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Une sale époque

Un article de Moha­med Belaali

Publié sur son blog : http://www.belaali.com/2016/03/une-sale-epoque.html

De la répres­sion du mouve­ment ouvrier à la soumis­sion aveugle aux forces du capi­tal en passant par l’état d’ur­gence perma­nent, la France vit une sale époque. De l’État de droit à l’État de police, la France se dirige, consciem­ment ou non, vers un système auto­ri­taire dans lequel la popu­la­tion n’aura ni liberté ni sécu­rité. Le Chômage de masse n’est que l’as­pect visible d’une situa­tion écono­mique et sociale désas­treuse. La misère maté­rielle et morale, consé­quence directe d’une poli­tique écono­mique d’aus­té­rité voulue et impo­sée par la classe diri­geante, touche une large part de la popu­la­tion. La richesse se concentre de plus en plus entre les mains d’une mino­rité sans foi ni loi. Les classes popu­laires sont paupé­ri­sées, humi­liées, mépri­sées et par-dessus le marché mani­pu­lées par une classe incon­sé­quente aveu­glée par son arro­gance et son despo­tisme.

Hollande et Valls, serviles servi­teurs des puis­sants et dont la tactique et la stra­té­gie poli­tiques se réduisent à plaire à la bour­geoi­sie pour se main­te­nir au pouvoir, appliquent avec un zèle singu­lier une poli­tique écono­mique entiè­re­ment dédiée aux indus­triels, banquiers, finan­ciers et autres spécu­la­teurs. Des milliards et des milliards d’eu­ros, puisés dans les deniers publics, sont ainsi offerts aux chefs d’en­tre­prises, aux Pigeons(1) et autres Bonnets rouges pour … créer des emplois ! Mais ces offrandes aux patrons, petits et grands, n’ont nulle­ment empê­ché le chômage et la préca­rité de pour­suivre leur fulgu­rante ascen­sion et battre tous les records. Le nombre de chômeurs, toutes caté­go­ries confon­dues, dépasse les six millions (6 110 000 dans la France entière) (2) et celui des précaires, les trois millions (3 182 000 exac­te­ment) (3). Une nouvelle forme de préca­ri­sa­tion extrême comme l’ube­ri­sa­tion de l’em­ploi ou le contrat zéro heure se déve­loppent, hélas, de plus en plus.

Une poli­tique de classes

Aucune pers­pec­tive d’amé­lio­ra­tion de la situa­tion écono­mique ne se profile à l’ho­ri­zon. Les bour­geoi­sies euro­péennes sont déter­mi­nées à faire appliquer par leurs gouver­ne­ments respec­tifs des poli­tiques de « rigueur et d’aus­té­rité » qui ne font qu’ap­pau­vrir l’im­mense majo­rité de la popu­la­tion et enri­chir une petite mino­rité d’ex­ploi­teurs. De nouveaux plans d’aus­té­rité plus durs et plus sauvages encore vont succé­der aux anciens, jetant toujours plus d’hommes et de femmes dans le chômage et la préca­rité. Comme on le voit, les classes diri­geantes n’ont rien d’autre à offrir aux travailleurs que le désar­roi et la misère.

En orga­ni­sant ce gigan­tesque trans­fert de richesses du travail vers le capi­tal, les classes domi­nantes préparent en même temps d’autres crises plus violentes et plus impré­vi­sibles. Alors que les consé­quences de la crise de 2007 sont toujours présentes, le spectre d’une nouvelle dépres­sion étend son ombre sur le monde. L’an­goisse s’em­pare à nouveau des banques et des tensions palpables agitent les marchés. Le système finan­cier global est de plus en plus sous pres­sion, comme le souligne le FMI porte-parole du capi­tal : « Les problèmes héri­tés des turbu­lences passées ampli­fient ces tensions, d’où une aggra­va­tion des risques pesant sur la stabi­lité finan­cière » (4). D’autres facteurs comme la chute des prix du pétrole et des matières premières, le ralen­tis­se­ment de la crois­sance chinoise, le niveau gigan­tesque de l’en­det­te­ment, les bulles spécu­la­tives, les licen­cie­ments massifs opérés par les grandes multi­na­tio­nales etc. ne font que prépa­rer les condi­tions d’une nouvelle crise. Même si le capi­ta­lisme possède des capa­ci­tés extra­or­di­naires d’adap­ta­tion, il devient de plus en plus un obstacle au déve­loppent de la produc­tion et un frein au progrès écono­mique, social et poli­tique. L’ave­nir reste donc sombre, d’au­tant plus sombre que cette situa­tion attise les tensions géopo­li­tiques et exacerbe les luttes d’in­té­rêt, préci­pi­tant le monde dans le chaos et les guerres.

