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Mani­fes­ta­tion à Paris le 10 novembre contre l’is­la­mo­pho­bie. Une campagne de presse hostile, des prises de posi­tion coura­geuses, un premier bilan.

ce dimanche a eu lieu à Paris une impor­tante mani­fes­ta­tion contre l’is­la­mo­pho­bie. Une campagne de presse a tenté d’ôter toute lé »giti­mité ce rassem­ble­ment Voici ce que dit l’as­so­cia­tion Acri­med:

Ensemble!, France insou­mise, le Npa, y parti­ci­paient derrière de nombreuses asso­cia­tions dont la Ligue des droits de l’homme.

https://www.acri­med.org/Isla­mo­pho­bie-la-suren­chere-complice-des-medias

Citons le texte du député FI et PG, Eric Coque­rel paru à la veille de cette mani­fes­ta­tion sur son blog:

Tribune. Le 28 mars 2018, après la mort de Mireille Knoll, j’ai marché contre l’an­ti­sé­mi­tisme à l’ini­tia­tive du Crif. S’y trou­vaient des forces et personnes aux anti­podes de mes idées, y compris Marine Le Pen. Personne ne m’en a fait le reproche.
Je l’ai fait à nouveau le 19 février : je me suis retrouvé place de la Répu­blique avec tout l’arc poli­tique français, dont des person­na­li­tés évidem­ment très éloi­gnées, pour dire de nouveau non à l’an­ti­sé­mi­tisme. Personne ne m’en a fait le reproche.
Le 14 octobre 2019, j’ai tenu un meeting en soli­da­rité avec les Kurdes du Rojava, à l’ini­tia­tive de Jean-Chris­tophe Lagarde, où j’ai côtoyé des respon­sables poli­tiques ou asso­cia­tifs tout aussi éloi­gnés de moi, tels Bruno Retailleau ou Bernard-Henri Lévy. Personne ne m’en a fait le reproche.
Le 10 novembre 2019, je marche­rai contre la haine envers les musul­mans, avec des person­na­li­tés proches et d’autres éloi­gnées de mes combats poli­tiques. Je marche­rai sans hési­ter car comme dans les autres cas, la cause est noble et la situa­tion appelle à une réac­tion forte. Mais cette fois, on me le reproche.
Ces reproches viennent y compris de mon « camp », voilà pourquoi je tiens à convaincre.
On me dit que j’au­rais changé. C’est surtout la période qui a changé. Long­temps, j’ai refusé le terme « isla­mo­pho­bie ». Il présen­tait le risque de subor­don­ner le combat anti­ra­ciste au prisme de l’ap­par­te­nance reli­gieuse. J’y voyais le danger de trans­for­mer toute critique d’une reli­gion, un droit légi­time, en un soi-disant racisme. Mais à mes yeux, le propre d’un mili­tant poli­tique est de ne pas rester figé dans une néga­tion du réel et d’être à l’écoute de ceux qui sont oppri­més. Des digues ont sauté en grand : c’est bien au nom de leur reli­gion que des millions de nos conci­toyens sont aujourd’­hui discri­mi­nés. Ils le disent, dans la dernière enquête menée pour la Dilcrah et la fonda­tion Jean-Jaurès : plus de quatre musul­mans sur dix ont fait l’objet d’au moins une forme de discri­mi­na­tion liée à leur reli­gion.
Depuis plusieurs années, les Français musul­mans subissent en effet une campagne de discri­mi­na­tions allant cres­cendo ; ils sont dési­gnés sans cesse comme en dehors de la sphère de la Répu­blique, comme des enne­mis inté­rieurs.
La compa­rai­son assu­mée entre des musul­mans et les nazis, l’hu­mi­lia­tion et l’ex­clu­sion publique d’une mère portant un voile au conseil régio­nal de Bour­gogne, la propo­si­tion de déla­tion à peine masquée vantée par le président de la Répu­blique puis concré­ti­sée par un ministre appe­lant à signa­ler les petits garçons refu­sant la main d’une petite fille… Tous ces faits n’ont eu lieu qu’en l’es­pace de deux mois depuis la rentrée. Jusqu’à cet atten­tat devant une mosquée, par haine assu­mée de ses croyants. Tous les mili­tants du camp progres­siste, tous les répu­bli­cains convain­cus devraient s’alar­mer de cette avalanche de haine. Au lieu de cela, silence radio… Des compa­triotes sont insul­tés, publique­ment déni­grés, main­te­nant ciblés physique­ment et ni le président de la Répu­blique ni même un ministre n’ont daigné se dépla­cer devant la mosquée à Bayonne pour expri­mer la soli­da­rité de la Nation
