ter – et cela est vrai – qu’Had­dad, ancien maire de São Paulo, avait subi une défaite élec­to­rale saisis­sante en octobre 2016 face à un nouveau venu qui préten­dait au poste stra­té­gique de maire de la plus grande ville du Brésil : João Doria Junior du Parti de la social-démo­cra­tie brési­lienne. Ce dernier avait obtenu au premier tour des « muni­ci­pales » 53,3 % des voix contre 16,7 % pour Fernando Haddad. Cette fois, les propor­tions du résul­tat élec­to­rale sont simi­laires. Si ce n’est que l’op­po­sant n’est pas une multi­mil­lion­naire comme João Doria Junior, fils d’un poli­ti­cien connu, mais le capi­taine à la retraite Jair Bolso­naro. Soit un admi­ra­teur expli­cite de la dicta­ture, de l’ar­mée, de la police, des tortion­naires, de l’au­to­dé­fense armée, un sexiste et homo­phobe assumé, de même que le défen­seur, cela va de soi, des « valeurs de la famille », déployant donc le drapeau de l’op­po­si­tion au droit à l’avor­te­ment. Ses trois fils n’ont-ils pas connu un succès analogue lors de ces élec­tions ? Et les évan­gé­listes réac­tion­naires n’ont-ils pas fait de Jair leur « messie » poli­tique, lui dont le prénom sonne bien : Jair Messiah Bolso­naro ?

Nous cite­rons, dans cet article, les Etats où Bolso­naro a obtenu la majo­rité abso­lue : Rio Grande do Sul (52,63 %), Paraná (56,89 %), Matto Grosso do Sul (55,06 %), Goias (57,24 %), Espi­rito Santo (54,76 %), Bahia (60,28 %), Matto Grosso (60,04 %), Rondo­nia (62,24 %), Acre (62,25 %), Roraima (62,97 %), Rio de Janeiro (59,79 %). Fernando Haddad n’a réuni une majo­rité abso­lue qu’à Bahia (60,28 %), Piauí (63,4 %), Maranhão (61,26 %) et Sergipe (50,09 %). Fernando Haddad n’ar­rive en première posi­tion que dans les Etats suivants : Pernam­buco (48,87 %, avec Bolso­naro à 30,57 %) ; Rio Grande do Norte (41,19 %, avec Bolso­naro à 30,21 %), Paraíba (45,46 % avec Bolso­naro à 31,3 %), Alagoas (44,75 %, avec Bolso­naro à 34,4 %). Autre­ment dit, le candi­dat du PT a obtenu une majo­rité abso­lue dans quatre Etats du NordEste.

Enfin, parmi les dépu­tés fédé­raux ayant rassem­blé le plus de votes, se détache en première place le fils de Jair Bolso­naro, avec 1 843 735 suffrages à São Paulo. En deuxième posi­tion, Joice Hassel­mamn (avec 1 078 666 votes) à São Paulo, membre du PSL depuis avril 2018. Certes, par le passé, elle était très présente dans les médias télé­dif­fu­sés et les réseaux sociaux, ainsi qu’a­ni­ma­trice de relief des mani­fes­ta­tions, en 2015 et 2016, contre Dilma Rous­seff. Son apolo­gie du juge Sergio Moro n’est pas passée inaperçue, ainsi que son soutien à la police fédé­rale lors de la répres­sion de mani­fes­ta­tions.

Les mili­taires et le « garde à vous » face à l’his­toire

Major Olim­pio, membre du PSL, est élu au sénat dans l’Etat de São Paulo avec 25,81 % des suffrages et arrive en première posi­tion, suivi par Maria Gabrilli du PSDB qui réunit 18,59 % des suffrages.

Ce membre de la Police mili­taire – une insti­tu­tion mili­taire répu­tée pour ses talents répres­sifs – a exprimé son point de vue, plus « nuancé » que son patron, sur la dicta­ture mili­taire : « L’his­toire du régime mili­taire a été racon­tée que par un seul côté, de manière incroyable, par les vain­cus [la gauche donc]. Norma­le­ment quand on raconte une histoire c’est celle des vainqueurs, dans le cas du régime mili­taire ce furent les vain­cus. Il existe une histoire qui un jour va être à nouveau contée, pour trou­ver un équi­libre ». Major Olim­pio a-t-il lu Enzo Traverso ou Michael Löwy, à l’en­vers ?