Guerre et répres­sion

Inca­pable de combattre le chômage et la misère qui s’ins­tallent dura­ble­ment en France, Hollande bat les tambours de la guerre et mobi­lise toute la nation derrière lui pour… « lutter contre le terro­risme »! Le guer­rier Hollande envoie ainsi l’ar­mée au Mali, en Irak, en Syrie et mène aujourd’­hui des opéra­tions mili­taires plus ou moins secrètes en Libye pour livrer la guerre à un ennemi qu’il a, avec ses prédé­ces­seurs, large­ment contri­bué à créer ! La guerre est décla­rée non pas contre son adver­saire, le despo­tisme du « monde de la finance » , comme il le disait lui-même (5), mais contre les atten­tats terro­ristes. Belle manière pour occul­ter la faillite de sa poli­tique écono­mique et détour­ner les masses popu­laires des vrais combats et des vrais problèmes : chômage de masse, préca­rité de l’em­ploi, dispa­ri­tion progres­sive des acquis sociaux etc. La guerre que la classe diri­geante mène à l’ex­té­rieur n’est que le prolon­ge­ment de celle livrée à l’in­té­rieur contre les sala­riés en géné­ral et les travailleurs en parti­cu­lier.

Le mépris de Hollande et de Valls pour la classe ouvrière n’a d’égal que leur soumis­sion aux patrons. C’est sous leur règne que des ouvriers sont condam­nés à de la prison ferme pour avoir défendu leurs emplois. Hollande et Valls, à travers leurs procu­reurs, ont décidé de punir les sala­riés de Goodyear alors même que la direc­tion et les deux cadres séques­trés avaient retiré leur plainte ! Le procès s’est donc déroulé sans plai­gnant ! Rappe­lons que les sala­riés de cette multi­na­tio­nale améri­caine mènent depuis 2007 des luttes dures et inin­ter­rom­pues contre les plans de licen­cie­ment de Goodyear Tire. Le 31 janvier 2013 la direc­tion annonce la ferme­ture de l’usine d’Amiens-Nord suppri­mant du même coup 1143 emplois ! Seule­ment 120 des « ex-goodyear » ont trouvé un CDI, 12 sont décé­dés et 3 se sont suici­dés (6). Et comme si ce drame ne suffi­sait pas, le procu­reur de la Répu­blique voulait, vaille que vaille, jeter les travailleurs les plus comba­tifs en prison. Préci­sons que les procu­reurs de la Répu­blique sont des magis­trats nommés par décret du président de la Répu­blique et placés « sous l’au­to­rité du garde des sceaux, ministre de la justice » (7). Ils sont donc direc­te­ment dépen­dants du pouvoir poli­tique c’est-à-dire de Hollande et de Valls. C’est une trahi­son histo­rique.

