Aller au contenu

STOP AU GÂCHIS HUMAIN !



REFUSONS LES ÉVALUATIONS COMPTABLES DE NOS MÉTIERS  
Appel et péti­tion à signer en cliquant ici.   Un mail de confir­ma­tion vous sera envoyé. Atten­tion, véri­fiez bien dans vos spams !    

Nous, Conseil de l’Ap­pel des appels, faisons notre le texte1 ci-après de
Roland Gori et Marie-José Del Volgo publié dans Libé­ra­tion du 8 janvier
2019 et nous appe­lons à signer notre appel « Stop au gâchis humain ».
En effet que valent les poli­tiques sociales et écono­miques qui, au nom de la raison budgé­taire, ne tiennent abso­lu­ment pas compte des
maltrai­tances et des morts des humains aban­don­nés dans la rue, dans les EHPAD et jusqu’à l’hô­pi­tal
produi­sant des catas­trophes sani­taires et humaines ?
La vulné­ra­bi­lité des patients et des soignants, l’an­goisse des familles et
des profes­sion­nels, sont mépri­sées et rendues invi­sibles par une
bureau­cra­tie aussi féroce qu’i­nef­fi­cace. Ces violences symbo­liques et maté­rielles font le jeu des popu­lismes et des extré­mismes avec
d’au­tant plus de faci­lité que la culture et l’in­for­ma­tion sont
marchan­di­sées
sous l’ef­fet des modes et du « présen­tisme », bradées
comme spec­tacles éphé­mères et incon­sis­tants. Cette obso­les­cence de
l’hu­main est aggra­vée par un déclin des huma­ni­tés, par un effon­dre­ment des dispo­si­tifs de forma­tion à l’es­prit critique et à la réflexion tradi­tion­nel­le­ment assu­rés par l’édu­ca­tion, la recherche et la culture.
Le lien démo­cra­tique et la pensée critique fondés sur le goût de la liberté et de la justice sont sacri­fiés par des dispo­si­tifs d’in­ti­mi­da­tion sociale qui se prétendent « exper­tises ». Ça suffit ! Il ne faut plus céder à la cura­telle tech­nico-finan­cière des humains accom­plie par ces pseudo évalua­tions
qui ignorent déli­bé­ré­ment le gâchis humain qu’elles produisent, la