A l’en­droit, la mémoire posi­tive de la dicta­ture se concré­tise par la présence (déjà) de 22 élus ayant des liens avec les forces armées : police mili­taire, mili­taire à la retraite, membre des forces armées, pompiers mili­taires, dont 13 sont du PSL (Folha de São Paulo, 9 octobre 2018). Parmi les conseillers de Jair Bolso­naro se trouve le géné­ral de réserve Augusto Heleno Ribeiro Pereira. Il a déve­loppé sa carrière mili­taire ascen­dante dès 1969. Il commanda les troupes de la MINUSTAH (Mission des Nations unies pour la stabi­li­sa­tion en Haïti), de juin 2004 à septembre 2005. Dans une tradi­tion qui s’est expri­mée parmi des mili­taires français fort à droite durant la guerre d’Al­gé­rie, Augusto Heleno a émis des critiques sur cette mission. Pourquoi? Elle n’a pas combiné une poli­tique de sécu­rité stricte avec des projets de déve­lop­pe­ment « social », un auto­ri­ta­risme pour le bien d’un peuple maté. Jair Bolso­naro avait envi­sagé de l’ins­crire comme vice-président sur le ticket prési­den­tiel. Il refusa. Mais il confirma son soutien au capi­taine.

Les liai­sons entre­te­nues par Jair Bolso­naro avec des cercles consis­tants de l’ar­mée – dont la conti­nuité et la place post-dicta­to­riale au Brésil n’ont jamais été remises en cause – existent depuis des années. Elles se sont accen­tuées depuis un an, dans les deux sens. Les sondages parmi les mili­taires montraient, durant la dernière période, l’in­fluence crois­sante de Bolso­naro qui remplis­sait aussi le rôle d’une assu­rance anti-PT.

L’ar­mée se présente comme non seule­ment un élément d’ordre, mais elle fait écho à une vaste « désillu­sion ». Cette dernière trou­vait une traduc­tion cernée par l’enquête d’opi­nion faite par le Pew Research Center-Global. Atti­tude&Trends (16 octobre 2017) : la « démo­cra­tie repré­sen­ta­tive » est consi­dé­rée comme « très bonne » par seule­ment 8 % de l’échan­tillon sondé au Brésil ; un pour­cen­tage infé­rieur à celui du Mexique qui se situait à 9 %. La dernière étude du World Econo­mic Forum (WEF) portant sur « la compé­ti­ti­vité mondiale », place à la 137e place, sur 138 pays exami­nés, la « perte de confiance des Brési­liens face à la classe poli­tique ».

Désen­chan­te­ment et « besoin d’ordre »

Ce désen­chan­te­ment possède plusieurs sources, parmi lesquelles la corrup­tion géné­ra­li­sée. Elle est le produit d’une connexion insti­tuée depuis long­temps entre, d’un côté, les grands travaux d’in­fra­struc­ture de ce « pays conti­nent » ainsi que son écono­mie extrac­ti­viste et agro-expor­ta­trice et, de l’autre, les instances poli­tiques contrô­lées par les partis des domi­nants ou ceux se mettent à dispo­si­tion du capi­tal, comme le fit direc­te­ment un secteur de l’ap­pa­reil du PT. A cela s’ajoute l’im­pact sur l’em­ploi de la profonde réces­sion – une perte d’em­plois d’en­vi­ron 20 millions, directe ou indi­recte, ayant les formes d’une préca­ri­sa­tion extrême (voir Ricardo Antunes à ce propos) –, la paupé­ri­sa­tion et la montée de la violence qui est diffu­sée sur le mode d’un cumul d’évé­ne­ments anec­do­tiques qui saturent « l’in­for­ma­tion » sur les chaînes télé­vi­sées.

La droite extrême et l’ex­trême-droite ont compris qu’une fenêtre de tir idéale se présen­tait. Dès lors, les thèmes diffu­sés par Bolso­naro et ses réseaux ont rempli un vide poli­tique, avec du « nouveau ». Ce qui dans un régime de tempo­ra­lité accé­lé­rée et de renou­vel­le­ment géné­ra­tion­nel se mesure en semaines, pour ne pas dire moins.

Ce besoin « ordre » – sans « progrès », ni « amour », ce qui était la formule ternaire initiale emprun­tée à Auguste Comte pour en faire le logo du drapeau brési­lien – est d’au­tant plus néces­saire que le « monde des affaires ». Ralliées momen­ta­né­ment à un Michel Temer, défait en termes de crédi­bi­lité poli­tique, pour accé­lé­rer des contre-réformes, des frac­tions des classes domi­nantes vont faire face, à court terme, à une diffi­culté. Les dépenses budgé­taires « obli­ga­toires » sont à hauteur de 90 % compo­sées par les rubriques suivantes : santé, éduca­tion, salaires de la fonc­tion publique, système de retraite, « aides sociales », subven­tions diverses. Dès lors, comme l’ex­plique William Jack­son, chef écono­miste de Capi­tal Econo­mics pour les « marchés émer­gents » : « Beau­coup des mesures néces­saires pour amélio­rer les finances publiques sont très impo­pu­laires, mais elles doivent être appuyées par de fortes majo­ri­tés pour aller de l’avant  ». Jack­son souli­gnait aupa­ra­vant que : « Les inves­tis­seurs paraissent être plus à l’aise avec Jair Bolso­naro qu’ils consi­dèrent plus favo­rable aux marchés, face au profil plus étatiste de Fernando Haddad » (El Pais, 7 octobre 2018).

