Les deux salo­pards ou les amis du salo­pard de Moscou ne sont pas mes amis

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Les deux salo­pards ou les amis du salo­pard de Moscou ne sont pas mes amis

Soutien à l’Ukraine résis­tante (Volume 37)

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus [1]. »
« Ne demande pas ton chemin à qui le connaît car tu ne pour­rais pas t’éga­rer [2]. »

(…)

Rappe­lons-nous, hier, certains ne voulaient pas mourir pour Dant­zig. Pour d’autres, mieux valait Hitler que le Front popu­laire. Le mélange des deux allait être explo­sif. Personne n’avait voulu non plus mourir pour Prague. C’est ainsi que Munich fut, un temps fugace, la capi­tale de l’Eu­rope de la paix. De la paix hitlé­rienne. Il ne fallait d’ailleurs pas non plus livrer d’armes à l’Es­pagne parce que ça aurait pu provoquer une guerre mondiale.

Munich. Neville Cham­ber­lain et Édouard Dala­dier y avait sacri­fié la Tché­co­slo­vaquie aux appé­tits nazis. Le chef de l’em­pire britan­nique n’avait pas hésité à décla­rer que le Führer était « un homme sur qui l’on peut comp­ter lorsqu’il a engagé sa parole ».

Aujourd’­hui, dans certains cercles atta­chés à la paix, on se prend à espé­rer que le salo­pard de Washing­ton, le seul le vrai, satis­fera aux desi­de­rata de son ami Poutine, en asphyxiant et en aveu­glant la défense ukrai­nienne.

La paix vaut bien une messe
On ne manquera pas, en France, de convoquer les mânes de Jean Giono pour qui tout était bon « pour sauver la paix », par exemple un « arran­ge­ment équi­table » ou un « nouveau statut euro­péen abou­tis­sant à la neutra­li­sa­tion de l’Ukraine [4] ». L’Ukraine ? Mais non, ballot, c’est de la Tché­co­slo­vaquie dont il s’agis­sait… C’est encore ce brave homme du terroir bien de chez nous [5] qui se propo­sait de rencon­trer Hitler « au milieu des champs » pour lui propo­ser de prendre « l’ini­tia­tive d’un désar­me­ment géné­ral, univer­sel ».

(…)

Nous ouvrons cette 37e livrai­son de Soutien à l’Ukraine résis­tante par trois voix. Les deux premières nous viennent de l’in­té­rieur des puis­sances de l’Axe. La troi­sième nous vient du pays où, comme l’écrit Yana Bonda­reva, « la défense de notre pays fait partie de la lutte pour la justice sociale ».

L’Amé­ri­cain Peter Hudis nous rappelle que l’Ukraine reste « une pierre de touche de la poli­tique mondiale » et que si les deux crapules « parviennent à réduire son combat pour l’au­to­dé­ter­mi­na­tion », il sera alors plus diffi­cile de faire avan­cer les luttes pour la liberté ailleurs.

De leur côté, nos amis russes de la revue Posle insistent sur le sens de la rencontre entre « les repré­sen­tants de puis­sances mili­taires » qui discutent « de la divi­sion du terri­toire d’un autre pays et de ses richesses natu­relles ». Cet événe­ment, écrivent-ils, « rappelle les événe­ments les plus honteux et injustes du passé, tels que les partages de la Pologne à la fin du 18e siècle ou le pacte de Munich de 1938 ».

Ensuite, Viat­che­slav Likhat­chev, qui est ukrai­nien, invite les oublieux à prendre en compte une expé­rience histo­rique parta­gée par les peuples d’Eu­rope orien­tale : celle du knout russe et de l’op­pres­sion natio­nale.

Hinkel danse avec une mappe­monde
(
Le Dicta­teur, Char­lie Chaplin)
Cette 37e livrai­son de Soutien à l’Ukraine résis­tante fait en partie réson­ner la géogra­phie mondiale : Munich, Prague, Kyiv, Lisbonne, Bruxelles, Dant­zig, Moscou, Paris, Buda­pest, New York, Londres, Varso­vie, Panama, Pékin, Gaza, Madrid, Rome, Belgrade, Zimmer­wald, Damas, Berlin, Hanoï, Kien­thal, Toronto, Nuuk…

Les Brigades édito­riales ont la faiblesse de croire qu’elles dessinent, numéro après numéro, les contours d’une alliance inter­na­tio­nale qui aurait aujourd’­hui et demain l’Ukraine au cœur, comme d’autres, hier, avaient l’Es­pagne au cœur.

Ce sont en effet Denys et Ivanka, Taras et Katia, Iouri et Nina, Vitali et Svet­lana, Vlady­slav et Victo­riia, Maksim et Sacha et les autres qui portent aussi l’ave­nir de nos propres combats. Dans les tran­chées, aux commandes des drones, au volant des ambu­lances, devant leur ordi­na­teur et leur établi, en lutte contre les oligarques et l’ad­mi­nis­tra­tion, dans les abris, à l’usine, au bureau et dans l’ar­mée, ils et elles déclinent une pratique poli­tique et sociale arti­cu­lant, disons-le à nouveau, ce qu’on pour­rait consi­dé­rer comme des pièces essen­tielles d’un programme de l’éman­ci­pa­tion du 21e siècle (avec d’autres, évidem­ment). De plus, tout en critiquant et combat­tant vigou­reu­se­ment la poli­tique sociale et écono­mique de leur gouver­ne­ment, ils et elles le soutiennent en même temps contre l’en­va­his­seur et le pouti­nisme.

Ils et elles savent que la dialec­tique peut casser des briques.

[1] J. J. R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux.
[2] Nach­man Bras­law, rabbin ukrai­nien.
[3] À savoir, écrit Piero Bernoc­chi, « donner à la Russie un tiers du terri­toire ukrai­nien, déman­te­ler son armée, ne pas lui permettre de rece­voir d’aide étran­gère – et dicta­to­riales – […] impo­ser des élec­tions pour évin­cer Zelensky, dûment élu par près de 80% de la popu­la­tion » Piero Bernoc­chi, « La pax puti­niana vuole imporre la resa e la disgre­ga­zione dell’U­craina », Bres­cia anti­ca­pi­ta­lista.
[4] Jour­nal, septembre 1938.
[5] Jean Giono avait au moins l’ex­cuse d’être sorti des tran­chées meur­tri au plus profond de lui-même.
[6] J’ai bien conscience que cette allu­sion est très franco-française mais je suis malheu­reu­se­ment certain qu’elle se décline dans diffé­rents contextes natio­naux.

Patrick Silber­stein
Patrick Silber­stein est membre des Brigades édito­riales de soli­da­rité et du Comité français du RESU.
Télé­char­ger ce numéro de 138 pages : Soutien à l’Ukraine résis­tante, n°37
https://www.syllepse.net/syllepse_images/soutien-a—lu­kraine-re–sis­tan­te–n-deg-37_compres­sed.pdf

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