Aller au contenu

« Les masques tombent! »

Nous ne sommes pas des admi­ra­teurs du Conseil de l’Ordre des méde­cins et des autres Ordres profes­sion­nels, dont les tradi­tions corpo­ra­tistes sont anciennes. Cepen­dant ce message par sa viru­lence mérite d’être lu. Des forces plutôt favo­rables à un conser­va­tisme social s’op­posent à ce gouver­ne­ment inca­pable.

PB, 4–5–2020

Notre pays connait une crise sani­taire sans précé­dent. Un état de guerre suivant les mots du Président de la Répu­blique. Comme en 1870, il ne devait pas manquer un bouton de guêtre à nos combat­tants. On a vu ce qu’il en a été. Des soignants désem­pa­rés par le manque d’équi­pe­ment de base et notam­ment les masques. Nos soignants de la première ligne ont dû faire face à la pénu­rie.

Une mobi­li­sa­tion géné­rale a été orga­ni­sée pour essayer d’amé­lio­rer la situa­tion des personnes les plus expo­sées. Tous les profes­sion­nels de santé ont dû faire face à l’inquié­tude. La leur, de devoir assu­rer leur mission, au nom de l’idéal de santé publique qu’ils défendent. Celle qu’ils ressen­taient inten­sé­ment pour leur entou­rage proche avec cette crainte perma­nente d’être porteur d’une conta­mi­na­tion pour ceux qui leur sont chers. Et celles enfin de leurs patients à qui il a fallu expliquer sans relâche qu’on n’avait pas les moyens de les proté­ger comme il le faudrait, soit le contraire même de ce qui fonde nos métiers. Coura­geu­se­ment, l’en­semble des profes­sion­nelsde santé ont soutenu et assu­mé­sans faiblir cette ligne. Oubliant les insultes, les procès en irres­pon­sa­bi­lité ou incom­pé­tence, les vindictes anonymes ou, peut-être pire encore, celles qui ne le sont pas, ils ont tenu la tran­chée.

Aujourd’­hui, la conster­na­tion s’al­lie au dégoût.Toute guerre a ses profi­teurs. C’est malheu­reu­se­ment une loi intan­gible de nos conflits. Comment s’ex­pliquer que nos soignants n’aient pas pu être dotés de masques quand on annonce à grand renfort de commu­ni­ca­tion tapa­geuse des chiffres sidé­rants de masques vendus au public par certains circuits de distri­bu­tion.Où étaient ces masques quand nos méde­cins, nos infir­miers, nos phar­ma­ciens, nos chirur­giens-dentistes, nos masseurs-kiné­si­thé­ra­peutes, nos pédi­cures-podo­logues, nos sages-femmes­mais aussi tous nos person­nels en prise directe avec la mala­die trem­blaient et tombaient chaque matin? Comment nos patients, notam­ment les plus fragiles, à qui l’on expliquait jusqu’à hier qu’ils ne pour­raient béné­fi­cier d’une protec­tion adap­tée, vont-ils comprendre que ce qui n’exis­tait pas hier tombe à profu­sion aujourd’­hui? 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux? C’est la suren­chère de l’in­dé­cence. Nul n’au­rait repro­ché à des circuits de distri­bu­tion grand public de distri­buer des masques grand public. C’était là un complé­ment essen­tiel qui serait venu complé­ter utile­ment l’ar­se­nal de défense contre le virus. Derrière le masque, se trouve le vrai visage. Nous, nous garde­rons celui de la dignité. Celui-ci ne se retrou­vera dans aucun rayon­nage. L’heure vien­dra, nous l’es­pé­rons, de rendre des comptes. En atten­dant, nous allons pour­suivre notre mission de profes­sion­nels de santé, car c’est notre enga­ge­ment. Avec néan­moins l’amer­tume de se dire que la respon­sa­bi­lité n’est pas la mieux parta­gée de toutes les vertus.

Signa­taires: Patrick BOUET, Président du Conseil Natio­nal de l’Ordre des Méde­cins

Anne-Marie CURAT, Prési­dente du Conseil Natio­nal de l’Ordre des Sages-Femmes

Patrick CHAMBOREDON, Président du Conseil natio­nal de l’Ordre des Infir­miers

Serge FOURNIER, Président du Conseil Natio­nal de l’Ordre des Chirur­giens-Dentistes

Pascale MATHIEU, Prési­dente du Conseil Natio­nal de l’Ordre des Masseurs-Kiné­si­thé­ra­peutes

Eric PROU, Président duCon­seil Natio­nal de l’Ordre des pédi­cures-podo­logues

Carine WOLF-THAL, Prési­dente du Conseil natio­nal de l’Ordre des phar­ma­ciens

Billets en relation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.