En France, le mal-logement et la précarité explosent : le résultat désastreux de la casse du parc social
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Publié le 03 février 2026
Des chiffres bruts, glacés, terribles. Le rapport que vient de publier la Fondation pour le logement révèle l’ampleur de la détérioration des conditions d’existence dans notre pays. « Douze millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, un chiffre que l’on n’avait pas atteint depuis trente ans », souligne Christophe Robert, délégué général de la Fondation. Les indicateurs se dégradent rapidement. La France compte trois cent cinquante mille personnes à la rue ou logées de façon précaire en centre d’hébergement ou à l’hôtel. C’est un doublement en dix ans. Un tiers des habitants souffrent du froid l’hiver, contre 15 % en 2019. 20 % ont du mal à payer leur loyer, contre 13 % en 2022. 14 % ont recours à l’aide alimentaire, deux fois plus qu’en 2021. Neuf cent douze personnes sont mortes dans la rue en 2024, une hausse de 16 % en un an. Parmi elles, trente et un enfants de moins de 4 ans. « Nous sommes à un point de bascule sur le front de la précarité et du mal-logement », alerte la Fondation.
Cet état des lieux révoltant a des causes. En ponctionnant le budget des bailleurs sociaux, le gouvernement a ralenti la production de HLM : quatre-vingt-quinze mille en 2025 contre cent vingt-quatre mille en 2016. Résultat : la file d’attente pour accéder au parc social a doublé en vingt ans. (…) « Aujourd’hui, les préfets accordent l’expulsion pour des personnes âgées, malades ou avec enfants. Nous n’avions jamais connu une telle situation », s’indigne Christophe Robert. Or la loi Kasbarian-Bergé a été écrite pour protéger les petits propriétaires-bailleurs, qui ont investi dans des produits locatifs de type « Pinel ». La chute de la production de HLM touchant surtout les catégories de logements les plus abordables, ces bailleurs privés se retrouvent avec des locataires qui, n’ayant pu accéder au parc social, sont contraints de payer un loyer trop élevé pour leurs ressources : en privilégiant, pour des raisons idéologiques, la construction locative privée « intermédiaire » au détriment du parc social et très social, les gouvernements de l’ère Macron sont entièrement responsables de ce désastre.
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Mais « la montée en puissance des idées d’extrême droite constitue un réel danger pour les mal-logés. Elles ne cherchent pas à apporter des solutions collectives, mais pointent du doigt des boucs émissaires », s’inquiète Christophe Robert. Au lieu de faire la chasse aux pauvres, c’est contre la pauvreté qu’il faudrait lutter. S’attaquer à la précarité, réduire les inégalités de revenus, augmenter les droits de succession sur les grandes fortunes, imposer fortement la location saisonnière de type Airbnb, réquisitionner si nécessaire des logements vides… Pour permettre enfin à chacun d’avoir un toit et de vivre dignement.
