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Crois­sance inéga­li­taire ou décrois­sance juste

Daniel Tanuro, s’ap­puyant sur le 6° rapport du GIEC, montre que des scien­ti­fiques concluent à la néces­sité de réduire la crois­sance et de favo­ri­ser la justice sociale.


Extraits :

Face à la catas­trophe clima­tique nombre de spécia­listes ne croient plus à la possi­bi­lité de conci­lier baisse des émis­sions de CO2 et accrois­se­ment du PIB. Le climat ne peut être stabi­lisé sans dimi­nuer la consom­ma­tion globale d’éner­gie. Il en décou­lera forcé­ment une dimi­nu­tion de la produc­tion de biens et de services. Cette thèse a des impli­ca­tions en termes de choix de société – la néces­sité d’une décrois­sance dans la justice sociale – mais son fonde­ment est scien­ti­fique, pas idéo­lo­gique.

Augmen­ter l’ef­fi­cience et déployer des renou­ve­lables requièrent d’énormes inves­tis­se­ments très éner­gi­vores et cette éner­gie est fossile à plus de 80%. La tran­si­tion éner­gé­tique dans un contexte de crois­sance entraîne plus d’émis­sions de CO2. Comme ces émis­sions doivent être réduites – dans l’ab­solu – la conclu­sion est impa­rable : la hausse du PIB est en contra­dic­tion avec la stabi­li­sa­tion du réchauf­fe­ment au-dessous de 1,5°C.

Un scien­ti­fique de premier plan l’a dit offi­ciel­le­ment aux délé­gué.e.s lors de la COP26 : au-delà de 1,5°C, la Terre risque de se trans­for­mer en « planète étuve », avec une hausse de treize mètres ou plus du niveau des océans.

Les besoins humains pour­raient-ils être mieux satis­faits en utili­sant globa­le­ment beau­coup moins d’éner­gie, et en la répar­tis­sant mieux ? Un élément de réponse réside dans le fossé qui sépare les émis­sions de CO2 du 1% le riche de celles des 50% les plus pauvres et des 40% de reve­nus « moyens  ». Ce fossé s’ap­pro­fon­dira encore plus d’ici 2030 du fait des poli­tiques clima­tiques des gouver­ne­ments ! Les efforts de réduc­tion des émis­sions seront inver­se­ment propor­tion­nels au revenu !

Des facteurs « béné­fiques » satis­font mieux les besoins humains en utili­sant moins d’éner­gie. Ces facteurs sont : de bons services publics, une démo­cra­tie de qualité, moins d’écarts de reve­nus, un accès garanti à l’élec­tri­cité et aux éner­gies propres, un système de santé public et de bonnes infra­struc­tures d’échange et de trans­port. La crois­sance et l’ex­trac­ti­visme, par contre, sont des facteurs « préju­di­ciables » : plus d’éner­gie est dépen­sée pour répondre moins bien aux besoins.

Le projet de résumé pour les déci­deurs du rapport sur la réduc­tion des émis­sions a fuité. On y lit ceci : « Dans les scéna­rios qui envi­sagent une réduc­tion de la demande d’éner­gie, les défis de réduc­tion des émis­sions sont consi­dé­ra­ble­ment réduits, avec moins de dépen­dance au retrait du CO2 de l’at­mo­sphère, moins de pres­sion sur les terres et des prix du carbone plus bas. Ces scéna­rios ne supposent pas une dimi­nu­tion du bien-être, mais plutôt une pres­ta­tion de meilleurs services. »

Cela devrait inter­pel­ler en parti­cu­lier le mouve­ment syndi­cal. Jusqu’à présent, ses direc­tions misent sur la crois­sance, au nom de l’em­ploi. Elles s’illu­sionnent sur la possi­bi­lité d’une « tran­si­tion juste » vers un « capi­ta­lisme vert ».

Travailler moins, travailler tous et toutes, vivre mieux ! Il n’y a pas d’em­ploi sur une planète morte. Perdre sa vie à la gagner en détrui­sant la planète de nos enfants est moins que jamais une option accep­table.

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TEXTE complet:

Crois­sance inéga­li­taire ou décrois­sance juste : au GIEC, le débat est ouvert

mardi 14 décembre 2021, par TANURO Daniel

Il y a vingt-cinq ans, la « décrois­sance » était conçue par ses parti­sans comme un « mot obus » porteur d’une charge idéo­lo­gique floue : Serge Latouche et ses parti­sans disaient vouloir « chan­ger les imagi­naires » pour « sortir de l’éco­no­mie et du déve­lop­pe­ment »… On débat à nouveau de décrois­sance aujourd’­hui, mais à partir de prémisses plus rigou­reuses.

