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Situa­tion en Cata­logne : c’est aux Cata­lans d’en déci­der

Nous publions une analyse d’un cama­rade d’En­semble! Qui décrit les enjeux de la situa­tion en Espagne, au-delà du débat pour ou contre l’in­dé­pen­dance. Ainsi qu’un lien vers un article du site Regards

La ques­tion cata­lane aujourd’­hui en Espagne, dépasse de loin le seul terri­toire de la patrie d’An­drés Nin et de Dali, et la seule ques­tion de l’in­dé­pen­dance. Et que la soli­da­rité plus qu’ur­gente, drama­tique­ment faible pour l’ins­tant, doit appré­hen­der juste­ment cette dimen­sion à la fois de la nature de l’Etat espa­gnol dans son entier, des luttes poli­tiques qui le traversent depuis 1976, mais aussi des enjeux de l’Eu­rope néo-libé­rale (les amis de Rajoy) dans cette affaire.

Arrê­tons donc de nous foca­li­ser sur une analyse binaire centrée sur la Cata­logne, qui plus est, si c’est pour reprendre les argu­ments simplistes des médias libé­raux et de Madrid, ou de témoi­gner d’une igno­rance réelle de la société cata­lane et de son combat pour une répu­blique démo­cra­tique et sociale.

Pour moi qui soutient l’au­to­dé­ter­mi­na­tion du Pays basque sud depuis 40 ans, cet argu­ment je l’ai entendu cent fois, de la part de mili­tants gauche ou révo­lu­tion­naires, convain­cus dans leurs certi­tudes idéo­lo­giques, avec un certain mépris il faut le dire, que le natio­na­lisme basque était anti­no­mique avec démo­cra­tie et lutte de classe, alors que c’est le contraire aussi dans ce cas-là…

Quant aux ques­tions des majo­ri­tés (rela­tives, actives, silen­cieu­ses…), on peut raison­na­ble­ment se deman­der aujourd’­hui qui étaient véri­ta­ble­ment majo­ri­taires en France en 1936 ou en 1968. Sans parler des Communes de 1871 très mino­ri­taires dans le pays. Cela nous empêche-t-il de nous posi­tion­ner clai­re­ment sur ces séquences majeures de l’éman­ci­pa­tion humaine et sociale ? 

Il n’est pas inutile de rappe­ler un certain nombre d’élé­ments fonda­men­taux, histo­riques, poli­tiques, qui accom­pagnent et qui englobent même la ques­tion cata­lane, et non l’in­verse. Éléments qui suffisent à eux seuls à vali­der une soli­da­rité incon­di­tion­nelle au proces­sus popu­laire de rupture en Cata­logne, quoi qu’on pense de l’op­tion indé­pen­dance par ailleurs :

– la ques­tion de la Cons­ti­tu­tion de 1978, qui est direc­te­ment le fruit d’un compro­mis « de tran­si­tion » entre le PSOE d’un côté et la droite franquiste de l’autre, le tout sous menace d’un rapport de force puis­sant (déjà !), imposé par les orga­ni­sa­tions, la société basque et cata­lane, à l’époque. Exemple qui concerne direc­te­ment la situa­tion actuelle : Le cadre insti­tu­tion­nel des « Auto­no­mies » accordé d’un côté, « l’ar­mée est la garante de l’unité natio­nale »  de l’autre. Tout un équi­libre de contra­dic­tions inte­nable, qui explose aujourd’­hui…

– la ques­tion des corps consti­tués et de la nature des insti­tu­tions espa­gnoles, de qui les dirige : audience natio­nale, tribu­nal suprême, armée, police, guar­dia civil… la liste est longue. Gangre­nées par l’ab­sence de sépa­ra­tion des pouvoirs, le soutien incon­di­tion­nel à la monar­chie et très souvent à l’Eglise la plus rétro­grade (Opus Dei), l’ap­pé­tit pour l’au­to­rité et la répres­sion, l’en­do­ga­mie et le recy­clage des franquistes, etc… ces corps et ces insti­tu­tions n’ont pas changé d’un pouce depuis 40 ans. Là aussi, on voit le résul­tat aujourd’­hui. Il faut consul­ter la vidéo de la Vanguar­dia d’hier, sur le dialogue (en caméra caché) entre des poli­ciers espa­gnols à propos des membres du gouver­ne­ment cata­lan arrê­tés, pour bien voir à quel niveau on en est de ce côté-là. Je pèse mes mots : fonda­men­ta­le­ment, aucune diffé­rence avec la police d’Er­do­gan ou d’El Assad.

