7 février 2026

Télé­rama. Fonda­tion pour le loge­ment des défa­vo­ri­sés. Le mal loge­ment explose.

En France, le mal-loge­ment et la préca­rité explosent : le résul­tat désas­treux de la casse du parc social

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Par Xavier de Jarcy

Publié le 03 février 2026

Des chiffres bruts, glacés, terribles. Le rapport que vient de publier la Fonda­tion pour le loge­ment révèle l’am­pleur de la dété­rio­ra­tion des condi­tions d’exis­tence dans notre pays. « Douze millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, un chiffre que l’on n’avait pas atteint depuis trente ans », souligne Chris­tophe Robert, délé­gué géné­ral de la Fonda­tion. Les indi­ca­teurs se dégradent rapi­de­ment. La France compte trois cent cinquante mille personnes à la rue ou logées de façon précaire en centre d’hé­ber­ge­ment ou à l’hô­tel. C’est un double­ment en dix ans. Un tiers des habi­tants souffrent du froid l’hi­ver, contre 15 % en 2019. 20 % ont du mal à payer leur loyer, contre 13 % en 2022. 14 % ont recours à l’aide alimen­taire, deux fois plus qu’en 2021. Neuf cent douze personnes sont mortes dans la rue en 2024, une hausse de 16 % en un an. Parmi elles, trente et un enfants de moins de 4 ans. « Nous sommes à un point de bascule sur le front de la préca­rité et du mal-loge­ment », alerte la Fonda­tion.

Cet état des lieux révol­tant a des causes. En ponc­tion­nant le budget des bailleurs sociaux, le gouver­ne­ment a ralenti la produc­tion de HLM : quatre-vingt-quinze mille en 2025 contre cent vingt-quatre mille en 2016. Résul­tat : la file d’at­tente pour accé­der au parc social a doublé en vingt ans. (…) « Aujourd’­hui, les préfets accordent l’ex­pul­sion pour des personnes âgées, malades ou avec enfants. Nous n’avions jamais connu une telle situa­tion », s’in­digne Chris­tophe Robert. Or la loi Kasba­rian-Bergé a été écrite pour proté­ger les petits proprié­taires-bailleurs, qui ont investi dans des produits loca­tifs de type « Pinel ». La chute de la produc­tion de HLM touchant surtout les caté­go­ries de loge­ments les plus abor­dables, ces bailleurs privés se retrouvent avec des loca­taires qui, n’ayant pu accé­der au parc social, sont contraints de payer un loyer trop élevé pour leurs ressources : en privi­lé­giant, pour des raisons idéo­lo­giques, la construc­tion loca­tive privée « inter­mé­diaire » au détri­ment du parc social et très social, les gouver­ne­ments de l’ère Macron sont entiè­re­ment respon­sables de ce désastre.

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Mais « la montée en puis­sance des idées d’ex­trême droite consti­tue un réel danger pour les mal-logés. Elles ne cherchent pas à appor­ter des solu­tions collec­tives, mais pointent du doigt des boucs émis­saires », s’inquiète Chris­tophe Robert. Au lieu de faire la chasse aux pauvres, c’est contre la pauvreté qu’il faudrait lutter. S’at­taquer à la préca­rité, réduire les inéga­li­tés de reve­nus, augmen­ter les droits de succes­sion sur les grandes fortunes, impo­ser forte­ment la loca­tion saison­nière de type Airbnb, réqui­si­tion­ner si néces­saire des loge­ments vides… Pour permettre enfin à chacun d’avoir un toit et de vivre digne­ment.

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