  Sommaire  

Face à la catas­trophe clima­tique, en effet, nombre de spécia­listes ne croient plus à la possi­bi­lité de conci­lier baisse des émis­sions de CO2 et accrois­se­ment du PIB. Selon eux, le climat ne peut être stabi­lisé sans dimi­nuer la consom­ma­tion globale d’éner­gie d’une manière si dras­tique qu’il en décou­lera forcé­ment une dimi­nu­tion de la produc­tion de biens et de services. Cette thèse a évidem­ment des impli­ca­tions en termes de choix de société – ces spécia­listes insistent tous sur la néces­sité d’une décrois­sance dans la justice sociale – mais son fonde­ment est scien­ti­fique, pas idéo­lo­gique.

 Crois­sance et climat sont incom­pa­tibles

Commençons par rappe­ler les données du problème. Pour ne pas dépas­ser 1,5°C de réchauf­fe­ment, il faut que les émis­sions nettes de CO2 dimi­nuent de 50% au moins d’ici 2030 et de 100% au moins d’ici 2100. Les auteurs du cinquième rapport d’éva­lua­tion du GIEC (AR5, 2014, qui a servi de base à l’ac­cord de Paris) pensaient que cette réduc­tion serait compa­tible avec la crois­sance écono­mique : la hausse de l’ef­fi­cience éner­gé­tique et la percée des renou­ve­lables devaient permettre de décou­pler l’évo­lu­tion du PIB de celle des émis­sions de CO2. Six ans après, un décou­plage rela­tif est effec­ti­ve­ment amorcé dans certains pays déve­lop­pés. Mais le décou­plage absolu est impos­sible. En effet, augmen­ter l’ef­fi­cience et déployer des renou­ve­lables requièrent d’énormes inves­tis­se­ments très éner­gi­vores et cette éner­gie est fossile à plus de 80%. Par consé­quent, la tran­si­tion éner­gé­tique dans un contexte de crois­sance entraîne forcé­ment plus d’émis­sions de CO2. Comme ces émis­sions doivent être réduites – non pas rela­ti­ve­ment mais dans l’ab­solu – la conclu­sion est impa­rable : la hausse du PIB est en contra­dic­tion avec la stabi­li­sa­tion du réchauf­fe­ment au-dessous de 1,5°C.

Beau­coup de spécia­listes ont voulu croire que cette contra­dic­tion pour­rait être surmon­tée en reti­rant du CO2 de l’at­mo­sphère, pour compen­ser les émis­sions. Deux pistes sont avan­cées pour ce faire : 1°) maxi­mi­ser les absorp­tions natu­relles de CO2 en plan­tant des arbres ; 2°) inven­ter des « tech­no­lo­gies à émis­sions néga­tives » (TEN) pour reti­rer du carbone de l’at­mo­sphère afin de le stocker sous terre. Les critiques de cette stra­té­gie ne sont pas neuves mais, jusqu’à présent, le GIEC n’en a pas tenu compte. Ainsi, tous les scéna­rios testés dans le cadre du rapport spécial 1,5°C (2019) misaient sur la possi­bi­lité de la « compen­sa­tion carbone ». Mais le vent semble être en train de tour­ner. Les voix des cher­cheurs/euses qui affirment que cette option produc­ti­viste est contraire au prin­cipe de précau­tion ne peuvent plus être igno­rées.

 Des argu­ments très robustes

Leurs argu­ments sont extrê­me­ment robustes. Pour conci­lier crois­sance du PIB et respect du 1,5°C, certains scéna­rios prévoient de reti­rer d’ici 2100 jusqu’à 1000 Giga­tonnes de carbone de l’at­mo­sphère. Vingt-cinq fois les émis­sions annuelles ! Les plan­ta­tions d’arbres ne pour­raient contri­buer que très modes­te­ment (les super­fi­cies sont limi­tées) et surtout tempo­rai­re­ment (les arbres absorbent du CO2 pendant la crois­sance, puis en émettent – et le réchauf­fe­ment favo­rise les incen­dies). Il faudrait donc comp­ter surtout sur les TEN, en parti­cu­lier sur la « bioéner­gie avec capture et séques­tra­tion du carbone ». Le prin­cipe de celle-ci est simple : brûler de la biomasse à la place des fossiles, capter le CO2 dégagé et l’en­fouir sous terre ; comme la biomasse pousse en absor­bant du CO2, en théo­rie, la concen­tra­tion atmo­sphé­rique en CO2 devrait bais­ser… Mais en pratique 1°) on ignore si ça marchera, la tech­no­lo­gie n’existe qu’à l’état de proto­type ; 2°) il faudrait plan­ter de la biomasse sur des super­fi­cies gigan­tesques ; 3°) il y aura compé­ti­tion avec l’ali­men­ta­tion humaine, la biodi­ver­sité et l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau douce ; 4°) on n’est pas sûr que le CO2 ne s’échap­pera pas du sous-sol.

