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Il est temps d’en­vi­sa­ger un sursis pour les brevets sur les vaccins COVID. La pandé­mie n’est pas une compé­ti­tion entre entre­prises et elle ne s’ar­rê­tera pas sans une distri­bu­tion plus équi­table des vaccins.

Nature, édito du 1er avril 2021

Jour­nal inter­na­tio­nal des sciences

Le monde a besoin d’en­vi­ron 11 milliards de doses de vaccin contre le coro­na­vi­rus pour immu­ni­ser 70% de la popu­la­tion mondiale, en suppo­sant deux doses par personne. Le mois dernier, des commandes avaient été confir­mées pour 8,6 milliards de doses, un résul­tat remarquable. Remarquable. Mais quelque 6 milliards d’entre elles seront desti­nées à des pays à revenu élevé ou moyen supé­rieur. Les pays les plus pauvres, qui repré­sentent 80 % de la popu­la­tion mondiale, ont jusqu’à présent accès à moins d’un tiers des vaccins dispo­nibles. Ce déséqui­libre s’ex­plique notam­ment par le fait que les pays riches ont pu passer d’im­por­tantes commandes à l’avance auprès du groupe rela­ti­ve­ment restreint de socié­tés qui fabriquent des vaccins, dont la plupart sont basées dans les pays riches. À moins que la fabri­ca­tion et l’ap­pro­vi­sion­ne­ment ne puissent être répar­tis plus équi­ta­ble­ment, les cher­cheurs prévoient qu’il faudra encore au moins deux ans avant qu’une propor­tion signi­fi­ca­tive de la popu­la­tion des pays à faible revenu soit vacci­née. C’est pourquoi une centaine de pays, emme­nés par l’Inde et l’Afrique du Sud, demandent aux autres membres de l’Or­ga­ni­sa­tion mondiale du commerce d’ac­cep­ter une levée limi­tée dans le temps des droits de propriété intel­lec­tuelle (PI) liés au COVID-19. Les prin­ci­paux four­nis­seurs de vaccins, font-ils valoir, devraient parta­ger leurs connais­sances afin que davan­tage de pays puissent commen­cer à produire des vaccins pour leur propre popu­la­tion et pour les nations aux reve­nus les plus faibles. Cette idée doit être envi­sa­gée sérieu­se­ment car une déro­ga­tion tempo­raire aux droits de propriété intel­lec­tuelle pour­rait contri­buer à accé­lé­rer la fin de la pandé­mie. Elle enver­rait égale­ment un message fort de la part des pays riches et des socié­tés phar­ma­ceu­tiques, à savoir qu’ils sont prêts à renon­cer à certains béné­fices pour le bien de tous. La campagne en faveur d’une déro­ga­tion tempo­raire à la propriété intel­lec­tuelle s’ap­pelle « Vaccin du peuple » et est soute­nue par des orga­ni­sa­tions non gouver­ne­men­tales, ainsi que par l’agence des Nations unies pour le VIH/sida, l’ONUSIDA. Ses parti­sans soulignent que de nombreuses entre­prises ont déjà béné­fi­cié de milliards de dollars de finan­ce­ment public, tant pour la recherche et le déve­lop­pe­ment que pour les accords d’achat anti­cipé. Et qu’une fois la pandé­mie termi­née, les protec­tions de la propriété intel­lec­tuelle seraient réta­blies. Mais l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, les pays riches et certains cher­cheurs affirment qu’un allè­ge­ment tempo­raire des brevets n’ac­cé­lé­rera pas néces­sai­re­ment la fabri­ca­tion ou l’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Ils affirment qu’il n’est pas certain que le monde dispose de capa­ci­tés de produc­tion inuti­li­sées. Même si les brevets ne s’ap­pliquaient pas, l’ob­ten­tion de tous les compo­sants du vaccin, la mise en place d’usines, la forma­tion du person­nel et l’adop­tion de lois perti­nentes – autant d’élé­ments essen­tiels à la four­ni­ture du vaccin – pour­raient prendre plus d’un an.
« Les brevets n’ont jamais été conçus pour être utili­sés lors d’ur­gences mondiales telles que les guerres ou les pandé­mies »
(…) L’ar­gu­ment le plus fort en faveur d’une déro­ga­tion tempo­raire est que les brevets n’ont jamais été conçus pour être utili­sés en cas d’ur­gences mondiales telles que des guerres ou des pandé­mies. Un brevet récom­pense les inven­teurs en proté­geant leurs inven­tions de la concur­rence déloyale pendant une durée limi­tée. Le mot clé ici est « concur­rence ». Une pandé­mie n’est pas une compé­ti­tion entre entre­prises, mais une course entre l’hu­ma­nité et un virus. Au lieu de se faire concur­rence, les pays et les entre­prises doivent faire tout leur possible pour coopé­rer afin de mettre fin à la pandé­mie. Selon Graham Dutfield, qui étudie la propriété intel­lec­tuelle dans le domaine des sciences de la vie à l’uni­ver­sité de Leeds (Royaume-Uni), il existe un précé­dent en la matière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le gouver­ne­ment améri­cain a demandé aux entre­prises et aux univer­si­tés de colla­bo­rer pour augmen­ter la produc­tion de péni­cil­line, néces­saire pour proté­ger les soldats des mala­dies infec­tieuses. Les entre­prises auraient pu faire valoir que cela affec­te­rait leurs béné­fices, mais elles ont compris la néces­sité de subor­don­ner leurs inté­rêts à l’objec­tif plus large de sauver des vies et de mettre fin à la guerre. « Pendant un certain temps, les États-Unis ont produit pratique­ment toute la péni­cil­line qui exis­tait », explique M. Dutfield. « Mais les entre­prises ne se pour­sui­vaient pas les unes les autres pour viola­tion de brevet et personne n’avait envie de rançon­ner le monde en pratiquant des prix exor­bi­tants. « Le fait que l’ad­mi­nis­tra­tion améri­caine actuelle consi­dère main­te­nant les mérites d’une renon­cia­tion à la propriété intel­lec­tuelle est impor­tant, et les autres pays devraient faire de même. Ce n’est peut-être pas la meilleure ni la seule façon d’aug­men­ter rapi­de­ment l’offre de vaccins, mais cela repré­sente un prin­cipe impor­tant. Il y a des moments où la concur­rence favo­rise la recherche et l’in­no­va­tion ; il y a aussi des moments où elle doit être mise de côté pour le bien de tous.
Traduit par Frank Prou­het (NPA, Rouen)avec www.DeepL.com/Trans­la­tor (version gratuite)

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