Aujourd’­hui, comme d’autres par le passé, des gens sont discri­mi­nés en raison de leur appar­te­nance reli­gieuse. L’his­to­rien Gérard Noiriel l’a bien analysé dans son livre compa­ra­tif entre Drumont et Zemmour. Voilà le danger prio­ri­taire.
Le risque de dérive commu­nau­ta­riste, c’est-à-dire la capa­cité d’une commu­nauté de subor­don­ner les lois de notre Répu­blique aux lois d’une reli­gion ou de ses inté­rêts parti­cu­liers, n’a pas aujourd’­hui de réalité de masse. Et si danger commu­nau­ta­riste il y a, peut-être faut-il plutôt regar­der vers certains quar­tiers de Neuilly ou du XVIe arron­dis­se­ment de Paris, où les « ghet­tos de riches », si bien analy­sés par les Pinçon-Char­lot, évoluent dans une endo­ga­mie assu­mée, tout en impo­sant au pays une poli­tique conforme à leurs inté­rêts de classe.
Les poli­tiques iden­ti­taires, qui ne sont malheu­reu­se­ment plus l’ex­clu­si­vité du Rassem­ble­ment natio­nal, et les inéga­li­tés du libé­ra­lisme sauvage portés par le gouver­ne­ment français sont un danger bien plus grand pour saper nos fonde­ments répu­bli­cains. Si risque de divi­sion il y a, il vient bien plus de cette haine propa­gée envers une partie de la popu­la­tion française.
Si nous sommes d’ac­cord sur ces constats, alors nous devons réagir. Est-ce qu’un seul terme doit nous empê­cher de réagir ? Ma réponse est non.
Force est de consta­ter qu’« isla­mo­pho­bie » est aujourd’­hui celui le plus commu­né­ment admis pour défi­nir cette stig­ma­ti­sa­tion des Français musul­mans. Il n’a toujours pas ma préfé­rence mais à partir du moment où il est bien défini ainsi dans le texte, il ne peut pas m’em­pê­cher de signer un appel unitaire – appel tout à fait juste sur le fond.
Je l’ai signé sans renier aucun de mes marqueurs poli­tiques : je peux m’op­po­ser aux lois liber­ti­cides que sont la trans­for­ma­tion de l’état d’ur­gence en droit commun ou le projet de loi adopté au Sénat inter­di­sant à des mères voilées d’ac­com­pa­gner des sorties de classe, tout en affir­mant mon atta­che­ment à la loi de 1905 et à la mise à l’écart de signes d’ap­par­te­nance reli­gieuse à l’école où étudient des personnes mineures.
S’il n’y avait pas eu cet appel pour une marche le 10 novembre, il n’y aurait eu aucune initia­tive de rassem­ble­ment contre cette forme parti­cu­lière de racisme. Rien ! Qu’ont proposé ceux qui protestent contre cette initia­tive pour réagir à la hauteur du danger ? Rien.
Est-ce à dire que lorsqu’il s’agit de défendre des compa­triotes musul­mans traî­nés dans la boue et victimes d’at­taques par armes à feu, le combat ne mérite plus d’être mené ? Ou seule­ment au prix d’une pureté poli­tique abso­lue, ou d’un univer­sa­lisme abstrait esti­mant que la lutte contre les discri­mi­na­tions envers les musul­mans est la seule qui doit être inté­grée dans des luttes plus globales – à savoir « lutter contre le racisme » ? Je ne serais pas de ceux-là, il y va de mon honneur. Je refuse de fermer la porte à la seule initia­tive poli­tique propo­sée pour l’heure, en regar­dant par la fenêtre la haine se déchaî­ner contre mes conci­toyens.