perte du sens de l’exis­tence, la déva­lo­ri­sa­tion des vies, le déses­poir
et le malheur, au profit d’une logique de domi­na­tion sociale.
Aujourd’­hui où, de nouveau, des prin­temps de colère et de déses­poir
émergent refu­sons ces pseudo évalua­tions, vecteur essen­tiel d’une
poli­tique de prolé­ta­ri­sa­tion des métiers et de paupé­ri­sa­tion des
profes­sion­nels. Arrê­tons ces impos­tures que sont les évalua­tions
comp­tables et les
fake news sur lesquelles elles s’ap­puient. Exigeons
que les mesures de la valeur prennent en compte le coût humain.    
« Face à l’hy­per-libé­ra­lisme mondia­lisé et au gâchis humain qu’il
produit, des violences radi­cales s’ex­priment, elles lui appar­tiennent.
« Les hommes ressemblent plus à leur époque qu’à leurs pères »
rappe­lait l’his­to­rien Marc Bloch
. La nôtre ne fait pas excep­tion.
Qu’il s’agisse des révoltes sociales, des votes anti­sys­tème natio­na­listes et xéno­phobes, voire d’actes terro­ristes, la conta­gion affec­tive d’in­di­vi­dus
de plus en plus isolés, déso­lés, joue à pleins tuyaux.
L’opi­nion publique comme les foules numé­riques agissent par
procu­ra­tion, elles prélèvent sur les réseaux sociaux les infor­ma­tions qui leur manquent pour donner un sens et une cohé­rence à leur
quoti­dien. Elles cherchent déses­pé­ré­ment des moyens de sortir de
l’apa­thie qui menace tous les régimes poli­tiques lorsqu’ils deviennent
orphe­lins des idéo­lo­gies et des fictions qui font rêver les peuples.
Le peuple n’est pas un donné socio­lo­gique, c’est un construit poli­tique,
un travail poli­tique qui œuvre par des paroles et des actes symbo­liques
pour sortir les humains du désert qui les guette dans les indi­vi­dua­lismes de masse. Le travail reste à faire, le peuple à se construire.
Les Gilets Jaunes le cherchent déses­pé­ré­ment, confu­sé­ment, non sans se donner préa­la­ble­ment un Roi dont ils réclament la desti­tu­tion. Cela ne
suffira pas à faire un peuple, pas davan­tage que les spasmes et oripeaux des nazillons en carton-pâte auprès desquels les partis conser­va­teurs de Droite comme de Gauche se désho­norent à préle­ver des slogans et des
thèmes de campagne élec­to­rale faute d’idées poli­tiques.
Dix ans après l’Appel des appels, nous ne pouvons plus nous conten­ter d’une péti­tion pure­ment éthique. Nous aler­tions alors l’opi­nion
publique et les respon­sables poli­tiques sur les dangers sociaux et
psycho­lo­giques d’une « casse » des métiers du soin, de l’en­sei­gne­ment, de la recherche, du travail social, de la justice, de la culture et de
l’in­for­ma­tion qui, en intro­dui­sant une logique pure­ment gestion­naire et tech­no­cra­tique, finis­sait par perver­tir les actes de nos métiers.
Les nouvelles formes d’éva­lua­tion qui sévis­saient, et sévissent encore,
singeaient les méthodes du mana­ge­ment d’en­tre­prise et finis­saient par
confondre la valeur d’un service rendu avec sa tari­fi­ca­tion moné­taire.
Cette norma­li­sa­tion tech­nico-finan­cière des popu­la­tions a étendu les
méfaits du taylo­risme à l’en­semble des secteurs et des profes­sions de la
société, avec une mise au pas de nos services publics et de leurs
profes­sion­nels trop long­temps récal­ci­trants à l’hé­gé­mo­nie cultu­relle dela marchan­dise et du spec­tacle. A la logique répu­bli­caine des missions
d’in­té­rêt géné­ral se substi­tuait violem­ment un monde de compé­tences
tech­niques et parcel­laires pres­crites par des « experts » et réali­sées par
des exécu­tants mis en concur­rence perma­nente au nom d’une
« renta­bi­lité entre­pre­neu­riale ». Aucun des événe­ments qui se sont produits au cours de ces dernières années n’est venu discré­di­ter cette analyse de l’Appel des appels qui a pris corps dans l’opi­nion.
Il nous faut main­te­nant des actes poli­tiques, non plus un appel mais un
cri : nous ne voulons plus de cette « casse » des services publics qui
accroit les déserts et livre les citoyens à toutes sortes de préda­teurs,
marchands, sectaires ou terro­ristes. Les services rendus par nos postiers, nos soignants, nos poli­ciers, nos magis­trats, nos ensei­gnants, nos
cher­cheurs, nos jour­na­lis­tes… ne doivent plus être placés sous la
cura­telle tech­nico-finan­cière du profit immé­diat, moné­taire et à court
terme. Nous disons : « Stop ». Nous exigeons une égalité qui loin d’être un donné de la nature est l’œuvre des humains et de leurs lois. Ce désir de
démo­cra­tie s’est exprimé par la colère des Gilets Jaunes autant que par une révolte sociale par procu­ra­tion. Nous devons aujourd’­hui
prendre la parole dans l’es­pace public pour construire ce peuple français qui n’existe pas encore, ou à peine… La Ve Répu­blique a vécu. La VIe ne saurait être décré­tée par un programme élec­to­ral.
Elle doit se prépa­rer jour après jour, sur les lieux de vie, à commen­cer
par les lieux de travail. Les nouvelles tech­no­lo­gies boule­versent le
paysage des métiers et des emplois. Le temps libéré par la tech­no­lo­gie
devrait être consa­cré à cette consul­ta­tion démo­cra­tique qui ne saurait se réduire à une séquence de deux mois. Réha­bi­li­tons la parole et le débat
contra­dic­toir
e faute de quoi il n’y a pas de démo­cra­tie authen­tique, qu’elle soit directe ou repré­sen­ta­tive. Parler aujourd’­hui au nom du peuple
est une impos­ture. Le Peuple est à construire. La frater­nité est la seule
valeur à même de « récon­ci­lier ces sœurs enne­mies que sont la liberté et l’éga­lité » (Berg­son). La Démo­cra­tie a pour exigence première le
« prendre soin », le prendre soin de soi et de l’Autre sans lequel il n’y a
pas de vie qui mérite d’être vécue. C’est pour cela que nous ne devons
plus lais­ser à la rue ces enfants, ces femmes, ces hommes, ces familles
que notre Répu­blique a les moyens de prendre en charge, et dont le coût sera moins prohi­bi­tif que les opulences finan­cières, les obési­tés
luxueuses que le lais­ser-faire poli­tique du néoli­bé­ra­lisme a permis.
A moins que le spec­tacle de cette misère ne soit partie prenante des
méthodes d’
inti­mi­da­tion sociale que le poli­tique pratique depuis
quarante ans. Le pays a les moyens de prendre soin de la vulné­ra­bi­lité de ses citoyens.
Enfin, au moment où légi­ti­me­ment nous nous préoc­cu­pons de la crise
écolo­gique et de la catas­trophe de l’an­thro­po­cène qui s’an­nonce, il
convient de ne pas oublier qu’elle est la part émer­gée de l’ice­berg.
Comment l’hu­main pour­rait-il mieux prendre soin de la planète qu’il ne se traite lui-même ? Toute révo­lu­tion écolo­gique qui ferait l’im­passe sur cette inter­ro­ga­tion condui­rait à un échec. C’est une évidence. Inutile
d’avoir des larmes de croco­dile sur les méfaits des gaz à effet de serre
lorsque dans la rue, dans les hôpi­taux, dans les EHPAD et les lieux de travail nous lais­sons nos conci­toyens « crever » de soli­tude et de misère
pour limi­ter les « défi­cits » des services publics ou accroitre la perfor­mance de leurs employés.
« Stop au gâchis humain ». Ce cri prend aujourd’­hui le relais de tous les
appels auxquels nous nous asso­cions depuis plus de dix ans. »

Billets en relation :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.