Un scien­ti­fique de premier plan l’a dit offi­ciel­le­ment aux délé­gué.e.s lors de la COP26 : au-delà de 1,5°C, la Terre risque de se trans­for­mer en « planète étuve », avec une hausse de treize mètres ou plus du niveau des océans [1]. Il est insensé de parier sur des trucs d’ap­prenti sorcier pour éviter ce cata­clysme. Mais, du coup, la réduc­tion dras­tique et très rapide de la consom­ma­tion finale d’éner­gie est la seule alter­na­tive. En même temps, cette décrois­sance écono­mique est évidem­ment impos­sible sans justice sociale et clima­tique, c’est-à-dire sans réduc­tion radi­cale des inéga­li­tés et sans amélio­ra­tion radi­cale des condi­tions d’exis­tence des 50% les plus pauvres de l’hu­ma­nité, dans les pays pauvres, mais aussi dans les pays riches. Tel est en résumé le raison­ne­ment qui amène de plus en plus de scien­ti­fiques à plai­der pour ce qu’on pour­rait appe­ler une « décrois­sance juste ».

 Surcon­som­ma­tion des riches, surpro­duc­tion au service des riches

L’idée domi­nante dans nos socié­tés est que la crois­sance et l’aug­men­ta­tion de la consom­ma­tion d’éner­gie sont indis­pen­sables à l’em­ploi et aux reve­nus – en un mot au bien-être. Or, cette idée est de plus en plus contes­tée sur le plan scien­ti­fique. Au-delà de la satis­fac­tion des besoins fonda­men­taux (une alimen­ta­tion de qualité, un bon loge­ment, des vête­ments confor­tables, un système de santé perfor­mant, des infra­struc­tures de mobi­lité adap­tées), l’uti­lité de consom­mer plus d’éner­gie dimi­nue en réalité très vite. Du coup, « les pays à haut reve­nus pour­raient réduire leur impact biophy­sique (et leur PIB), tout en main­te­nant ou même en augmen­tant leurs perfor­mances sociales et en attei­gnant une meilleure équité entre pays », écrivent deux cher­cheurs. Le défi, selon eux, consiste à mener à bien « une réduc­tion équi­table du flux d’éner­gie et de ressources qui traverse l’éco­no­mie, couplée à une sécu­ri­sa­tion conco­mi­tante du bien-être ». [2]

Les besoins humains pour­raient-ils être mieux satis­faits en utili­sant globa­le­ment beau­coup moins d’éner­gie, et en la répar­tis­sant mieux ? That’s the ques­tion. Un élément de réponse réside dans le fossé qui sépare les émis­sions de CO2 du 1% le riche de celles des 50% les plus pauvres et des 40% de reve­nus « moyens ». Non seule­ment ce fossé s’ap­pro­fon­dit, mais en plus il s’ap­pro­fon­dira encore plus d’ici 2030 du fait des poli­tiques clima­tiques des gouver­ne­ments ! Les efforts de réduc­tion des émis­sions seront inver­se­ment propor­tion­nels au revenu [3] !

Les gouver­ne­ments répètent que « nous » devons chan­ger nos compor­te­ments. Mais qui est ce « nous » ? « La consom­ma­tion des ménages les plus riches au niveau mondial est de loin le déter­mi­nant le plus fort et l’ac­cé­lé­ra­teur le plus fort de l’aug­men­ta­tion des impacts envi­ron­ne­men­taux et sociaux », écrivent des cher­cheurs/euses. [4] Il faut donc bannir cette surcon­som­ma­tion de luxe : jets privés, super­yachts, habi­ta­tions luxueuses, SUV, etc. Et, comme toute consom­ma­tion présup­pose une produc­tion, il faut donc aussi arrê­ter les acti­vi­tés écono­miques qui visent avant tout le profit capi­ta­liste : armes, publi­cité, obso­les­cen­ce…

