Aller au contenu

Conso­li­der la Nupes

https://blogs.media­part.fr/clemen­tine-autain/blog/120722/conso­li­der-la-nupes?fbclid=IwAR2-a8d8-ThWbiTBP7GH_s_Sx-kTZmc5Rx3I05EqKF3NKO92juRyhDDxnSg

Treize jours, treize nuits. L’ac­cé­lé­ra­tion de l’his­toire à gauche s’est jouée à une vitesse impres­sion­nante, le temps d’un accord inédit avec la créa­tion de la Nupes. Ce qui nous a propulsé, c’est la défense d’un projet de trans­for­ma­tion. Il n’en reste pas moins que la Nupes est fragile, et qu’elle ne peut se déployer que si elle fait vivre le plura­lisme en son sein. Je plaide ici pour un rassem­ble­ment qui ne soit pas dans l’entre-soi, mais tourné vers ce qui bouge, ce qui conteste, ce qui s’in­vente dans la société.

Conso­li­der la Nupes 

Treize jours, treize nuits. L’ac­cé­lé­ra­tion de l’his­toire à gauche s’est jouée à une vitesse impres­sion­nante, le temps d’un accord inédit avec la créa­tion de la Nupes. Alors qu’à l’au­tomne dernier, nombre d’édi­to­ria­listes s’in­ter­ro­geaient sur notre mort immi­nente, nous avons réussi non seule­ment à sortir la tête de l’eau mais surtout à appa­raître crédible pour dispu­ter la majo­rité aux élec­tions légis­la­tives. Cette percée, nous la devons au score de Jean-Luc Mélen­chon à la prési­den­tielle et à la stra­té­gie qu’il a impul­sée, celle du rassem­ble­ment. Avec la Nupes, le duel qui menaçait de struc­tu­rer le champ poli­tique entre le néoli­bé­ra­lisme et l’ex­trême droite a été déjoué. Nous avons consi­dé­ra­ble­ment renforcé la présence de la gauche et des écolo­gistes à l’As­sem­blée natio­nale, passant d’une soixan­taine à cent-cinquante-et-un sièges. Le face-à-face entre LREM et le Rassem­ble­ment natio­nal appa­raît derrière nous. Nous formons désor­mais un pôle qui, s’op­po­sant et propo­sant, inquiète le pouvoir en place pour sa capa­cité à repré­sen­ter une alter­na­tive sérieuse. C’est une réus­site. 

La Nupes, indis­pen­sable mais fragile

Notre irrup­tion recon­fi­gure l’en­semble de l’échiquier autour de trois pôles, auquel il faut bien sûr ajou­ter les absten­tion­nistes, que chaque bloc va cher­cher à atti­rer, à convaincre puisque c’est celui qui réus­sira à en mobi­li­ser le plus qui pren­dra la main. Mais ce nouvel atte­lage n’est pas encore inscrit dans le marbre. Ne prenons pas la Nupes comme un acquis : elle est encore fragile. Confi­gu­ra­tion toute nouvelle, contes­tée par certains à gauche fût-ce à bas bruit pour l’ins­tant, elle doit résis­ter aux tenta­tives de désta­bi­li­sa­tion externes qui ne vont pas manquer. La macro­nie comme le RN rêvent de voir notre union explo­ser en vol et cherchent sans cesse à nous divi­ser pour mieux régner. Or nous avons le devoir de conso­li­der la Nupes qui est la clé pour gagner dans notre pays. Au regard de l’ins­ta­bi­lité de la situa­tion poli­tique, avec une macro­nie qui gouverne sans majo­rité, il faut la chérir et la soli­di­fier. Vite.

La créa­tion de la Nupes traduit une mue qui concerne toutes ses compo­santes : des insou­mis qui cherchent des alliés pour être majo­ri­taires, des écolo­gistes qui choi­sissent l’an­crage à gauche, des socia­listes qui assument de reprendre le fil de leur histoire au long cours, des commu­nistes qui, après une prési­den­tielle d’auto-affir­ma­tion, renouent avec le rassem­ble­ment. 

Le choix d’une gauche franche

Ce qui nous a propulsé, c’est la défense d’un projet de trans­for­ma­tion en profon­deur du pays.  

Le parti pris de l’ac­com­pa­gne­ment a non seule­ment violem­ment échoué en 2017 après l’ère Hollande mais il ne s’est pas relevé en 2022. Ceux et celles qui voudraient rame­ner le score de Mélen­chon à un erre­ment de l’his­toire ou à ses seules quali­tés de tribun pour en reve­nir main­te­nant aux « choses sérieuses », une ligne plus « raison­nable » qui nous rendrait « crédible pour gouver­ner », font fausse route. Ce qui rend crédible pour gouver­ner, c’est d’abord le nombre. Et le nombre a choisi à gauche Jean-Luc Mélen­chon sur la base d’une orien­ta­tion qui rompt avec les normes domi­nantes. Le nombre a plébis­cité – toutes choses égales par ailleurs – une Nupes porteuse d’un programme de franc chan­ge­ment. C’est une carac­té­ris­tique de notre temps : seule une propo­si­tion poli­tique qui prend les problèmes à la racine peut susci­ter de l’adhé­sion popu­laire. 