Mais la condam­na­tion des « ex-goodyear » n’est que l’arbre qui cache la forêt. Car bruta­lité patro­nale et résis­tance ouvrière vont de pair. Les séques­tra­tions, occu­pa­tions d’usines, grèves et autres mani­fes­ta­tions se succèdent et se déve­loppent au rythme des licen­cie­ments et des ferme­tures de sites : capi­tal contre travail, exploi­teurs contre exploi­tés, profit contre salaire, violence sociale ouvrière contre violence sociale patro­nale. Seule­ment la violence patro­nale est masquée, invi­sible, alors que la lutte des sala­riés, elle, est montrée, média­ti­sée et de surcroît rendue illé­gale. Il suffit de se rappe­ler l’hys­té­rie des médias bour­geois concer­nant « la chemise déchi­rée » dans le conflit d’Air France pour s’en convaincre. D’un côté les images de deux cadres avec chemises déchi­rées qui ont fait le tour du monde, de l’autre un silence assour­dis­sant sur les 2 900 licen­cie­ments prévus par la direc­tion d’Air France ; c’est que « la lutte des classe ça déchire » ! (8).

Hollande et Valls ne se contentent pas de crimi­na­li­ser les luttes ouvrières. Ce sont deux hommes poli­tiques sans prin­cipes ni convic­tions. Leur seule préoc­cu­pa­tion est de rester au pouvoir en s’age­nouillant devant les puis­sants tout en mépri­sant les travailleurs. Ils comptent en ce moment enga­ger « une réforme » qui va boule­ver­ser de fond en comble le code du travail. Ils sont déter­mi­nés à détruire un siècle d’avan­cées sociales arra­chées de haute lutte par des géné­ra­tions succes­sives de travailleurs. En vidant le code du travail de sa substance, ils cherchent, au profit du patro­nat, à venir à bout de l’es­sen­tiel des acquis sociaux. Cette nouvelle attaque a pour ultime objec­tif de réduire le salaire à sa limite la plus basse pour un profit le plus élevé. Elle s’ins­crit parfai­te­ment dans cette tendance géné­rale de la produc­tion capi­ta­liste contre laquelle les travailleurs doivent s’éle­ver en perma­nence s’ils ne veulent pas être rava­lés au rang d’ esclaves.

Cette régres­sion sociale géné­ra­li­sée est gran­de­ment faci­li­tée et accen­tuée par l’ins­tau­ra­tion de l’état d’ur­gence voulu par le gouver­ne­ment dans le cadre de sa « guerre contre le terro­risme ». Car pour que les « réformes » passent, il faut surveiller, ficher et répri­mer : « L’ins­tru­men­ta­li­sa­tion du terro­risme par la classe diri­geante permet de muse­ler et d’étouf­fer toute oppo­si­tion, toute critique et toute résis­tance à sa poli­tique de classe » (10).

État d’ur­gence

L’état d’ur­gence permet égale­ment au président de la Répu­blique et à son premier ministre de promul­guer des lois liber­ti­cides accor­dant d’im­menses pouvoirs à l’ap­pa­reil répres­sif ouvrant ainsi la porte à toutes les dérives, à tous les déra­pages et à tous les abus. Le pouvoir, par exemple, peut désor­mais ordon­ner des perqui­si­tions de jour comme de nuit, assi­gner à rési­dence les citoyens, de préfé­rence musul­mans, sans aucun contrôle judi­ciaire. Combien d’en­fants ont été trau­ma­ti­sés et violen­tés, de citoyens bruta­li­sés et humi­liés pour rien lors des perqui­si­tions ? (11). Les Nations Unies, le Conseil de l’Eu­rope et les orga­ni­sa­tions de défense des droits de l’homme (12) ont tous condamné ces dérives.

Ce régime d’ex­cep­tion risque, comme l’ex­pé­rience nous l’en­seigne, de deve­nir la règle, de se bana­li­ser avec toutes les consé­quences sur les liber­tés indi­vi­duelles et collec­tives. L’état d’ur­gence a déjà été prolongé deux fois et le gouver­ne­ment tente d’en­tre­te­nir un climat de peur pour légi­ti­mer le main­tien, sous une forme ou sous une autre, de cet état d’ur­gence :« Il ne faut aujourd’­hui rien exclure et je le dis avec toutes les précau­tions qui s’im­posent, mais nous le savons et nous l’avons à l’es­prit, il peut y avoir aussi le risque d’armes chimiques et bacté­rio­lo­giques » disait Manuel Valls (13). La France glisse ainsi lente­ment vers un régime où la police et l’ap­pa­reil répres­sif en géné­ral auront des pouvoirs exor­bi­tants. Le citoyen sera enserré par un État omni­pré­sent et omni­po­tent qui, comme les tenta­cules d’une pieuvre géante, l’étouffe.

