29 avril 2026

L’humanité de demain se construit par l’accueil des migrants aujourd’hui

Appel national pour des « états généraux des migrations »signé par de nombreuses associations dont DNSI.

18 décembre 2017

En cette journée internationale des migrants, nous pensons à ces milliers d’enfants,

de femmes et d’hommes qui ont péri en Méditerranée, dans le désert, ou en

captivité, alors qu’ils avaient entrepris un voyage pour une vie meilleure, plus sûre

et plus digne, comme tout être humain peut la désirer. Hommage à tous ces exilés

qui ont dû risquer leur vie à cause de plusieurs décennies de politiques des pays les

plus riches qui ont rendu les routes de l’exil impraticables et périlleuses.

En cette journée mondiale des migrants, nos pensées se portent également vers

tous et toutes ces citoyens et citoyennes engagé⋅e⋅s qui, en France, en Europe et

dans le monde, pensent qu’accueillir les personnes migrantes, manifester de la

solidarité envers elles, c’est construire l’humanité d’aujourd’hui et le monde de

demain.

Les obstacles mis sur les routes des migrants font le jeu des profiteurs de malheur,

qui sèment le trouble et la terreur en se livrant au trafic d’êtres humains, au racket

et à l’esclavage. Ces maux doivent être dénoncés et combattus. Or l’arsenal

répressif déployé aveuglément par les gouvernements européens frappe du même

coup les personnes migrantes, renforçant encore la nécessité pour elles de recourir

à des réseaux criminels.

La France est en première ligne de ce mauvais combat. Une proposition de loi

actuellement en discussion au parlement permettrait la rétention administrative

anticipée des personnes « dubliné.e.s »1, puis, début 2018, un projet de loi sur

l’immigration et l’asile risque d’accroître encore le dispositif de répression à

l’encontre de l’ensemble des étrangers. Sans attendre l’adoption de ces réformes, le

ministre de l’Intérieur, via une circulaire en date du 20 novembre, a exhorté les

préfets à obtenir des résultats rapides en matière d’expulsion de personnes en

situation irrégulière. Pour ajouter encore au caractère inacceptable de cette

politique, d’autres mesures sont envisagées qui remettraient en question le principe

de l’accueil inconditionnel dans les structures d’hébergement d’urgence, et

viseraient à contraindre les acteurs associatifs opérant dans ces centres à participer

au tri entre « bons » et « mauvais » migrants.

(1 On utilise cette expression pour désigner les personnes « placées en procédure Dublin », c’est-àdire que le règlement européen Dublin III autorise à renvoyer dans l’État de l’UE par lequel elles ont transité avant d’arriver en France.)

L’action extérieure de la France est à l’avenant. Le Président Macron s’indigne du

traitement des migrants détenus en Libye, et des marchés aux esclaves, qu’il feint

de découvrir quand les ONG alertent sur leur existence depuis plusieurs années.

Mais ni la France ni l’Europe n’envisagent de renoncer à financer les « autorités »

libyennes pour qu’elles continuent de bloquer les migrants, et donc à fermer les

yeux sur les violences et les trafics dont elles se rendent de fait complices.

L’argumentaire est toujours le même : la France, comme l’Europe, ne peut pas

accueillir toute la misère du monde… Sauf que « toute la misère du monde » n’a

aucunement l’intention de venir en France ou en Europe ! Les chiffres l’attestent

clairement. Entêtées dans cette logique manichéenne de tri, les autorités des pays

européens refusent d’admettre que les causes des migrations sont multiples, et

d’envisager, en conséquence, que les critères pour accueillir et accorder une

protection le soient aussi.

Dans nos actions de terrain, nous, associations et organisations citoyennes,

constatons quotidiennement les conséquences de ces orientations : maltraitance

des migrants, violation de leurs droits fondamentaux, criminalisation des bénévoles,

affaiblissement des principes guidant le travail social et la protection des personnes

les plus fragiles, et donc les fondements mêmes de la solidarité nationale.

Cette politique se développe sans concertation large avec les centaines

d’associations locales, collectifs citoyens ou organisations nationales qui travaillent

aux côtés des personnes migrantes. En dépit de nos demandes, le gouvernement se

barricade derrière ses certitudes, se limitant à quelques rencontres avec certains

acteurs pour les informer de ses décisions et confirmer son choix de pratiques

démagogiques, au demeurant dénuées de réalisme, érodant chaque jour un peu

plus nos chances de construire un futur fait de droits, de solidarité et de respect.

Dans ce contexte plus qu’inquiétant, nous avons pris l’initiative, le 21 novembre, de

lancer les « États généraux des Migrations ». D’abord marqués par des rencontres

en régions de tous les acteurs citoyens impliqués, les idées et propositions qui en

émergeront seront ensuite discutées à l’occasion d’une session nationale plénière

prévue au printemps prochain. Notre objectif est de faire ressortir des

revendications communes et des propositions concrètes pour une autre politique

migratoire, respectueuse des droits fondamentaux.

Ce 18 décembre, en soutien à tous et toutes les migrant⋅e⋅s, nous sommes

fermement décidés à promouvoir un changement radical qui mette un terme à ces

politiques migratoires aux conséquences humaines dramatiques.

 

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