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La LDH, la CGT, Soli­daires, la FSU, l’Usp, etc: « Restau­rons un service public de santé d’égale qualité partout, pour toutes et tous !

4 juillet,

https://blogs.media­part.fr/patrick-baudouin/blog/040722/restau­rons-un-service-public-de-sante-d-egale-qualite-partout-pour-toutes-et-tous

Des orga­ni­sa­tions de la société civile, asso­cia­tions, syndi­cats, collec­tifs, mili­tants mutua­listes, usagères et usagers du système de santé, lancent un appel solen­nel au président de la Répu­blique et au gouver­ne­ment pour que soient prises immé­dia­te­ment des mesures pérennes afin d’évi­ter une nouvelle catas­trophe sani­taire qui nous touche­rait toutes et tous.

Patrick Baudouin

Tribune collec­tive à l’ini­tia­tive de la LDH et signée par 57 orga­ni­sa­tions

À la veille de l’été, malgré l’ul­time alerte lancée le 7 juin par les orga­ni­sa­tions de soignantes et soignants, la situa­tion du service public hospi­ta­lier, seul garant de l’éga­lité d’ac­cès aux soins, est plus inquié­tante que jamais.

La pénu­rie de soignantes et soignants s’ac­croît dans des propor­tions tota­le­ment inédites, faute d’an­ti­ci­pa­tion des besoins et suite aux démis­sions de milliers de celles et ceux qui nous ont évité la catas­trophe pendant les vagues succes­sives de Covid-19.

Certes, les soignants ont tenu bon aux pires moments de la crise sani­taire. Par profes­sion­na­lisme, par dévoue­ment, et parce que se sont parfois réduites les lourdes contraintes admi­nis­tra­tives et les déci­sions non concer­tées qu’ils subis­saient.

Les augmen­ta­tions sala­riales pour l’en­semble des person­nels soignants para­mé­di­caux obte­nues lors du « Ségur de la santé » sont restées modestes, en parti­cu­lier pour les infir­miers et infir­mières, dont la rému­né­ra­tion reste infé­rieure à la moyenne euro­péenne. Elles ne peuvent compen­ser les condi­tions de travail vite rede­ve­nues insup­por­tables. Partout, détresse et fatigue, senti­ment d’être maltrai­tés et volonté de ne pas être maltrai­tants se traduisent par des démis­sions ou des burn-out. Ce mal-être profond, aggravé par le Covid-19, s’en­ra­cine dans la logique de renta­bi­lité à l’œuvre depuis des décen­nies.

Le résul­tat ? Partout, des ferme­tures tempo­raires de services s’ajoutent aux ferme­tures défi­ni­tives déci­dées par les gestion­naires, qui avaient conti­nué même pendant la pandé­mie ! Un service sur cinq est ainsi menacé de fermer pendant l’été : un pic de décès est à craindre, d’au­tant que l’été risque d’être cani­cu­laire et qu’un rebond pandé­mique n’est pas exclu.

Ces ferme­tures menacent toutes les spécia­li­tés. Comme le Covid-19, elles occa­sion­ne­ront des dépro­gram­ma­tions, avec des réper­cus­sions sur la prise en charge des soins durables, des cancers, des mala­dies chro­niques et du grand âge. Elles touche­ront de plein fouet les services d’ur­gence, y compris dans des terri­toires sous-dotés, notam­ment ruraux et de péri­phé­rie, mal desser­vis par les trans­ports collec­tifs et deve­nus aussi des « déserts médi­caux » faute de méde­cins libé­raux ou de centres de santé locaux. Elles contri­bue­ront à creu­ser encore les inéga­li­tés terri­to­riales d’ac­cès aux soins, qui pèsent parti­cu­liè­re­ment sur les personnes socia­le­ment les plus fragiles – dont les personnes exilées déjà trau­ma­ti­sées par ce qu’elles ont vécu, en parti­cu­lier celles arri­vant de pays en guerre – aux moyens de loco­mo­tion réduits, en accrois­sant les distances et donc le temps néces­saire pour accé­der à des soins parfois vitaux !

Aucune leçon ne semble avoir été tirée de la crise sani­taire et des nombreuses études, dont un rapport du Conseil écono­mique, social et envi­ron­ne­men­tal (Cese), sur la dégra­da­tion du système hospi­ta­lier. La Haute auto­rité de santé a pour­tant lancé un cri d’alarme dès le 31 mars et le direc­teur géné­ral de l’As­sis­tance publique – Hôpi­taux de Paris (AP-HP) a récem­ment annoncé sa démis­sion.

Cette hémor­ra­gie qui affecte autant les méde­cins que les soignants para­mé­di­caux doit d’ur­gence être stop­pée. Le brico­lage et les expé­dients (appel aux retrai­tés, aux étudiants, filtrage des urgences, multi­pli­ca­tion des heures supplé­men­taires, recours à des méde­cins vaca­taires « merce­naires » surpayés) doivent cesser. Ils ont montré leurs limites, voire leurs effets pervers, puisqu’ils accroissent encore le décou­ra­ge­ment des titu­laires, astreints encore plus souvent aux gardes de nuit et de week-end.

