16 août 2026

Syndicat de la Magistrature. L’absence de priorisation des violences sexuelles et l’abandon de la police judiciaire ne sont pas des fakenews

L’absence de priorisation des violences sexuelles et l’abandon de la police judiciaire ne sont pas des fakenews

L’absence de priorisation des violences sexuelles et l’abandon de la police judiciaire ne sont pas des fakenews

Le journal Le Monde a révélé le 8 août 2026 l’existence d’un courrier de 12 pages qu’aurait adressé le 29 juillet Gérald Darmanin au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Ce document listerait les dysfonctionnements constatés par les parquets généraux dans le cadre de leur revue de procédures faisant suite à l’affaire Lyhanna. Tout en citant des exemples particulièrement précis par tribunal, le journal résume le contenu de ce courrier en ces termes : « manque d’effectifs chronique, défaut de traçabilité des procédures, priorisation incertaine ou défaillante, investissement professionnel parfois insuffisant, y compris dans les unités spécialisées, enquêteurs peu ou mal formés ».

Cafouillage interministériel. Alors que le ministre de l’Intérieur indique à l’AFP regretter la fuite de cette note, Gérald Darmanin a publié une autre note de 3 pages sur ses réseaux sociaux afin « que nulle fake news n’existe », il présente ce document, non daté, comme étant le document réellement adressé à son homologue de l’Intérieur. Cette note, beaucoup plus succincte que celle qu’aurait consultée Le Monde, relaie cependant l’alerte des magistrat·es s’agissant des difficultés structurelles rencontrée tant par les parquets que les enquêteur·ices dans le traitement des dossiers de violences sexuelles sur mineurs.

Au-delà des versions divergentes des deux ministres, il est tout simplement intolérable de voir le gouvernement procéder à un énième inventaire de l’incurie judiciaire alors même que les problématiques structurelles sont objectivées et dénoncées depuis de nombreuses années, notamment par le Syndicat de la magistrature.

Une situation de crise non prise en compte depuis 2023. Bien qu’il ait toujours refusé de le communiquer, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin avait été destinataire de la part de sa propre inspection en juin 2023 d’un rapport accablant concernant les stocks de procédures en attente dans les commissariats et les gendarmeries. Pour rappel, ce rapport révélait que près de la moitié du stock dans les services d’enquête avait plus de 2 ans et que des dossiers d’agressions sexuelles et des viols étaient laissés à l’abandon alors même que les auteurs étaient identifiés. Plus encore, les inspections alertaient le ministre Darmanin sur les conséquences de cette embolie, ne permettant plus d’identifier les procédures comportant des risques majeurs, à traiter en priorité, précisément en matière de violences sexuelles sur mineurs. Ici encore, seul le travail d’investigation journalistique avait permis la révélation de ce rapport tenu secret, malgré les demandes de publications du Syndicat de la magistrature dès 2023.

Une instrumentalisation grossière des chiffres. Alors même qu’aucune mesure d’ampleur n’a été lancée à la suite de ce rapport, Gérald Darmanin semble pourtant satisfait de son passage à Beauvau et se permet d’être approximatif sur les chiffres. Quand il affirme avoir permis la création de 8 000 postes de policier·es et gendarmes, il omet d’indiquer qu’il s’agit d’un objectif fixé dans la loi de programmation 2023, non réalisé à ce jour. Il omet également de préciser que la grande majorité des emplois créés ne sont pas affectés à la police judiciaire, chargée des enquêtes, et n’auront donc aucune conséquence sur le traitement des dossiers de violences sexuelles sur les mineurs.

Quand il affirme avoir doublé les effectifs de la brigade des mineurs de la préfecture de Paris, il omet, encore, d’indiquer que cette augmentation ne concerne qu’une brigade des mineurs sur le territoire, sans communiquer sur le sous-effectif chronique de l’ensemble des services traitant ce contentieux partout en France.

Rappelons que le démantèlement de la police judiciaire réalisé par Gérald Darmanin alors ministre de l’Intérieur était animé par la culture du chiffre au détriment de la qualité des enquêtes, y compris en matière de violences sexuelles.

Au contraire, le Syndicat de la magistrature réaffirme l’impérieuse nécessité de rattacher la police judiciaire à l’autorité judiciaire – afin d’empêcher son accaparement par l’exécutif. Seule cette mesure permettra de s’assurer de la création de nouveaux postes en police et gendarmerie entièrement dédiés au traitement des procédures judiciaires, au premier rang desquelles celles relative aux crimes sexuels commis contre les enfants.

Les rapports et les alertes s’empilent, mais rien de change. Le Syndicat de la magistrature réaffirme la nécessité de mettre en place de manière durable une politique publique permettant de réels changements institutionnels et sociétaux en matière de protection de l’enfance contre toute forme de violence, incluant l’ensemble des services publics.

Publié le 11 août 2026

Télécharger le communiqué du Syndicat de la Magistrature

https://www.syndicat-magistrature.fr/notre-action/independance-et-service-public-de-la-justice/police-judiciaire/communiqué-de-presse-labsence-de-priorisation-des-violences-sexuelles-et-labandon-de-la-police-judiciaire-ne-sont-pas-des-fakenews/

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