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Libé­ra­tion. Mélen­chon : « Un type nouveau de régime auto­ri­taire »

Pour le leader de La France insou­mise, le gouver­ne­ment macro­niste cumule les abus de pouvoir, notam­ment dans sa gestion de l’épi­dé­mie de coro­na­vi­rus, et met en place un type nouveau de régime auto­ri­taire.

Tribune. Comment en est-on arrivé là ? Ou a été établi le plan de confi­ne­ment ? « En Conseil de défense », a déclaré le porte-parole du gouver­ne­ment. On ne saura donc ni pourquoi ni comment ont été prises les déci­sions que le gouver­ne­ment a reco­pié sans discu­ter. Car l’ordre du jour et les conclu­sions de ce conseil sont « secret-défense ». Qui ouvre la bouche à l’ex­té­rieur encourt des sanc­tions pénales. Mais de quel droit la pandé­mie est-elle trai­tée là ? Car le code de la défense prévoit de façon bien précise les attri­bu­tions de ce conseil. Rien que du mili­taire. D’ailleurs sur huit membres, il y a quatre des plus hauts respon­sables de l’ar­mée et du rensei­gne­ment ainsi que la ministre de la Défense. Ce Conseil de défense décide des plans d’ac­tion contre l’épi­dé­mie. Pour­tant il n’y siège aucun expert des ques­tions médi­cales. Ce conseil a aussi tran­ché sur les conclu­sions de la Conven­tion citoyenne pour le climat. Il trai­tera aussi, a-t-on annoncé, de la loi à propos du prétendu sépa­ra­tisme musul­man.

La stra­té­gie du choc

Autant d’abus de pouvoir. Ils couronnent une évolu­tion visible de la macro­nie. Doré­na­vant c’est l’ex­tinc­tion métho­dique des liber­tés indi­vi­duelles et collec­tives. Le gouver­ne­ment vous dit quand vous pouvez sortir de chez vous et quand vous rentre­rez. Il décide de l’heure limite de votre repas si vous vous le faites livrer. Il ne vous permet pas de pratiquer votre reli­gion en réunion mais vous auto­rise le super­mar­ché et le jogging. Il décide aussi du nombre des assis­tants aux funé­railles. « C’est le Covid vous dis-je ! » Non c’est la stra­té­gie du choc décrite par Naomie Klein. Sous l’ef­fet de sidé­ra­tion, l’ex­ten­sion sans fin et sans contrôle des pouvoirs du président a pris l’air d’une évidence. Au point qu’un ministre de la Santé peut trou­ver normal de hurler aux dépu­tés qui lui tiennent tête dans l’hé­mi­cycle : « Sortez d’ici. » A-t-il entendu Mira­beau lui répondre ? Sous prétexte de virus, encore des violences contre les sala­riés. La macro­nie a déjà supprimé les comi­tés d’hy­giène, de sécu­rité et des condi­tions de travail dans les entre­prises et a intro­duit dans l’état d’ur­gence sani­taire des ordon­nances auto­ri­sant un piéti­ne­ment géné­ral des droits acquis. Toute restric­tion au travail du dimanche est levée et l’em­ployeur peut aussi déci­der du moment de vos vacances et RTT, de dimi­nuer la durée de la pause repas, et celle entre deux jours de travail de douze à neuf heures. Mais il peut aussi rallon­ger de douze heures le maxi­mum hebdo­ma­daire euro­péen de quarante-huit heures. Qui refuse ces modi­fi­ca­tions cruciales pour la vie quoti­dienne de sa famille peut être licen­cié à ses dépens.

Le choc conta­mine tous les domaines. Ainsi quand le ministre de l’Edu­ca­tion natio­nale, repre­nant les pires affa­bu­la­tions de l’ex­trême droite, prétend exer­cer un contrôle sur les recherches en socio­lo­gie à propos du recou­pe­ment des discri­mi­na­tions ! La liberté de réunion est anéan­tie comme celle de mani­fes­ter. De tous côtés le fichage et les fichiers : sani­taire, compor­te­men­tal, géné­tique, et la pers­pec­tive de leur usage croisé. Pluie d’amendes pour qui déso­béit. Matraquage, muti­la­tions, gaz et condam­na­tions à la chaîne pour les récal­ci­trants : 1 000 gilets jaunes condam­nés à de la prison ferme, 32 ébor­gnés, 90 perqui­si­tions contre les décro­cheurs de portrait du Président. Instru­men­ta­li­sa­tion de la justice dans les règle­ments de compte poli­tique du parti au pouvoir : la bruta­lité et l’abus de pouvoir sont deve­nus la règle. Et voici qu’ar­rive encore une loi d’ini­tia­tive macro­niste sur « la sécu­rité globale ». Son but est une surveillance accrue de la vie privée avec les drones et la recon­nais­sance faciale par caméra. Mais il s’agit aussi d’ab­soudre par avance les violences poli­cières en les rendant impos­sibles à prou­ver par des images. Ce nouveau délire vient après sept lois en trois ans de suren­chère. Droit de censure des réseaux sociaux, durcis­se­ment du fonc­tion­ne­ment de la justice (avec un record histo­rique de censure du Conseil consti­tu­tion­nel), entrave des lanceurs d’alerte sous prétexte de secret des affaires. Tout a été bon aussi contre le droit d’asile et les condi­tions de réten­tion des réfu­giés de l’im­mi­gra­tion en Médi­ter­ra­née. Certes il y a déjà eu une infla­tion sidé­rante de lois sur la sécu­rité depuis trente ans : 16 lois contre le terro­risme, 32 lois sur la lutte contre la délinquance, 21 lois sur l’im­mi­gra­tion. Et jamais le moindre bilan d’au­cune d’entre elles.

Préjugé tech­no­cra­tique

Mais le régime macro­niste a fait de ce qui était une compul­sion élec­to­ra­liste une méthode et un projet assumé. En témoigne le projet de réduire le nombre des parle­men­taires après avoir déjà réduit leurs pouvoirs à force d’or­don­nances et de nouveau règle­ment de l’As­sem­blée natio­nale. En témoignent les outrances verbales des porte-parole macro­nistes. Certes il y a un effet de concur­rence pour récu­pé­rer les thèmes de Mme Le Pen dans l’es­poir de lui prendre aussi des voix.

Ainsi un régime auto­ri­taire de type nouveau s’est mis en place. Il s’en­ra­cine dans le préjugé tech­no­cra­tique pour qui toute discus­sion est une perte de temps. Il se nour­rit du mépris de classe des parve­nus à l’égard des gens de « rien ». Il se justi­fie par une vision aber­rante de la France comme start-up dont le génial PDG, enfant prodige, traver­se­rait sans dommage le pont d’Ar­cole trois fois par jour. Il se traduit par le plus violent recul des liber­tés depuis l’Oc­cu­pa­tion. Il a son dogme : main­te­nir dans la tempête un système écono­mique qui épuise l’homme et la nature. Périsse la civi­li­sa­tion humaine plutôt qu’une fortune immo­rale. Oui, une nouvelle façon de vivre nous est impo­sée de force : en dessous d’un certain seuil de reve­nus et de mètres carrés dispo­nibles, il faut survivre, sans rites humains, sans sorties, sans vie cultu­relle, sans vie sociale. La mort par Covid perma­nent et terro­risme épiso­dique serait instal­lée dans nos foyers. Elle a été rendue maîtresse de nos vies qui en étaient le refus.Jean-Luc Mélen­chon député des Bouches-du-Rhône, président du groupe LFI à l’As­sem­blée

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