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Venu d’un courant du NPA. Une critique de Media­part , une défense de Mélen­chon, une critique de l’Etat.

Voici un article de plus sur les perqui­si­tions de France insou­mise. Avec des reproches faits à la rédac­tion de Media­part. Reproches solides.

Mais atten­drait on de ce jour­nal en ligne plus de capa­cité d’ana­lyse poli­tique et de mise en pers­pec­tive poli­tique que l’on en attend des orga­ni­sa­tions de gauche? Il n’en est pas capable, il n’est pas en situa­tion d’en être capable.

La situa­tion pour­rait être simple: nous sommes face à un gouver­ne­ment déjà discré­dité et qui s’avère chaque jour plus un ennemi des liber­tés. Nous parti­ci­pons d’une gauche en recom­po­si­tion, recom­po­si­tion où France insou­mise a une place essen­tielle. Il convien­drait donc d’ attaquer ce gouver­ne­ment de façon réflé­chie et orga­ni­sée, et donc effi­cace;  et cela reste à faire.

Pascal Bois­sel, 23–10–2018

 

http://www.revo­lu­tion­per­ma­nente.fr/Media­part-et-l-affaire-Melen­chon-le-piege-de-la-neutra­lite?fbclid=IwAR2­husGYwLnNbAAZ8kpJpGwv9JP4bcKrVgv9RDNYm­sA1onnFqgQWxiiwQa8

« L’er­reur dans laquelle Média­part est tombé cepen­dant, est celle d’avoir dressé un portrait à charge sans se distin­guer des coups poli­tiques et média­tiques qui visent actuel­le­ment la France Insou­mise. »

Média­part et « l’af­faire Mélen­chon » : le piège de la neutra­lité

En sortant « les premières décou­vertes des perqui­si­tions de Mélen­chon », le jour­nal d’Edwy Plenel s’est exposé à la colère des Insou­mis. Si Média­part n’est pas le « torchon » que décrit Jean-Luc Mélen­chon, et emploie, à juste titre, son droit démo­cra­tique à l’enquête, force est de consta­ter que, pour un jour­nal dont l’in­dé­pen­dance est la marque de fabrique, sa ligne a pu manquer de hauteur et céder à l’em­bal­le­ment média­tico-poli­tique, si utile à la macro­nie, porté contre le leader de la France Insou­mise.

image : capture d’écran « Média­part 2012 : le grand entre­tien avec Jean-Luc Mélen­chon »

Le droit à l’enquête et la « neutra­lité »

Après la mort d’Adama Traoré, le 19 juillet 2016, Média­part n’avait pas hésité, à juste titre, à quali­fier les faits pour ce qu’ils étaient : mise en lumière du « scan­dale judi­ciaire », du retour de bâton contre les frères Traoré « condam­nés pour ‘’ré­ta­blir l’au­to­rité des forces de l’or­dre’’ ». A contre-courant de l’of­fen­sive média­tique à charge, le jour­nal de Plenel s’était illus­tré par ses quali­tés d’ana­lyse, assu­mant, sans doute, un parti pris jour­na­lis­tique, qui a contri­bué à faire de « l’af­faire Adama Traoré » une « affaire d’Etat ».

Mais ce qui choque – et au delà des rangs des Insou­mis mélen­cho­nistes invé­té­rés – dans la manière dont Média­part a couvert ce qui est devenu, sous les coups de boutoir judi­ciaires et média­tiques, « l’af­faire Mélen­chon », n’est pas le contenu des « premières décou­vertes des perqui­si­tions de Mélen­chon » – à savoir la révé­la­tion de la présence de Sophia Chiki­rou, proprié­taire de Média­scop, société de commu­ni­ca­tion de la campagne de 2017, au domi­cile du leader de la France Insou­mise au matin de la perqui­si­tion, le 16 octobre dernier. Ni celle sur la décou­verte d’une somme de 12 000 euros – soit moins de 1/5ème du prix d’un costume offert par Robert Bourgi à François Fillon – au domi­cile d’un des proches de Mélen­chon. Ce qui choque n’est pas non plus, comme la Société des Jour­na­listes de Média­part l’a défendu, son usage du droit à l’enquête sur « les condi­tions du finan­ce­ment de l’ac­ti­vité poli­tique de la France Insou­mise et de sa campagne prési­den­tielle » que Média­part utilise depuis 10 ans « sur toutes les forma­tions poli­tiques françaises », de l’af­faire Cahu­zac à l’af­faire Fillon en passant par les ristournes accor­dées par la société GL Events à l’équipe de campagne d’Em­ma­nuel Macron. Pas plus qu’une autre orga­ni­sa­tion, la forma­tion de la France Insou­mise n’est par prin­cipe inocu­lée contre la possi­bi­lité de malver­sa­tions. Taire ces infor­ma­tions, tomber dans le jour­na­lisme de complai­sance envers la prin­ci­pale orga­ni­sa­tion de la gauche réfor­miste aspi­rant à occu­per l’es­pace laissé par le Parti Socia­liste aurait été une erreur.

