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Migrants : Lettre ouverte au Président de la Répu­blique

Nous relayons la péti­tion d’un habi­tant de la vallée de Névache, dans les Hautes‐Alpes.

Cette adresse au président décrit les condi­tions dans lesquelles des migrants tentent de fran­chir la fron­tière en passant par des cols ennei­gés en plein hiver. Elle dénonce les menaces dont l’objet les citoyens qui leur viennent en aide.

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Monsieur le Président,

À Névache, dans les Hautes‐Alpes, la neige tombe depuis plusieurs jours, la Lombarde est parfois brutale ! Les tempé­ra­tures nocturnes passent main­te­nant entre 10 et 15 degrés sous zéro, mais les migrants venant d’Ita­lie conti­nuent d’ar­ri­ver…

Jeunes, souvent mineurs, ils tentent le passage du Col de l’Échelle (1 700 mètres) pour rejoindre ensuite la ville de Briançon ; 20 kilo­mètres à pieds si aucun auto­mo­bi­liste ne veut ou ne peut les prendre en charge. À moins qu’un four­gon de gendar­me­rie ne les inter­cepte pour les recon­duire à la fron­tière, de jour comme de nuit, sans tenir compte de la régle­men­ta­tion concer­nant les mineurs isolés ou les deman­deurs d’asile. Ils ont des ordres, disent‐ils ! Des ordres pour ne pas respec­ter la régle­men­ta­tion ?

Ces migrants, d’Afrique subsa­ha­rienne et le plus souvent fran­co­phones, sont pour­tant prêts à tout pour rejoindre notre pays et y rester pour recons­truire digne­ment leur vie en travaillant. Nous devrions en être fiers.

Dans les condi­tions actuelles, nous les accueillons comme des terro­ristes en leur appliquant une légis­la­tion anti­ter­ro­riste qui n’a pas été faite pour eux ! La lecture du code Schen­gen des fron­tières est, à cet égard, très claire.

Vous avez, nous dit‐on, décou­vert récem­ment, à la suite d’un repor­tage de CNN, l’hor­reur des marchés aux esclaves de Tripoli.

Quelques contacts directs avec les Néva­chais ou les Briançon­nais vous en auraient appris bien davan­tage, depuis deux ans au moins.

Ancien offi­cier formé à Saint‐Cyr, je m’in­ter­roge sur ce que pouvaient bien faire nos services de rensei­gne­ment !?

Pour­tant, mais vous n’avez pas abordé cette ques­tion en nous parlant des marchés de Tripoli, l’Union Euro­péenne (dont l’Ita­lie et la France) paît les gardes‐­côtes libyens pour récu­pé­rer en mer un maxi­mum de migrants et les renvoyer en Libye ; où ils les revendent peut‐être, une deuxième fois ?

L’Union Euro­péenne et notre pays (qui reven­diquent leurs racines chré­tiennes quand cela les arrange) contri­buent ainsi au bon fonc­tion­ne­ment d’un commerce que l’on croyait à jamais disparu.

Bilan de ce long voyage : lorsqu’il parvient sur notre terri­toire, un migrant a souvent perdu le tiers de ses compa­gnons de route entre le Sahara, la Libye, la Mer Médi­ter­ra­née et la France.

Aujourd’­hui, l’hô­pi­tal de Briançon en ampute certains qui ont « pris froid » dans la montagne au péril de leur vie. Devons nous attendre des morts pour que nos insti­tu­tions réagissent humai­ne­ment ?

On comprend que, pensant arri­ver dans la commune de Névache au terme d’un voyage qui aura souvent duré deux ans, rien ne les empê­chera de s’en­ga­ger dans la traver­sée du Col de l’Échelle, quelles que soient les condi­tions.

Pour nous, Néva­chais, l’im­pé­ra­tif huma­ni­taire s’im­pose même si les forces de l’ordre s’ef­forcent de nous en dissua­der. Il faut les retrou­ver si possible, les rece­voir, les remettre en forme, les soigner puis les conduire à Briançon où ils pour­ront commen­cer à trai­ter leurs problèmes admi­nis­tra­tifs avec les asso­cia­tions en charge de ces ques­tions.

Au cours du mois de décembre, nous avons dû, à six reprises au moins, faire appel au « Secours en Montagne » pour leur éviter la mort, non sans éviter gelures et trau­ma­tisme divers.

Pas encore de morts recon­nus, mais cela vien­dra, Monsieur le Président.

Et tout cela avec des béné­voles non seule­ment sans aide de l’État mais au contraire sous la menace des forces de main­tien de l’ordre. À vouloir faire œuvre huma­ni­taire, nous Néva­chais et Briançon­nais, sommes trai­tés comme des délinquants ! On nous inter­dit de prendre un Afri­cain en stop, quelles que soit la tempé­ra­ture et l’heure !

 

Depuis quand l’au­to­mo­bi­liste devraitil refu­ser un passa­ger au seul vu de sa couleur ?

Dans la Clarée, Monsieur le Président, nous refu­sons l’apar­theid !

Quelles que soient les menaces, nous ne pouvons refu­ser l’ac­tion huma­ni­taire, à commen­cer par le secours à personnes en danger, lorsque les pouvoirs publics aban­donnent cette mission. Les ordres reçus ne sont pas de pratiquer une action digne­ment humaine mais de renvoyer en Italie un maxi­mum de migrants au mépris de leurs droits.

 

Où est la soli­da­rité euro­péenne, Monsieur le Président ?

Monsieur le Président, je sais que nous ne sommes pas les seuls français dans cette situa­tion. Vous vous trou­vez dans une posi­tion qui durera aussi long­temps que l’on ne pren­dra pas le mal à ses sources, réchauf­fe­ment clima­tique, sous déve­lop­pe­ment de nos anciennes « colo­nies » et autres.

Vous savez vendre des avions, pour tuer ! Pouvezvous prendre en consi­dé­ra­tion la misère de ces migrants, comme le Pape François y invite nos contem­po­rains ?

Les Néva­chais et les Briançon­nais, respec­tueux de la loi, sont prêts à travailler avec les services de l’État pour trou­ver des solu­tions, à condi­tion que l’État accepte de les entendre, ce qui n’a pas encore été le cas, et de les entendre sans vouloir en faire des auxi­liaires de police ! Nous pour­rons alors retrou­ver la fierté de nos cimes et redon­ner à notre pays l’hon­neur qu’il est en train de perdre et que nous perdons tous avec lui.

Souve­nons nous de ces milliers d’Afri­cains morts pour la France au cours des deux dernières guerres mondiales. Ce sont leurs petitsenfants que nous devrions lais­ser mourir dans la neige ?

Pour l’an­cien Saint‐Cy­rien que je suis, dont la promo­tion porte le nom d’un colo­nel Géor­gien mort au combat, de telles pers­pec­tives sont insup­por­tables, Monsieur le Président. Nous comp­tons encore sur vous mais le temps presse.
Bernard Liger – citoyen de Névache (05100)

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