Eric Coque­rel

Voici le commu­niqué paru le 11 novembre:

Marche contre l’is­la­mo­pho­bie du 10 novembre :
Un succès et un sursaut qui doit débou­cher sur des mesures concrètes !
Les initia­teurs de la marche contre l’is­la­mo­pho­bie du 10 novembre se féli­citent de l’im­mense succès de la mani­fes­ta­tion.

Ce sont des dizaines de milliers de personnes, plus de 40.000, qui se sont retrou­vées dans les rues de Paris, avec égale­ment des décli­nai­sons locales de la marche en régions. Un succès d’au­tant plus grand que la marche a été, durant toute la semaine qui l’a précé­dée, la cible d’une véri­table campagne de diffa­ma­tion, voire de haine, desti­née à sabo­ter l’ini­tia­tive, à la délé­gi­ti­mer et à dissua­der les gens de s’y rendre.

Les initia­teurs ont par ailleurs subi de nombreuses attaques, certains d’entre eux rece­vant des menaces de mort expli­cites.
Une démons­tra­tion de force face aux semeurs de haine isla­mo­phobe, qu’ils soient à l’ex­trême droite, dans les partis insti­tu­tion­nels ou aux plus hauts sommets de l’État.
La marche du 10 novembre marque de toute évidence un tour­nant dans la situa­tion : Il s’agit rien moins que de la plus grande mobi­li­sa­tion anti­ra­ciste prise en charge par les premiers concer­nés depuis la grande Marche
pour l’éga­lité de 1983, avec le soutien d’un large spectre d’or­ga­ni­sa­tions syndi­cales, asso­cia­tives et poli­tiques.


Héri­tiers et riches de cette histoire, les premiers concer­nés ont appris et ne lais­se­ront pas les objec­tifs de cette marche histo­rique leur échap­per. Ils sont en effet acteurs de leur histoire avec tous ceux qui ont, à leur côté, co-initié cette marche ou signé la tribune.

Les rues de Paris se sont ainsi remplies de dizaines de milliers de
personnes, de tous âges, de toutes origines et de toutes confes­sions, citoyens révol­tés, mili­tants enga­gés, élus, person­na­li­tés, qui ont tous ensemble porté un message clair : l’is­la­mo­pho­bie est un racisme qui doit être ferme­ment combattu et consi­déré comme une « cause natio­nale » au même titre que le combat contre les autres discri­mi­na­tions.

Dans de nombreuses prises de parole, la néces­sité de se mobi­li­ser contre tous les racismes a été rappe­lée.
Nous n’en reste­rons pas là car, malheu­reu­se­ment, le succès de cette marche est égale­ment dû à un contexte parti­cu­liè­re­ment préoc­cu­pant pour les citoyens de confes­sion musul­mane : de l’at­ten­tat qui a visé l’Imam de
Brest aux décla­ra­tions de Macron sur la « société de vigi­lance » et les « signaux faibles », qui jettent la suspi­cion sur l’en­semble des musul­mans pratiquants ou non, à l’hu­mi­lia­tion d’une femme voilée par un élu RN
au Conseil régio­nal de Bour­gogne-Franche-Comté en passant par le vote d’une propo­si­tion de loi discri­mi­na­toire au Sénat ou l’at­taque au couteau d’une jeune mère devant ses enfants.

Sans oublier, la démons­tra­tion la plus récente de cette haine du
musul­man qui pousse au passage à l’acte : l’at­ten­tat contre la mosquée de Bayonne.
N’en déplaise à ceux qui essaient d’en­tre­te­nir de vaines polé­miques, nous sommes fiers de la réus­site de la marche du 10 novembre, véri­table démons­tra­tion d’unité face à tous les semeurs de haine.
Un succès qui en appelle d’autres : les initia­teurs (Madjid Messaou­dene, le CCIF, la Plate­forme L.e.s Musul­mans, le Comité Adama,
le Nouveau Parti anti­ca­pi­ta­liste, l’Union commu­niste liber­taire, le jour­na­liste Taha Bouhafs) se réuni­ront dans la semaine et repren­dront contact avec les orga­ni­sa­tions ayant appelé à la marche pour envi­sa­ger les suites à donner à cette formi­dable jour­née de
mobi­li­sa­tion popu­laire.
COMMUNIQUÉ DES INITIATEURS #MARCHE10NOVEMBRE

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