 Une vie bonne et confor­table pour tous et toutes, c’est possible

D’autres cher­cheurs/euses partent de la quan­tité maxi­male d’éner­gie que chaque indi­vidu sur Terre peut utili­ser pour respec­ter la limite de 1,5°C de réchauf­fe­ment, et se demandent quels besoins peuvent être satis­faits sur cette base, et à quelles condi­tions sociales. [5] Le grand inté­rêt de leur approche est de montrer que la satis­fac­tion des besoins ne dépend pas seule­ment de la quan­tité d’éner­gie consom­mée mais aussi de divers facteurs socio-écono­miques qui déter­minent la corré­la­tion entre éner­gie et besoins. Des facteurs « béné­fiques » satis­font mieux les besoins humains tout en utili­sant moins d’éner­gie. Ces facteurs sont : de bons services publics, une démo­cra­tie de qualité, moins d’écarts de reve­nus, un accès garanti à l’élec­tri­cité et aux éner­gies propres, un système de santé public et de bonnes infra­struc­tures d’échange et de trans­port. La crois­sance et l’ex­trac­ti­visme, par contre, sont des facteurs « préju­di­ciables » : plus d’éner­gie est dépen­sée pour répondre moins bien aux besoins. Exemple : de bons services publics augmentent l’es­pé­rance de vie en dimi­nuant la consom­ma­tion finale d’éner­gie ; l’ex­trac­ti­visme dimi­nue la première et augmente la seconde.

Toutes les études de ce genre convergent : des niveaux de vie confor­tables peuvent être assu­rés sur toute la planète avec une consom­ma­tion d’éner­gie par habi­tant nette­ment infé­rieure à celle des riches et des pays riches. Les moteurs de la consom­ma­tion exces­sive d’éner­gie dans ces pays sont : « un engre­nage de besoins inten­sifs en éner­gie entre­tenu par la logique des facteurs préju­di­ciables ; la consom­ma­tion de luxe et les inéga­li­tés de consom­ma­tion ; l’ob­so­les­cence program­mée ; la surpro­duc­tion/surcon­som­ma­tion ; la course au profit ; l’ex­pan­sion de la produc­tion néces­saire du fait des pres­sions du système finan­cier et de la rente extrac­tive ». Le problème est que les « facteurs préju­di­ciables sont acti­ve­ment pour­sui­vis » dans le cadre du régime actuel, qui est global. La solu­tion doit donc être « systé­mique » et globale égale­ment : « une trans-forma­tion plus large (est) requise pour prio­ri­ser la satis­fac­tion des besoins humains avec peu d’éner­gie. [6] »

 La « décrois­sance juste » perce dans le GIEC

Le 5e rapport du GIEC affi­chait une fidé­lité sans faille au dogme capi­ta­liste du marché et de la concur­rence, donc de la crois­sance : « Les modèles clima­tiques supposent des marchés qui fonc­tionnent plei­ne­ment et des compor­te­ments de marché concur­ren­tiels ». Ce dogme n’est plus tenable, car il est en train de nous conduire à l’abîme. Les parties du 6e rapport portant sur l’adap­ta­tion au réchauf­fe­ment et sur la réduc­tion des émis­sions sorti­ront début 2022. Le projet de résumé pour les déci­deurs du rapport sur la réduc­tion des émis­sions a fuité. On y lit ceci : « Dans les scéna­rios qui envi­sagent une réduc­tion de la demande d’éner­gie, les défis de réduc­tion des émis­sions sont consi­dé­ra­ble­ment réduits, avec moins de dépen­dance au retrait du CO2 de l’at­mo­sphère, moins de pres­sion sur les terres et des prix du carbone plus bas. Ces scéna­rios ne supposent pas une dimi­nu­tion du bien-être, mais plutôt une pres­ta­tion de meilleurs services. [7] »

En déduire que le 6e rapport du GIEC pren­dra posi­tion contre l’éco­no­mie de marché serait naïf. Le projet de résumé traduit simple­ment la force des argu­ments scien­ti­fiques sur l’im­pos­si­bi­lité de conci­lier crois­sance du PIB et limi­ta­tion du réchauf­fe­ment au-dessous de 1,5°C. Le GIEC ne fait pas de recom­man­da­tions, il pose des constats sur base de la meilleure science dispo­nible. Les cher­cheurs/euses qui travaillent sur la « décrois­sance juste » sont désor­mais recon­nus par leurs pairs. C’est une victoire contre l’em­prise sur la science de l’idéo­lo­gie capi­ta­liste du « toujours plus ». Mais ce sont les gouver­ne­ments qui décident la voie à suivre. Le résumé du rapport doit être validé par eux. On peut en être certain : ils mettront tout en œuvre pour que la petite phrase ci-dessus dispa­raisse du résumé. Obtien­dront-ils satis­fac­tion ? On verra. Mais quoi qu’il en soit, la phrase restera dans le rapport, qui appar­tient aux seuls scien­ti­fiques !

