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Mono­logue imagi­naire avec Tautau le z’hé­ros (épisode 3)

Suivant le lieu où on a fait la manif à Paris le 14 juin 2016, on n’a pas vu ni fait la même chose

[suite de l’épisode 2]

Après le succès en nombre de la contes­ta­tion de la loi Travail, le contre feu média­tique, propa­gan­dis­tique, fut allumé. Résu­mons la mantra : « les contes­ta­taires sont des irres­pon­sables, n’ont rien compris, servent des inté­rêts diffé­rents de ceux qu’elles/ils déclarent, sont mani­pulé-es, provoquent une violence destruc­trice, etc. car l’es­sen­tiel reste qu’il faut accep­ter le monde tel qu’il est pensé et décidé par des élites poli­tiques, écono­miques, finan­cières et média­tiques qui sont natu­relles et éter­nelles. C’est ça le monde normal de la paix (sociale) ».

L’autre tech­nique propa­gan­dis­tique consiste – c’est la base même de tout bon tour d’illu­sion­niste – à orien­ter le regard du public vers un leurre pour pouvoir faire son tour de passe passe. Le 14 juin ce fut les « casseurs » qui furent utili­sés pour détour­ner de la contes­ta­tion de la loi Travail.

Les périodes de luttes écono­miques font tomber les masques pour qui veut bien voir. L’aug­men­ta­tion du nombre de tags sur Poitiers en période de mobi­li­sa­tion sociale a même fait la Une du quoti­dien local Centre Presse sur l’air du : « ils viennent jusque dans nos bras etc. »

Jour­na­listes tou-tes pourri-es ? Affir­ma­tion trop globa­li­sante pour rendre compte du réel. Le plura­lisme de la presse conti­nue d’être là dans chaque média et chacun-e peut trou­ver média à son pied. Mais le plura­lisme dans les moments de tension sociale est tu par les chefs de rédac­tion qui reprennent la main sur les infos impor­tantes : on ne joue plus, c’est la fin de la récré, il faut savoir servir les inté­rêts supé­rieurs de son camp, son monde et ses finan­ceurs.

Dans le discours des maîtres le mot « casseur » renvoie au cliché que toute contes­ta­tion est respon­sable d’une violence nihi­liste. La tech­nique poli­cière de la nasse sert à terro­ri­ser et humi­lier pour provoquer une réac­tion violente de défense au sein de la manif et faire ainsi de belles images au 20 heures qui feront peur à qui serait tenté-e de parti­ci­per à la mani­fes­ta­tion/contes­ta­tion. le « casseur » est un grand clas­sique des récits jour­na­lis­tiques des manifs. Il offre un critère de distinc­tion entre bon-ne et mauvais-e mani­fes­tant-e, entre serviettes et torchons. Divi­ser pour mieux régner.

Mais il n’em­pêche. Cette violence que toi, le tautau, tu reven­diques et qui est culti­vée par la tech­nique poli­cière, cette violence là me met mal à l’aise. Quel but sert-elle ? Qu’im­plique-t-elle ?

Pascal C

[aller à l’épi­sode 4 et fin]

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