Nous, orga­ni­sa­tions de la société civile, asso­cia­tions, syndi­cats, collec­tifs, mili­tants mutua­listes, usagères et usagers du système de santé, lançons un appel solen­nel au président de la Répu­blique et au gouver­ne­ment pour que soient prises immé­dia­te­ment des mesures pérennes afin d’évi­ter une nouvelle catas­trophe sani­taire qui nous touche­rait toutes et tous.

Il en va de notre droit à toutes et tous de béné­fi­cier grâce au service public d’un accès égal à des soins d’égale qualité en tout point du terri­toire.

Il faut au plus vite endi­guer les départs, mais aussi faire reve­nir celles et ceux qui sont partis : ce sont les seules personnes formées immé­dia­te­ment en capa­cité de prodi­guer des soins de haut niveau. Créer les condi­tions de ce retour suppose de :

  • démo­cra­ti­ser la gouver­nance à tous les éche­lons, en asso­ciant soignants et patients aux déci­sions dans tous les établis­se­ments et en donnant la prio­rité abso­lue à l’amé­lio­ra­tion des condi­tions de travail de tous les person­nels, pour des soins de qualité respec­tueux de la dignité des patients;
  • reva­lo­ri­ser plus substan­tiel­le­ment les salaires des soignants, toujours infé­rieurs aux moyennes euro­péennes ;
  • respec­ter les droits de l’en­semble des soignants à des condi­tions de vie correcte en parti­cu­lier en respec­tant leur repos hebdo­ma­daire, droit devant être étendu aux internes, ainsi qu’à une vraie recon­nais­sance de leur travail, y compris pour les méde­cins à diplôme hors Union euro­péenne et espace écono­mique euro­péen ;
  • arrê­ter toutes les ferme­tures d’éta­blis­se­ments, de services et de lits, à rouvrir où c’est néces­saire ;
  • stop­per la sous-trai­tance à des entre­prises privées –  « l’ex­ter­na­li­sa­tion » – des services impliquant un contact avec les patients, qui néces­sitent un person­nel formé et stable (restau­ra­tion, entre­tien des chambres, image­rie, labo­ra­toi­re…).

Par-delà les mesures immé­diates, sauver l’hô­pi­tal public implique une réelle et vaste concer­ta­tion avec tous les acteurs, qui doit débou­cher sur un grand programme natio­nal prévoyant :

  • des recru­te­ments massifs, ados­sés à une ambi­tieuse poli­tique de forma­tion ;
  • les finan­ce­ments adéquats pour faire face aux besoins et l’aban­don du primat donné à la renta­bi­lité ;
  • un poids accru aux instances locales et régio­nales de démo­cra­tie sani­taire pour l’ana­lyse des besoins en santé ;
  • le retour progres­sif dans le service public des pres­ta­tions exter­na­li­sées, en valo­ri­sant le travail d’équipe au service des patients.

 Nous appe­lons paral­lè­le­ment à déve­lop­per un plan d’ac­tion ambi­tieux sur l’en­semble des déter­mi­nants de santé en amont du soin, en portant une atten­tion parti­cu­lière à la santé envi­ron­ne­men­tale et à la préven­tion tout parti­cu­liè­re­ment des zoonoses. Ce plan permet­trait de dimi­nuer la pres­sion s’exerçant sur l’hô­pi­tal. Il pour­rait s’ins­pi­rer notam­ment des recom­man­da­tions de l’Avis sur les inéga­li­tés sociales de santé adopté à l’una­ni­mité par la Commis­sion natio­nale consul­ta­tive des droits de l’Homme (CNCDH) en février 2022.

Parmi les premières orga­ni­sa­tions signa­taires :

Act Up-Paris, AMUF (Asso­cia­tion des méde­cins urgen­tistes de France), APF France  Handi­cap, APH (Action Prati­ciens Hôpi­tal), Attac France,

CGT (Confé­dé­ra­tion Géné­rale du Travail), CIB (Collec­tif inter-blocs), CIH (Collec­tif inter-hôpi­taux), CIU (Collec­tif inter urgences), , Confé­dé­ra­tion des Prati­ciens des Hôpi­taux,

FMF (Fédé­ra­tion des mutuelles de France), FSU (Fédé­ra­tion Syndi­cale Unitaire),

LDH (Ligue des droits de l’Homme),

OTMeds (Obser­va­toire pour la Trans­pa­rence dans les poli­tiques du médi­ca­ment), OXFAM France, Prin­temps de la Psychia­trie avec Collec­tif des 39 et Le Fil Conduc­teur (asso­cia­tion de parents et patients pour une psychia­trie humaine),

Sciences citoyennes, SMG (Syndi­cat de la méde­cine géné­rale), SNMPMI (Syndi­cat natio­nal des méde­cins de PMI), SPH (Syndi­cat des psychiatres des hôpi­taux), SUD Fédé­ra­tion Santé Sociaux,

USP (Union Syndi­cale de la Psychia­trie), Union syndi­cale Soli­daires.

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