A défaut de majo­rité popu­laire, autre­ment dit d’une résis­tance sociale déci­dée – car la majo­rité parle­men­taire peut être obte­nue – « l’ordre » pourra être imposé par les compo­santes des forces armées. La crimi­na­li­sa­tion des mouve­ments sociaux et de leurs repré­sen­tants fait partie de l’agenda de Bolso­naro. Ses formules « un bon voleur est un voleur mort » ; « tirez d’abord, inter­ro­gez ensuite », « tuez-les » à propos des mili­tant·e·s du PT peuvent prendre une tour­nure plus insti­tu­tion­nelle dans la mise en place d’un régime auto­ri­taire. Un tel régime peut avoir recours, de plus, à la marge, à des bandes fasci­santes actives sur le terrain pour semer la crainte. L’ex­pé­rience de la mili­ta­ri­sa­tion de Rio – déci­dée formel­le­ment par Temer – servira (et sert déjà) de banc d’es­sai utili­sable pour un futur pouvoir auto­ri­taire fédé­ral.

L’Evan­gile et Bolso­naro

Jair Bolso­naro est depuis 27 ans député au Parle­ment. Cette présence est due à une fonc­tion souvent quali­fiée au Brésil de « député du bas clergé » ; ce qui signi­fie qu’il avait comme rôle celui de rabat­teur pour faire voter en faveur des caciques.

Aujourd’­hui, il occupe une place dans le « haut clergé ». Et l’ap­pui lui a été fourni média­tique­ment par un richis­sime magnat de la commu­ni­ca­tion : Edir Macedo. Ce dernier a fondé l’Eglise univer­selle du règne de Dieu et fait construire un temple pouvant réunir 10 000 fidèles (payant) à São Paulo ; une préten­due réplique du temple de Salo­mon, placé dans le quar­tier popu­laire de Bras, l’un des 96 districts de la méga­lo­pole.

Les diverses commu­nau­tés évan­gé­liques regroupent plus de 22 % de la popu­la­tion du Brésil, soit quelque 42 millions de personnes. Leur présence parle­men­taire est notable et les candi­dats cherchent leur appui. De leur côté, ces diverses églises évan­gé­liques, qui sont des marchands du temple fort actifs, attendent des poli­tiques des inter­ces­sions qui favo­risent leur statut de contri­buables.

Edir Macedo a soutenu, à l’époque, Lula et Dilma Rous­seff. Cette fois son choix s’est porté sur Jair Bolso­naro. Il existe un conglo­mé­rat de frac­tions parle­men­taires qui a pour acro­nyme : BBB. Autre­ment dit : Bala (la balle de fusil), Boi (le bœuf), Biblia (la bible).

L’ap­pui d’Edir Macedo à Bolso­naro s’est traduit par un accès à sa chaîne TV Record, très regar­dée, dans un pays où la déci­sion de vote est forte­ment influen­cée par la télé­vi­sion. Selon Ronaldo Alme­dia, profes­seur à l’uni­ver­sité UNICAMP et membre de Centre brési­lien d’ana­lyse et de plani­fi­ca­tion (Cebrap) : « Depuis septembre s’est produit un dépla­ce­ment consi­dé­rable des inten­tions du vote évan­gé­lique en direc­tion de Bolso­naro. Bolso­naro repré­sente une sensa­tion d’ordre et d’au­to­rité qui prend dans cette partie de la popu­la­tion, encore plus dans un contexte de régres­sion écono­mique et moral » (El Pais, 8 octobre 2018). Ce n’est pas un hasard si à l’oc­ca­sion du dernier débat, avant la jour­née 7 octobre, Jair Bolso­naro a donné un long entre­tien à TV Record, lais­sant les autres candi­dats « discu­ter entre eux ». Lui, pour « raisons médi­cales », ne pouvait que se confier, en direct, aux télé­spec­ta­teurs qui « refusent pour­ri­ture morale diffu­sée par la gauche » comme l’ex­plique le grand prêtre évan­gé­liste de la Victoire du Christ.

