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Perqui­si­tions à la France insou­mise: l’ana­lyse par France Info des argu­ments de Mélen­chon

Paru le 18 octobre. Alors que les attaques de Jean-Luc Mélen­chon contre les jour­na­listes de France info et de Media­part se multi­plient, il est inté­res­sant en ce 21 octobre de relire le travail de ces jour­na­listes. Que l’on soit mili­tant, sympa­thi­sant de France insou­mise ou pas. On y lit pour le moins une qualité de jour­na­listes.

Pascal Bois­sel

Visé par une perqui­si­tion dans le cadre de deux enquêtes préli­mi­naires, le leader des Insou­mis se défend. Des comptes de campagne « vali­dés », une enquête déclen­chée par une « plai­san­te­rie »… Que valent ses argu­ments ?

Indi­gna­tion dans les rangs de La France insou­mise (LFI). Des perqui­si­tions ont été menées, mardi 16 octobre, au siège du parti « insou­mis », chez son leader, Jean-Luc Mélen­chon, et dans son entou­rage. Ces opéra­tions de police, ponc­tuées de heurts entre les dépu­tés LFI et les forces de l’ordre, qui font désor­mais l’objet d’une enquête, ont été menées dans le cadre de deux enquêtes préli­mi­naires. L’une concerne des emplois présu­més fictifs de parle­men­taires euro­péens et l’autre, d’éven­tuelles irré­gu­la­ri­tés dans les comptes de campagne de l’ex-candi­dat. Jean-Luc Mélen­chon et ses proches dénoncent une « énorme opéra­tion de police poli­tique » et orga­nisent une défense média­tique. Fran­ceinfo a passé au crible les argu­ments avan­cés par le leader de La France insou­mise.

« La procé­dure légale n’a pas été respec­tée »

Ce que Jean-Luc Mélen­chon affirme. Pour le leader de La France insou­mise, les perqui­si­tions de mardi ont été enta­chées d’ir­ré­gu­la­ri­tés. « Nous ne sommes pas dans une procé­dure normale ! a-t-il protesté, mercredi sur BFMTVLa procé­dure légale n’a pas été respec­tée. » Il dénonce pêle-mêle l’in­ter­dic­tion faite à lui et ses proches d’as­sis­ter à la perqui­si­tion au siège du parti, le non-respect de leur immu­nité parle­men­taire ou encore le fait qu’un procès-verbal ne leur ait pas été présenté.

Ce qu’il en est. Les poli­ciers avaient bien le droit de perqui­si­tion­ner le domi­cile de Jean-Luc Mélen­chon et les locaux de La France insou­mise, et ce malgré l’im­mu­nité parle­men­taire dont béné­fi­cie l’élu. En revanche, le respon­sable légal du parti, Manuel Bompard, aurait dû pouvoir y assis­ter. Contacté par fran­ceinfo, il indique au contraire avoir été « bloqué dans une salle de réunion gardée par deux poli­ciers ». Il assure par ailleurs que les poli­ciers ne lui ont pas fait signer de procès-verbal, comme ce devrait pour­tant être le cas à l’is­sue d’une perqui­si­tion. Contacté sur ces deux derniers points par fran­ceinfo, le minis­tère de l’In­té­rieur n’a pas répondu à nos solli­ci­ta­tions. 

>> Perqui­si­tions et heurts au siège de La France insou­mise : la loi a-t-elle été respec­tée ?

« Il y a une volonté poli­tique derrière »

Ce que La France insou­mise affirme. Plusieurs respon­sables du parti estiment que LFI fait l’objet d’un trai­te­ment parti­cu­lier de la justice, y voyant même une preuve de l’exis­tence d’une « police poli­tique ». D’abord parce que les moyens déployés seraient extra­or­di­naires. « Vous ne mobi­li­sez pas plus de cent poli­ciers le même jour à la même heure s’il n’y a pas une volonté poli­tique derrière », a estimé le député La France insou­mise Ugo Berna­li­cis, sur fran­ceinfo.