la ques­tion poli­tique du centra­lisme espa­gnol, aussi ancrée histo­rique­ment que l’est l’as­pi­ra­tion à l’in­dé­pen­dance ou à l’au­to­no­mie forte, au Pays basque et en Cata­logne (dans une moindre mesure en Galice), aussi prégnante dans la vie poli­tique que le jaco­bi­nisme l’est en France, dans un contexte histo­rique diffé­rent. C’est là que le bat blesse pour la gauche, car depuis long­temps les posi­tions, les réflexes de la gauche espa­gnole sur les ques­tions basque et cata­lane, sont prin­ci­pa­le­ment centra­liste et légi­ti­miste. C’est le cas dans son écra­sante majo­rité du PSOE, mais aussi de IU, et aujourd’­hui… de Pode­mos.

Là où c’est conster­nant, c’est que le PSOE a été l’ac­teur direct et légi­timé de la modi­fi­ca­tion du statut de la Cata­logne en 2006, retoqué en 2010 par le PP au pouvoir. Le PSOE aujourd’­hui, agit comme si cet épisode n’avait jamais existé, ni sa respon­sa­bi­lité directe enga­gée ! De ce point de vue le PSOE est clai­re­ment un des gros respon­sables de la crise actuelle. Autant que Rajoy et le PP. N’ou­blions pas que PP + Ciuda­da­nos sont mino­ri­taires aux Cortès et qu’une simple déci­sion du PSOE peut mettre Rajoy à terre !

IU est silen­cieux ou inau­dible car viscé­ra­le­ment anti indé­pen­dan­tiste (sauf en Navarre).

Quant à Pode­mos, partant de la crise interne qu’il traverse depuis septembre sur la ques­tion cata­lane, le mouve­ment, par manque de clarté et de courage poli­tique, va au devant de grandes désillu­sions : chute annon­cée de ses bons scores obte­nus en 2015 en Cata­logne, mais aussi au Pays basque/Navarre, qui avaient créé la surprise. Baisse dans le reste de l’Es­pagne pour ne pas avoir su gérer l’af­fron­te­ment central avec le PP/PSOE sur la ques­tion des insti­tu­tions et de la Répu­blique en rebon­dis­sant sur la ques­tion cata­lane, et ne pas avoir porté haut et fort l’enjeu d’un état pluri natio­nal. C’était le rôle qui incom­bait à Pode­mos (la 3ème voie), et il ne l’a pas rempli. Dès lors quelle alter­na­tive incarne ce mouve­ment ? Cela se payera dans les urnes évidem­ment.

– la ques­tion du régime poli­tique et de la Répu­blique. Depuis 2 ans les sondages divers donnent une majo­rité des – de 40 ans et des habi­tants des grandes villes favo­rables à la Répu­blique. Pour qui fréquente l’Es­pagne et ses manifs, on a pu consta­ter une évolu­tion tangible sur cette ques­tion, dans les slogans et la profu­sion de bannières trico­lores (drapeau de la répu­blique avant le coup d’état de Franco) dans les mobi­li­sa­tions popu­laires ces dernières années, alimen­tée aussi par les scan­dales et la corrup­tion au sein de la famille royale. Ques­tion à laquelle toute femme ou homme de gauche devrait savoir répondre : qui a réta­bli la monar­chie en Espagne ? Franco, les fascistes et l’Eglise ! Dès lors, la reven­di­ca­tion centrale d’une Répu­blique, posée par les indé­pen­dan­tistes cata­lans, mérite toute notre atten­tion, car c’est en Espagne une reven­di­ca­tion fonda­men­ta­le­ment de gauche. Bizar­re­ment cet élément essen­tiel de la crise est absent de tous les plateaux médias, mais aussi des débats qui traverse la gauche française. Pode­mos s’est bien gardé sur ce point-là aussi de rebon­dir sur la ques­tion cata­lane, pour poser l’enjeu d’une Répu­blique démo­cra­tique et sociale d’Es­pagne. Pathé­tique.