Tisser des liens avec le grand capi­tal

Dès le 8 octobre, le conseiller écono­mique de Bolso­nara, Paulo Guedes, a pris contact avec des membres influents du « monde écono­mique ». Paulo Guedes n’est pas qu’un élève de l’école de Chicago et un fana­tique des priva­ti­sa­tions. Il dirige un fonds d’in­ves­tis­se­ment – Bozano Inves­ti­men­tos Gestão de Recur­sos Ldta – qui déclare 3,5 milliards de R$ sous gestion. Certes, la somme de 945 millions de dollars n’est pas énorme. Mais, ce fonds se concentre sur le « venture capi­tal » (prises de parti­ci­pa­tion) et le « private equity » (achat, « redres­se­ment » et revente d’en­tre­prise), ce qui faci­lite les contacts et peut être un lieu de rencontre dans la pers­pec­tive d’une vague de priva­ti­sa­tions.

Le poste de patron de la Banque centrale (BCB) sera crucial. L’ac­tuel gouver­neur, Ilan Gold­fajn, écono­miste israé­lien et gouver­neur de la BCB depuis juin 2016, semble ne pas vouloir rester à ce poste. Qui va être choisi en cas de victoire de Bolso­naro ? Ce choix aura une conso­nance poli­tique analogue à celui de Lula en 2003, lorsqu’il lança « son » dévolu sur Henrique Mereilles qui occupa ce poste jusqu’en 2010. Mereilles, lorsqu’il offi­ciait aux Etats-Unis était un proche de Bill Clin­ton. Il diri­gea jusqu’en 1999 la BankBos­ton inter­na­tio­nale, puis après la fusion de cette dernière avec le Fleet Finan­cial Group, Mereilles devint le président de la FleetBos­ton Finan­cial’s Global Banking, avant de reve­nir au Brésil en 2002. Ainsi la Fohla de São Paulo du 9 octobre énumé­rait une série de contacts établis par Paulo Guedes en vue de la forma­tion d’un gouver­ne­ment et de nomi­na­tions à des postes influents. Etaient mention­nés : Alexandre Betta­mio, président pour l’Amé­rique latine de Bank of America ; João Cox du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de TIM (filiale de Tele­com Italia Mobile) qui dispose d’un rôle de premier plan dans la télé­com­mu­ni­ca­tion mobile (GSM) au Brésil ; Maria Silvia Bastos Marques, membre de la direc­tion de Gold­man Sachs Brésil et ex-prési­dente de la BNDES (Banque brési­lienne de déve­lop­pe­ment), créée en 1952 dans une pers­pec­tive déve­lop­pe­men­tiste, mais sa fonc­tion a bien changé ; Roberto Campos Neto, direc­teur de Santan­der Brésil (filiale de Santan­der Espagne).

Pour termi­ner ce bref aperçu des alliances socio-écono­miques que se doit de passer un poten­tiel président comme Bolso­naro, il ne faut pas oublier le secteur extrac­ti­viste. Le quoti­dien écono­mique O Valor cite les contacts pris avec Roberto Castello Branco, gouver­neur de la BCB, ex-conseiller de la direc­tion du grand groupe Vale (mine­rai, gaz, pétrole), aujourd’­hui à la tête de l’im­por­tante commu­nauté profes­sion­nelle que repré­sente la Fonda­tion Getu­lio Vargas. Le nom de Fabio A. Abraho a aussi été mentionné, il siège à la direc­tion de Infra Part­ners, un géant de la logis­tique. Il est passé chez Vale.

Pour le capi­tal, dans cette crise multi­face, Bolso­naro président se doit d’en­ca­drer une base popu­laire, de répri­mer en crimi­na­li­sant les résis­tances sociales et démo­cra­tiques. Pour cela il peut prendre appui conjoin­te­ment sur les évan­gé­liques et les divers corps d’ar­mée – deux facettes de l’ordre – et enga­ger une vague de contre-réformes. La nature de ce régime s’éclai­rera dans la foulée d’une élec­tion victo­rieuse. Et si c’est le cas, ce bascu­le­ment socio-poli­tique au Brésil s’ins­crira vrai­ment dans la fin – prévi­sible depuis quelques années – du cycle dit « progres­siste » en Amérique latine, avec des simi­li­tudes à l’échelle mondiale. Ce qui peut être le sujet d’un autre article après le 28 octobre.

Pour l’heure, la mobi­li­sa­tion pour battre le ticket Bolso­naro-Mourão dans la rue et dans les urnes est une prio­rité, comme l’ex­pliquent les trois articles que nous publions ci-dessous et propose de voter contre Bolso­naro, pour Haddad.

Charle-André Udry, le 10 octobre 2018. Publié sur le site d’Alen­contre.

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