En 2005, la dyna­mique du « non de gauche » aux trai­tés néoli­bé­raux a donné le sens de la pers­pec­tive éman­ci­pa­trice au XXIe siècle. À gauche, nous ne pouvons être popu­laires, et donc gagner, que si nous sommes capables de nous en prendre à l’éco­no­mie libé­rale qui crée des inéga­li­tés et de la concur­rence à tous les étages, au produc­ti­visme qui détruit la planète comme nos désirs, à l’aus­té­rité budgé­taire dictée par la finance et la tech­no­cra­tie. Nous oppo­sons à ce monde qui tourne à l’en­vers la justice sociale et la coopé­ra­tion, la bifur­ca­tion écolo­gique qui protège l’éco­sys­tème et conduit à une vie meilleure, la protec­tion des biens communs. Ce qui fait la force de la Nupes, c’est d’af­fron­ter les logiques destruc­trices à l’œuvre depuis des décen­nies. C’est d’exi­ger des protec­tions, des droits, des plans d’in­ves­tis­se­ment pour faire bascu­ler notre système social dans l’en­traide et le bien vivre. C’est de mettre en cause les profi­teurs de crise et les hyper-riches, condi­tion pour faire recu­ler la préca­rité et la pauvreté. Et c’est d’avoir plei­ne­ment conscience que le corol­laire au néoli­bé­ra­lisme, c’est la pente auto­ri­taire, l’abais­se­ment des liber­tés. Aussi récla­mons-nous la démo­cra­tie, partout. S’il existe des sensi­bi­li­tés, des histoires, des cultures diffé­rentes au sein de la Nupes, son unité réside, me semble-t-il, dans ce parti pris désor­mais partagé de méta­mor­phose de notre modèle de déve­lop­pe­ment. 

L’in­dis­pen­sable plura­lisme

Il n’en reste pas moins que la Nupes ne peut se déployer que si elle fait vivre le plura­lisme en son sein. Nous le savons par l’ex­pé­rience, l’at­ti­tude hégé­mo­nique de la force en tête fait recu­ler les construc­tions unitaires. Il revient donc à la France Insou­mise de permettre à chacune des compo­santes de la Nupes de conti­nuer à faire vivre sa sensi­bi­lité. C’est évidem­ment une tension car nous avons besoin d’être à la fois cohé­rents et divers. Aussi la respon­sa­bi­lité n’in­combe-t-elle pas seule­ment à la FI. Si telle ou telle orga­ni­sa­tion ne joue pas le jeu de l’es­pace commun, espé­rant profi­ter de la séquence pour se renfor­cer au détri­ment de la démarche commune, nous en paie­rons collec­ti­ve­ment les pots cassés. Il ne s’agit pas seule­ment de struc­tures permet­tant de faire vivre le plura­lisme, même si l’in­ter­groupe à l’As­sem­blée natio­nale, le Parle­ment de la Nupes présidé par Auré­lie Trouvé et les assem­blées locales de la Nupes – là où elles existent – sont des points d’ap­pui consi­dé­rables pour construire du commun. C’est avant tout un état d’es­prit. Le plura­lisme me semble capi­tal pour que vive la Nupes, pour rayon­ner plus large­ment dans la société française, pour déga­ger à chaque étape une stra­té­gie et des conte­nus affi­nés. Je suis même convain­cue que certaines tensions entre nous sont produc­tives. Entre réforme et révo­lu­tion, par exemple. Mais aussi, en matière de profil poli­tique, entre « respec­ta­bi­lité » et « inso­lence ». S’il faut respec­ter les cultures et apports de chacun, ne figeons pas les rôles, cher­chons à progres­ser ensemble. 

Travailler, cher­cher, affi­ner

J’alerte sur l’idée que nous aurions un programme fini, une stra­té­gie au cordeau, un récit terminé, et qu’il ne suffi­rait plus que d’en­fon­cer le clou en déployant des forces mili­tantes sur la base de l’exis­tant. Sans cesse nous devons travailler. Sans cesse nous devons conti­nuer à cher­cher. Cette capa­cité d’éla­bo­ra­tion, de recherche d’idées neuves, de mots et d’in­ter­ven­tions toujours plus en phase avec l’époque doit deve­nir une quête commune. Chacun, chacune peut la mener à partir de son histoire, de sa culture. Mais ne croyons pas qu’il suffi­rait de mettre en commun ce que chaque force a aujourd’­hui dans sa besace, et de touiller pour déga­ger le compro­mis entre nous. La réponse ne peut être juste et propul­sive que si elle cherche dans la société les façons de mieux répondre aux défis contem­po­rains. Et cela suppose du travail, beau­coup de travail. Le succès de la France Insou­mise est aussi lié à cette éner­gie qu’elle a su déployer, en lien avec les mouve­ments dans le pays. Le travail, c’est évidem­ment aussi le mili­tan­tisme, l’an­crage local, le déploie­ment partout. Je veux ici plai­der pour un rassem­ble­ment qui ne soit pas dans l’entre-soi mais bel et bien tourné vers ce qui bouge, ce qui conteste, ce qui s’in­vente dans la société. Le risque du cartel élec­to­ral tourné sur lui-même doit être mesuré. Nous devons sans cesse regar­der en dehors de nous, se ressour­cer et se raccor­der à la vie sociale, cultu­relle, intel­lec­tuelle du pays. Car au final, il ne s’agit pas seule­ment de se mettre d’ac­cord entre nous mais surtout de placer la Nupes toujours plus en phase avec le peuple français. 

Billets en relation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.