Les cadres dénoncent aussi « deux poids, deux mesures », en fonc­tion des partis et des personnes. « Il n’y a eu aucune perqui­si­tion à ce jour à La Répu­blique en marche ni au domi­cile de Chris­tophe Casta­ner, alors que eux aussi ont des comptes à rendre sur les comptes de campagne », s’est ému mercredi sur France Inter Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis. Il dénonce aussi une « diffé­rence de trai­te­ment » avec l’ex-chargé de mission de l’Ely­sée, Alexandre Benalla, sous le coup d’une enquête menée par des juges d’ins­truc­tion pour des violences en marge d’une mani­fes­ta­tion du 1er-Mai à Paris.

Ce qu’il en est. Le nombre de perqui­si­tions réali­sées mardi dans les locaux ou chez des membres de La France insou­mise – une dizaine – est effec­ti­ve­ment plus signi­fi­ca­tif que dans d’autres cas récents impliquant des partis poli­tiques. Mais La France insou­mise est loin d’être le seul parti à avoir fait l’objet de procé­dures simi­laires : les locaux du Front natio­nal (désor­mais Rassem­ble­ment natio­nal) ont été perqui­si­tion­nés en février 2017, et plusieurs membres du parti, dont Marine Le Pen, ont été mis en examen dans l’af­faire des emplois présu­més fictifs du Parle­ment euro­péen. Le MoDem, parti allié à celui d’Em­ma­nuel Macron, a lui aussi été perqui­si­tionné en octobre 2017 dans cette affaire. Deux ministres du gouver­ne­ment Philippe, François Bayrou et Marielle de Sarnez, ont même dû démis­sion­ner.

En ce qui concerne le trai­te­ment réservé à Alexandre Benalla, plusieurs perqui­si­tions ont eu lieu dans cette affaire – à l’Ely­sée ou dans l’ap­par­te­mentde l’an­cien chargé de mission. En revanche, le parquet de Paris n’a pas souhaité élar­gir le champ des inves­ti­ga­tions après la dispa­ri­tion d’un coffre-fort conte­nant des armes, au domi­cile d’Alexandre Benalla, rappelle Le Pari­sien.

Enfin, l‘enquête ouverte en juin sur le rôle de la ville et de la métro­pole lyon­naise dans l’or­ga­ni­sa­tion et le finan­ce­ment de la campagne prési­den­tielle d’Em­ma­nuel Macron n’a effec­ti­ve­ment pas entraîné de perqui­si­tions pour l’ins­tant, selon les infor­ma­tions dont nous dispo­sons à ce jour.

Sur « les comptes de campagne (…) nous avons été parfai­te­ment clairs »

Ce que La France insou­mise affirme. « La commis­sion natio­nale des comptes de campagne a validé, le 13 février 2018, les comptes de Jean-Luc Mélen­chon sans aucune irré­gu­la­rité, souligne La France insou­mise, dans un commu­niqué publié mardi. Ce n’est pas le cas pour ceux d’Em­ma­nuel Macron, pour lesquels des irré­gu­la­ri­tés ont été notées. Afin de prou­ver publique­ment son honnê­teté, Jean-Luc Mélen­chon a demandé le 8 juin 2018 le réexa­men de tous les comptes de campagne »« Les comptes de campagne, y en a ras le bol, nous avons été parfai­te­ment clairs »disait déjà Jean-Luc Mélen­chon, mardi matin.

Ce qu’il en est. Les « Insou­mis » ont raison sur le premier point : la Commis­sion natio­nale des comptes de campagne et des finan­ce­ments poli­tiques (CNCCFP), qui examine tous les comptes de campagne des candi­dats à l’élec­tion prési­den­tielle, a bien validé ceux de Jean-Luc Mélen­chon, le 21 décembre 2017. Mais elle a quand même retoqué plus de 430 000 euros de factures présen­tées par l’équipe du candi­dat, esti­mant que certaines pres­ta­tions étaient surfac­tu­rées. En novembre 2017, le rappor­teur de la Commis­sion char­gée d’exa­mi­ner les comptes de campagne de Jean-Luc Mélen­chon a même claqué la porte, esti­mant que l’ins­ti­tu­tion avait été trop clémente.