les enjeux liés à Bruxelles et à la doxa libé­rale, portée par les deux pays leaders euro­péens, l’Al­le­magne et la France.

Qui ne voit dans l’ap­proche de la crise cata­lane par Bruxelles, Paris et Berlin, la preuve de leur désar­roi face à une situa­tion jugée désta­bi­li­sante, périlleuse pour l’ordre domi­nant euro­péen, à deux niveaux, et donc la justi­fi­ca­tion de leur soutien incon­di­tion­nel aux libé­raux auto­ri­taires de Madrid ? Car de quel double enjeu s’agit-il ?

– d’abord de la ques­tion fonda­men­tale du droit des peuples à déci­der de leur destin. Nous avons tous vu, comment les auto­ri­tés euro­péennes ont géré la ques­tion de la Grèce ces dernières années.

Ils prennent le taureau cata­lan par les cornes de la même manière. A genoux et rien d’autre ! Que Puig­de­mont soit posi­tionné au centre-droit de l’échiquier poli­tique ne change rien à l’af­faire. C’est de lais­ser la parole et l’ini­tia­tive libres aux peuples d’Eu­rope dont il s’agit, comme en France en 2005. Et de cela, il n’en est pas ques­tion.

– ensuite, ils iden­ti­fient très bien, comme Madrid le fait d’ailleurs, la nature très majo­ri­tai­re­ment démo­cra­tique, sociale et éman­ci­pa­trice, du mouve­ment popu­laire en Cata­logne. De ce point de vue, la struc­tu­ra­tion du mouve­ment et la gestion des mobi­li­sa­tions (dans lesquelles le rôle des CUP, ERC, ANC est déter­mi­nant), mais aussi le projet poli­tique que ce mouve­ment porte, sont fonda­men­ta­le­ment de gauche. C’est aussi cet élément-là qui inter­pelle les néoli­bé­raux de toute l’Eu­rope. Barce­lone est déjà aux mains d’une « commu­niste », stop ça suffit ! Là aussi la présence d’un mouve­ment de centre-droit par ailleurs non majo­ri­taire dans l’arc poli­tique indé­pen­dan­tiste, ne change rien à l’af­faire. Car il s’agit de ne pas se trom­per sur la nature de l’élec­to­rat du parti de Puig­de­mont : petite et moyenne bour­geoi­sie, droite cata­la­niste essen­tiel­le­ment rurale. Grande bour­geoi­sie et cercles de la finance ne sont pas ou très peu concer­nés par la reven­di­ca­tion indé­pen­dan­tiste. Comme expliquer sinon, la fuite des grandes banques et socié­tés de Cata­logne par centaines, comme cela a été brandi en menace depuis un mois, par Bruxelles et Juncker (au passage, diri­geant d’un pays 13 fois plus petit que la Cata­logne, pour­tant membre fonda­teur de l’Eu­rope des 6…) ?

 

Voilà me semble-t-il 5 grandes et bonnes raisons d’ap­por­ter notre soutien et notre soli­da­rité à la Cata­logne, sans avoir besoin de se « piéger » dans la ques­tion de l’in­dé­pen­dance qui n’est pas notre affaire, mais relève de la seule déci­sion des cata­lans.

François Caus­sa­rieu

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Une réflexion au sujet de « Situa­tion en Cata­logne : c’est aux Cata­lans d’en déci­der »

  1. danielle tarfaoui dit :

    Enfin un texte qui me permettra de défendre clairement une position qui m’était intuitive mais que je peinais à soutenir faute d’information . Merci

    Répondre

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