 Pas d’em­ploi sur une planète morte

La recon­nais­sance par le GIEC de la « décrois­sance juste » comme alter­na­tive au dogme capi­ta­liste concur­rence-profit-crois­sance est un point d’ap­pui dans la lutte pour une autre société. Cela devrait inter­pel­ler en parti­cu­lier le mouve­ment syndi­cal. Jusqu’à présent, ses direc­tions misent sur la crois­sance, au nom de l’em­ploi. Elles s’illu­sionnent sur la possi­bi­lité d’une « tran­si­tion juste » vers un « capi­ta­lisme vert ». En réalité, il n’y a pas plus de capi­ta­lisme vert que de capi­ta­lisme social, et la « tran­si­tion » est un leurre. Les inéga­li­tés croissent en même temps que le PIB. La note de la crise écolo­gique sera salée et les possé­dant.e.s comptent bien la faire payer aux classes popu­laires. Face à la menace gran­dis­sante d’une catas­trophe écolo­gique qui sera aussi une catas­trophe sociale sans précé­dent, seule les luttes et la conver­gence des luttes peuvent nous sauver.

Il est urgent que le monde du travail s’en­gage beau­coup plus acti­ve­ment aux côtés de la jeunesse, des femmes, des peuples indi­gènes, des petits paysan.ne.s qui sont en première ligne du combat pour la planète. Cela devrait passer par une profonde réflexion stra­té­gique visant l’éla­bo­ra­tion d’un programme de réformes de struc­tures anti­ca­pi­ta­listes et anti­pro­duc­ti­vistes. Un tel programme permet­trait en effet au syndi­ca­lisme de fécon­der l’idée de la « décrois­sance juste » avec ses propres prio­ri­tés, ses propres reven­di­ca­tions, ses propres aspi­ra­tions. Notam­ment la recon­ver­sion publique et collec­tive des travailleurs/euses dans des acti­vi­tés écolo­gique­ment et socia­le­ment utiles (sans perte de salaire) et la réduc­tion massive et collec­tive du temps de travail.

Travailler moins, travailler tous et toutes, vivre mieux ! Il n’y a pas d’em­ploi sur une planète morte. Perdre sa vie à la gagner en détrui­sant la planète de nos enfants est moins que jamais une option accep­table.

Daniel Tanuro Auteur écoso­cia­liste, membre de la Gauche anti­ca­pi­ta­liste


P.-S.

• Source : à paraître sur le site de la Gauche anti­ca­pi­ta­liste (Belgique).

Notes

[1] Johan Rocks­tröm, direc­teur du Pots­dam Insti­tute, https://www.youtube.com/watch?v=iW4fPXzX1S0

[2] « 1.5 °C Degrowth Scena­rios Suggest the Need for new Miti­ga­tion Path­ways », Lorenz T. Keyßer & Manfred Lenzen, Nature Commu­ni­ca­tions, (2021)12:2676 :
https://doi.org/10.1038/s41467–021–22884–9
www.nature.com/natu­re­com­mu­ni­ca­tions

[3https://www.oxfam.org/en/press-releases/carbon-emis­sions-richest-1-set-be-30-times-15degc-limit-2030

[4] « Scien­tists Warning on Affluence », Th. Wied­mann, M. Lenzen, L.T. Keyßer, J. Stein­ber­ger, Nature Commu­ni­ca­tions (2020)11:3107
https://www.nature.com/articles/s41467–020–16941-y

[5] « Socio Econo­mic Condi­tions for Satis­fying Human Needs at low Energy Use : an Inter­na­tio­nal analy­sis of Social Provi­sio­ning ». J. Vogel, J. Stein­ber­ger, D.W. O’Neil, WF Lamb, J. Krish­na­mu­kar. Global Envi­ron­men­tal Change, 69 (2021).

[6] ibidem

[7] « El IPCC consi­dera que el decre­ci­miento es clave para miti­gar el cambio climá­tico », Revista Contexto, Juan Bordera & Fernando Prieto, 7/8/2021.

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