Le manque de hauteur jour­na­lis­tique

L’er­reur dans laquelle Média­part est tombé cepen­dant, est celle d’avoir dressé un portrait à charge sans se distin­guer des coups poli­tiques et média­tiques qui visent actuel­le­ment la France Insou­mise. Mise à part l’in­ter­view vidéo de la dépu­tée FI Danièle Obono, depuis les perqui­si­tions du 16 octobre, rien dans la ligne de Média­part ne vient tordre le bâton dans l’autre sens. Aucune mise en pers­pec­tive de la quin­zaine de perqui­si­tions qui ont eu lieu chez les mili­tants et dans les locaux de la France Insou­mise dans le cadre d’une enquête préli­mi­naire, avec celles, inexis­tantes, au sein de la Répu­blique en Marche, en dépit de la plainte dépo­sée par Anti­cor. Fabrice Arfi, auteur de deux des papiers concer­nant « l’af­faire Mélen­chon » recon­nait pour­tant « le problème struc­tu­rel de la non-indé­pen­dance des procu­reurs en France ». Il conclut néan­moins que François Molins, procu­reur de Paris au moment de la perqui­si­tion avant de lais­ser sa place à Rémy Heitz, « a fait la démons­tra­tion de son indé­pen­dance en ouvrant des enquêtes aussi bien sur Jérôme Cahu­zac que sur Nico­las Sarkozy »… en oubliant, sans doute, l’af­faire des comptes de campagne de Macron, clas­sée sans suite par François Molins lui-même avant son départ du parquet. Rien n’est dit non plus du cadre juri­dique dans lequel ces perqui­si­tions ont cours : la loi Perben 2, en l’oc­cur­rence, votée sous Sarkozy, sur laquelle Le Monde s’inquié­tait en 2004 des atteintes aux liber­tés publiques qu’elle pour­rait engen­drer.

Enfin, les jour­na­listes de Média­part perdent de vue le contexte poli­tique dans lequel s’ef­fec­tuent ces perqui­si­tions : la fin de l’état de grâce, la multi­pli­ca­tion des affaires dont celle de Benalla, la chute dans les sondages pour la Macro­nie, et un rema­nie­ment sans relief ni couleur, face auxquels « l’af­faire Mélen­chon » fait office de contre-feu bien­venu. On ajou­tera la pers­pec­tive des élec­tions euro­péennes qui arrivent, où Macron préfè­re­rait rejouer le second tour de la prési­den­tielle repré­sen­tant le « progres­sisme » contre l’ex­trême-droite qui a le vent en poupe actuel­le­ment en Europe. Le tout en utili­sant Mélen­chon comme un « épou­van­tail » sur la gauche, lui préfé­rant une France Insou­mise affai­blie plutôt qu’un aimant de l’aile gauche du PS. Dans ce contexte, alors que les images des coups de colère de Mélen­chon tournent en boucle dans les médias, diffi­cile de voir la fronde menée contre la France Insou­mise, en plein rema­nie­ment, comme un simple concours de circons­tances ou le fruit d’une justice aveugle. Et le dépouille­ment de l’en­semble des données de l’or­ga­ni­sa­tion – alors qu’il s’agit d’une enquête sur les frais de campagne – comme le cadre normal d’une procé­dure judi­ciaire. Désor­mais c’est l’en­semble des données de la FI qui sont à la dispo­si­tion du Parquet de Paris. Et pour le coup, c’est bien désor­mais Remy Heitz direc­te­ment nommé par Mati­gnon et l’Ely­sée qui en a pris la tête.

Quand Edwy Plenel dénonçait la « vengeance de l’ad­mi­nis­tra­tion fiscale »

Contrai­re­ment à ce que clame Mélen­chon, le coup poli­tique porté contre la France Insou­mise n’a pas la même ampleur que celui mené par le pouvoir judi­ciaire brési­lien contre Lula et le Parti des travailleurs. Plus que son évic­tion du champ poli­tique, il tient davan­tage d’une entre­prise de désta­bi­li­sa­tion, visant à alimen­ter les tensions au sein « de la gauche de la gauche ».

Mélen­chon n’est pas sacré. On peut fusti­ger ses sorties méga­lo­manes, être en désac­cord avec son projet de trans­for­ma­tion sociale par les urnes et les insti­tu­tions, ou parta­ger certaines des critiques internes à la FI qui lui sont adres­sées, « sur les migrants, l’Eu­rope, la démo­cra­tie ». Mais force est de consta­ter qu’il y a bien, derrière l’em­bal­le­ment judi­ciaire et média­tique contre Mélen­chon et la FI, un coup poli­tique renforçant en défi­ni­tive Emma­nuel Macron. Et qu’on peut voir, dans la perqui­si­tion minu­tieuse d’une orga­ni­sa­tion de la gauche, une tenta­tive de remise en cause des droits démo­cra­tiques. Avec elle, c’est l’en­semble du mouve­ment social ainsi que tous les mili­tants poli­tiques s’op­po­sant à Macron qui sont visés. En ne poin­tant pas ce « coup de force » de l’exé­cu­tif, en ne rele­vant pas, a minima, cette logique du « deux poids deux mesures », Média­part se défait de son rôle de contre­poids média­tique, de défen­seur des droits démo­cra­tiques, un rôle qu’il a par ailleurs joué dans d’autres types d’af­faires à nombreuses reprises.

Cons­ta­ter ce « coup poli­tique » n’est d’ailleurs pas plus « complo­tiste » que les décla­ra­tions d’Edwy Plenel, en 2014 à propos de la « vengeance de l’af­faire Cahu­zac par une partie de l’ad­mi­nis­tra­tion fiscale ». Son site Média­part était alors sous le « coup » d’une procé­dure de redres­se­ment fiscal – aujourd’­hui réglée. Média­part l’a sans doute trop vite oublié…

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