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Trois syndi­cats d’en­sei­gnants et cher­cheurs refusent le faux dialogue propo­sée par la Ministre des univer­si­tés et appellent à ampli­fier le mouve­ment

Décla­ra­tion limi­naire, réunion « Lance­ment de la concer­ta­tion sur la meilleure recon­nais­sance
de la mission de forma­tion des ensei­gnants-cher­cheurs et des ensei­gnants dans
l’en­sei­gne­ment supé­rieur » le 29 mars 2018

Madame la ministre,

nous n’avons pas pour habi­tude de refu­ser de parti­ci­per à des
concer­ta­tions quand vous nous y invi­tez. Le sujet du jour, la recon­nais­sance de l’en­ga­ge­ment
dans leur mission de forma­tion des ensei­gnants-cher­cheurs et des ensei­gnants, consti­tue une
ques­tion impor­tante pour les collègues, à laquelle nous portons une grande atten­tion.
Toute­fois, Madame la ministre, les condi­tions ne sont pas réunies pour pouvoir discu­ter
aujourd’­hui. « Parcour­sup » a été mis en place avant même que le cadre légis­la­tif ne
l’au­to­rise. La loi « Orien­ta­tion et réus­site des étudiants » (ORE) a été adop­tée à marche
forcée. La réforme du bacca­lau­réat avance à grands pas. Vous avez refusé d’en­tendre
l’op­po­si­tion à vos plans émanant des orga­ni­sa­tions CGT FERC, FSU, FNEC FO, Sud Éduca­tion,
UNEF, Soli­daires Etudiant.e.s, UNL, UNL SG…

Votre gouver­ne­ment porte donc la respon­sa­bi­lité de la mobi­li­sa­tion qui est entrain de se
déve­lop­per. Or dans de nombreux cas, la réponse de votre minis­tère ou des diri­geants
d’éta­blis­se­ment a été l’au­to­ri­ta­risme et des inter­ven­tions poli­cières sur les campus
univer­si­taires, comme ce fut le cas à Nantes, Bordeaux, Paris, Lille, Caen, Dijon, Grenoble,
Stras­bourg.

Une étape supplé­men­taire a été fran­chie quand, à Toulouse 2, face à la déter­mi­na­tion des
person­nels et des étudiant.es à refu­ser la fusion et le projet ORE, vous avez desti­tué les
conseils et nommé un admi­nis­tra­teur provi­soire, ce qui est inédit et inac­cep­table.

Dans ce climat délé­tère, des survi­vances d’un autre siècle se sont fait jour.
En effet, Jeudi 22 mars, à Mont­pel­lier, des hommes cagou­lés et armés de lattes de bois ont
fait irrup­tion dans une salle de l’uni­ver­sité de droit où se tenait, dans le calme, une
occu­pa­tion rassem­blant une cinquan­taine d’étu­diant·es. Ils ont frappé, menacé, insulté les
étudiant·e·s présents, en bles­sant quatre qui ont dû rece­voir des soins. Il appa­raît que le
direc­teur de l’UFR de droit a, a minima, laissé faire cette agres­sion sur des jeunes placés sous
sa respon­sa­bi­lité, voire en aurait été complice. Ces faits et les décla­ra­tions qui les ont suivis
ont soulevé l’in­di­gna­tion et il a été contraint de démis­sion­ner dès samedi midi.
Des plaintes ont été dépo­sées et toute la lumière doit être faite sur ces violences et leurs
auteurs, les respon­sa­bi­li­tés doivent être clai­re­ment établies. Nos orga­ni­sa­tions seront très
atten­tives au fait que l’enquête aille à son terme et établisse l’en­semble des respon­sa­bi­li­tés.
Nous vous deman­dons, Madame la ministre, de le garan­tir.
SNESUPFSU

De même, Lundi 26 mars au soir, à la sortie d’une Assem­blée Géné­rale à Lille 2, des
étudiant·es ont été agres­sés par un groupe se reven­diquant de l’ex­trême droite.
Avec ce type de violences, une nouvelle étape a été fran­chie.

Madame la ministre, nous sommes soli­daires des jeunes et des person­nels agres­sés. La
violence, les injures racistes, sexistes et homo­phobes sont inac­cep­tables et condam­nables.
L’ex­trême droite et ses mili­tant·e·s portent des valeurs et des propo­si­tions qui sont à l’op­posé
de notre vision d’une éduca­tion éman­ci­pa­trice, éclai­rée et ouverte aux débats d’idées.

Madame la ministre, nous vous rappe­lons que les lycéen·nes et les étudiant·es ont le droit de
se mobi­li­ser. Ils et elles peuvent se réunir, diffu­ser des tracts, affi­cher leurs opinions, se
mobi­li­ser dans et devant leurs établis­se­ments. Le recours répété aux forces de l’ordre pour
vider les amphis ou déga­ger les entrées des établis­se­ments ne peut pas être la réponse à
leurs reven­di­ca­tions.

Dans le même temps, les services publics du rail, de la santé, de la forma­tion profes­sion­nelle,
etc. sont attaqués de manière simi­laire. Les services publics sont notre bien commun et nos
orga­ni­sa­tions appellent à soute­nir les mobi­li­sa­tions en cours et à les défendre. La loi ORE,
Parcour­sup et la réforme du bac et du lycée instaurent la sélec­tion à l’en­trée à l’uni­ver­sité,
cassent les diplômes natio­naux, pratiquent le tri social et creusent les inéga­li­tés sociales et
terri­to­riales. Nous exigeons leur retrait et nous appe­lons les ensei­gnant·es, les person­nels, les
étudiant·es et les lycéen·nes à orga­ni­ser des assem­blées géné­rales, à ampli­fier les
mobi­li­sa­tions et à opérer la conver­gence avec les autres sala­rié·es en lutte.

Madame la ministre, le budget 2018 de l’en­sei­gne­ment supé­rieur que vous avez fait adop­ter
ne consacre pas un euro à la prise en compte de l’aug­men­ta­tion du nombre d’étu­diants dans
les établis­se­ments. Le taux d’en­ca­dre­ment en licence est le plus faible de toutes les
forma­tions de l’en­sei­gne­ment supé­rieur et, actuel­le­ment, vous négo­ciez l’ou­ver­ture de places
au quart du coût moyen par étudiant. Est-ce dans ces condi­tions que vous comp­tez amélio­rer
la réus­site des étudiants et reva­lo­ri­ser l’in­ves­tis­se­ment des ensei­gnants cher­cheurs dans leur
mission de forma­tion ?

Nous atten­dons des propo­si­tions concrètes de votre part. Nous avons expé­ri­menté les
concer­ta­tions fleuves qui conduisent à un rapport puis à un projet de loi qui n’en reprend
aucune des conclu­sions. Ce n’est pas notre concep­tion de la concer­ta­tion et moins encore de
la négo­cia­tion.

Nous ne saurions discu­ter serei­ne­ment dans de telles condi­tions, c’est pourquoi nous
refu­sons de siéger.

Signa­tures des orga­ni­sa­tions
CGT Ferc­sup, SNESUP-FSU et SUD-éduca­tion

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