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Le ministre de l’In­té­rieur, Gérard Colomb, donne aujourd’­hui ses consignes à la psychia­trie

Le Ministre de l’In­té­rieur Gérard Collomb a déclaré qu »‘il voulait que les psychiatres colla­borent avec ses services pour établir des proto­coles de dépis­tage des diha­distes parmi les consul­tant.e.s des psychiatres, à l’hô­pi­tal et en ville. De nombreuses protes­ta­tions se sont élevées dans le champ de la psychia­trie. Voici le commu­niqué daté du 29 août produit par l’Union syndi­cale de la psychia­trie, en réponse à celui qui est un ministre à la con, pour reprendre le concept promu il y a peu par François Ruffin, député d’Amiens de la France insou­mise;

PB, 30–8–2017

 

« Quelle place ont le ministre de la Santé et le président du Comité natio­nal de santé mentale dans cette injonc­tion ? Le ministre de l’In­té­rieur s’ap­puie pour le faire sur une étude épidé­mio­lo­gique inédite qui affirme qu’en­vi­ron un tiers des 17000 personnes fichées « S » présentent des troubles psycho­lo­giques, à partir de laquelle il nous livre son diagnos­tic : « délire autour de la radi­ca­li­sa­tion isla­mique ». Il prend en exemple l’homme qui a tué une femme avec une four­gon­nette ces derniers jours à Marseille. Pour­tant la justice ne retient pas le motif terro­riste pour cet homi­cide. Mais les enquê­teurs parlent de « piste psychia­trique », ce qui suffit pour le discours approxi­ma­tif et mani­pu­la­teur du ministre. Il parle alors d’un « esprit faible » ayant agi par « mimé­tisme » avec les tueurs de Daesh à Barce­lone. Parler de personnes ayant des troubles mentaux de cette manière est arro­gante – esprit faible – est insup­por­table. Sachant que les personnes concer­nées ignorent très géné­ra­le­ment être fichées, nous nous inter­ro­geons sur la nature de l’enquête de ses services qui amène le ministre à parler ainsi, et nous en atten­dons la publi­ca­tion avec impa­tience !

 

Le pire n’est jamais sûr, mais là c’est le ministre de l’In­té­rieur qui le met en œuvre ! A partir de son diagnos­tic, il pres­crit une conduite à tenir aux psychiatres : mettre en place des proto­coles pour iden­ti­fier les « profils qui peuvent passer à l’acte ». Depuis que les études sont menées sur les adeptes en France de Daesh, on sait qu’il n’y a pas de profil, et que dans la majo­rité des cas il n’y a que des jeunes en petit groupe fermé qui s’orientent ensemble vers une action terro­riste, même si la réali­sa­tion en est soli­taire. Le ministre, cepen­dant, croit pouvoir préci­ser que le profil psychia­trique est à recher­cher parmi les « indi­vi­dus qui souffrent de troubles psychia­triques « graves ». Et pour cela, les psychiatres, en insti­tu­tion comme en ville, devraient « colla­bo­rer » (sic) avec la police.

 

La compé­tence des psychiatres n’est pas d’être des fonc­tion­naires de police, mais cela n’em­pêche pas le ministre de les inter­pel­ler comme tels .Une telle confu­sion, de la part d’un des plus haut respon­sable de l’Etat, ne fait que mettre en évidence la situa­tion des insti­tu­tions psychia­triques, déjà souvent catas­tro­phique à la suite de déci­sions sécu­ri­taires des derniers quinquen­nats et des mesures d’aus­té­rité impo­sées par les diffé­rents gouver­ne­ments depuis 20 ans. Les restruc­tu­ra­tions conti­nues, le manque de person­nel quali­fié qui en résultent ont des effets cumu­la­tifs néga­tifs sur une rela­tion de confiance qui permette d’an­ti­ci­per d’éven­tuels passages à l’acte. D’ailleurs, les violences dans les services sont de plus en plus fréquentes, ce qui ne fait pas l’objet de l’at­ten­tion du ministre de l’In­té­rieur.

 

C’est le moment pour notre syndi­cat de redire, après tant d’autres fois, que les terro­ristes ayant frappé en France sont des groupes sans anté­cé­dents psychia­triques, et que les actes soli­taires sont impré­vi­sibles et ne s’an­noncent pas au psychiatre ! Cela rejoint ce que toutes études démontrent : les « malades mentaux » commettent moins, en propor­tion, de violences que la popu­la­tion géné­rale. Psychiatres et soignants en psychia­trie, nous fûmes nombreux à le rappe­ler fin 2008 à Nico­las Sarkozy, alors président de la Répu­blique, lorsqu’il imposa que les insti­tu­tions psychia­triques se conforment à ses exigences sécu­ri­taires. Il y a une étrange conti­nuité des gouver­ne­ments sur ce plan, bien détes­table conti­nuité ! Nous assis­tons ainsi à une réci­dive de stig­ma­ti­sa­tion d’État de ces personnes en grande vulné­ra­bi­lité au nom d’actes terro­ristes !

 

Et puis, qui imagine que parmi des personnes prépa­rant en groupe un atten­tat, l’un va confier son projet à un psychiatre ? Même un ministre de l’In­té­rieur peut comprendre que cela est très peu probable, et même dans cette hypo­thèse, quel profes­sion­nel de la psychia­trie ne ferait pas appel à la Loi ? Car celle-ci prévoit que les patients qui repré­sentent une menace pour l’ordre public et sont hospi­ta­li­sés dans ce cadre, sont suivis sous contrôle des préfets et des juges. La Loi prévoit égale­ment que « Quiconque pouvant empê­cher par son action immé­diate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit » sera pour­suivi ; et c’est une situa­tion où le secret médi­cal n’est plus oppo­sable.

Les lois actuelles imposent donc déjà ces signa­le­ments, dans les cas évoqués par le ministre.

 

Défendre notre éthique soignante et notre respon­sa­bi­lité légale est donc d’’af­fir­mer qu’en aucun cas, nous ne parti­ci­pe­rons à un proto­cole de dépis­tage de terro­riste. Si ce proto­cole voyait le jour, ce serait sans nous et contre nous.

 

C’est un appel à la résis­tance que nous adres­sons ici à nos collègues, et nous rejoi­gnons ceux qui nombreux ont déjà exprimé leur colère. »

 

Union Syndi­cale de la Psychia­trie

52 rue Gallieni, 92240 Mala­koff

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