Par ailleurs, deux signa­le­ments à la justice ont été effec­tués concer­nant les comptes de campagne de Jean-Luc Mélen­chon, après vali­da­tion des comptes par la CNCCFP. Ce sont ces signa­le­ments qui ont conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête préli­mi­naire, en mai. Un premier vient de la cellule française de rensei­gne­ment finan­cier Trac­fin. Un second signa­le­ment a été effec­tué par… la CNCCFP. Une appa­rente inco­hé­rence rele­vée par Jean-Luc Mélen­chon sur son blog « Je ne comprends pas comment la Commis­sion natio­nale des comptes de campagne a pu à la fois vali­der mes comptes et faire un signa­le­ment ». De son côté, la CNCCFP a justi­fié ce signa­le­ment par des « inter­ro­ga­tions » portant sur les dépenses factu­rées par deux asso­cia­tions liées au parti : L’Ere du peuple et Media­scop.

En revanche, contrai­re­ment à ce qu’as­sure LFI, la Commis­sion a bien validé les comptes de campagne d’Em­ma­nuel Macron. Les ristournes accor­dées par des pres­ta­taires de la campagne au candi­dat à l’élec­tion prési­den­tielle, et révé­lées par fran­ceinfo, ont été consi­dé­rées comme « normales et régu­lières ».

« La plainte initiale (…), c’était une plai­san­te­rie pour complaire à Mme Le Pen »

Ce que La France insou­mise affirme. Dans un commu­niqué publié mardi, LFI écrit que l’enquête sur les emplois fictifs du Parle­ment euro­péen a été ouverte à la suite « d’une dénon­cia­tion d’une élue d’ex­trême droite, Sophie Montel, qui avouait elle-même qu’elle n’était pas sérieuse. Elle parlait en effet d’un ‘pied de nez’ ». Lors des ques­tions au gouver­ne­ment, mardi, Jean-Luc Mélen­chon parlait ainsi d’une « plai­san­te­rie » de l’élue « pour complaire à Mme Le Pen »

Ce qu’il en est. Le leader de La France insou­mise joue sur les mots.Rembo­bi­nons : depuis 2015, le Front natio­nal est suspecté d’em­plois fictifs au Parle­ment euro­péen. En mars 2017, une enquête pour « abus de confiance » est ouverte à la suite d’une lettre de Sophie Montel, alors euro­dé­pu­tée fron­tiste. Elle assure que d’autres euro­dé­pu­tés sont concer­nés par cette pratique, y compris hors du FN. En juin, elle dépose un signa­le­ment visant spéci­fique­ment Jean-Luc Mélen­chon et quatre de ses ex-assis­tants parle­men­taires, entraî­nant un élar­gis­se­ment de l’enquête.

Inter­ro­gée en juillet 2017 sur RMC, l’élue d’ex­trême droite assure en effet que sa démarche est « un pied de nez » . Mais impos­sible d’y voir une « plai­san­te­rie », comme le fait Jean-Luc Mélen­chon. Voici ce qu’elle dit de sa démarche : « C’est la rupture du deux poids, deux mesures, c’est le même trai­te­ment pour tout le monde. (…) Quand c’est le Front natio­nal, on nous tombe dessus en disant ‘ah c’est pas bien parce que vous violez la loi’ et quand c’est les autres – parce que les autres font la même chose –, on nous explique que c’est tout à fait normal ». Elle enfonce encore le clou mardi sur Twit­ter, en répon­dant à Jean-Luc Mélen­chon : « La seule ‘plai­san­te­rie’ est que le Parle­ment euro­péen ne s’in­té­resse qu’à certains dépu­tés ». 

 

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