Malgré cette triste période toute peinte de noir, le combat se pour­suit. Car il est le produit des injus­tices, du despo­tisme et de l’ar­ro­gance des puis­sants. Malgré les défaites, les humi­lia­tions, les souf­frances, les luttes se renou­vellent en perma­nence. C’est un éter­nel recom­men­ce­ment et comme disait Max-pol Fouchet :« Les barri­cades s’écroulent, mais pour se rele­ver, pour renaître, comme les vagues de la mer ». Hollande et Valls ne sont que des marion­nettes entre les mains d’une classe sociale qui a fait son temps mais qui possède encore tous les pouvoirs. De crise en crise, son système de produc­tion prépare les condi­tions maté­rielles d’une trans­for­ma­tion radi­cale de la société. Les travailleurs, produc­teurs de richesses, doivent unir leurs forces pour hâter sa dispa­ri­tion et pour leur éman­ci­pa­tion défi­ni­tive.

Moha­med Belaali

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(1) Mouve­ment des patrons de PME qui contes­taient notam­ment l’aug­men­ta­tion des coti­sa­tions et des taxes sur les plus-values en cas de revente d’en­tre­prises. Le gouver­ne­ment a cédé rapi­de­ment à leur reven­di­ca­tions.

(2) http://www.pole-emploi.org/statis­tiques-analyses/le-chomage-a-fin-septembre-2015-@/524/view-article-123355.html

(3) http://www.inega­lites.fr/spip.php?arti­cle957

(4) http://www.imf.org/exter­nal/french/pubs/ft/gfsr/2015/01/pdf/exec­sumf.pdf

(5) « Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’en­gage, je vais vous dire qui est mon adver­saire, mon véri­table adver­saire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présen­tera jamais sa candi­da­ture, il ne sera donc pas élu, et pour­tant il gouverne. Cet adver­saire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’éco­no­mie, de la société et même de nos vies. Désor­mais, il est possible en une frac­tion de seconde de dépla­cer des sommes d’argent verti­gi­neuses, de mena­cer des Etats ».

http://temps­reel.nouve­lobs.com/poli­tique/elec­tion-presi­den­tielle-2012/sources-brutes/20120122.OBS9488/l-inte­gra­lite-du-discours-de-fran­cois-hollande-au-bour­get.html

(6) http://www.huma­nite.fr/goodyear-le-vrai-bilan-dune-ferme­ture-1–143-licen­cies-12-deces-dont-3-suicides-596638

(7) Article 5 de l’or­don­nance n° 58–1270 du 22 décembre 1958 :

https://www.legi­france.gouv.fr/affi­chTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000339259

(8) http://www.libe­ra­tion.fr/futurs/2015/10/22/air-france-une-manif-je-suis-chemise-devant-l-assem­blee-natio­nale_1408114

(9) http://www.belaali.com/article-bruta­lite-patro­nale-et-resis­tance-ouvriere-49555591.html

(10) http://www.belaali.com/2016/01/13-novembre-2015-guerre-des-terro­rismes.html

(11) https://wiki.laqua­dra­ture.net/%C3%89tat_urgence/Recen­se­ment

Voir égale­ment le rapport d’ Amnesty Inter­na­tio­nal sur l’im­pact de l’état d’ur­gence

http://www.amnesty.fr/etat-urgence

(12) http://www.ohchr.org/FR/NewsE­vents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=16961&LangID=F

Voir égale­ment la charge du Défen­seurs des droits :

https://www.media­part.fr/jour­nal/france/260216/la-charge-du-defen­seur-des-droits-contre- letat-durgence

(13) https://www.youtube.com/watch?v=4zuwpP8FKf8

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