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Voici la tribune de Jean-Luc Mélen­chon et des parle­men­taires insou­mis

Le 31 mars

: « Donc, nous sommes confi­nés encore quinze jours. Comme la moitié de l’hu­ma­nité. Comme partout où les diri­geants ont trop attendu pour lancer la riposte à l’épi­dé­mie. Soit. Nous serons disci­pli­nés. Nous reste­rons confi­nés le temps qu’il faudra pour notre bien et celui des autres. Toutes et tous logés à la même enseigne? Certes non. Car nous sommes confi­nés dans nos inéga­li­tés aussi. Oui, pour les quatre millions de personnes mal logées, pour le million crou­pis­sant dans un habi­tat indigne, pour leurs enfants, le confi­ne­ment à domi­cile est aussi un long tour­ment.

Il faudra tester massi­ve­ment la popu­la­tion

Il se mue un drame pour ceux et surtout celles qui vivent des violences intra­fa­mi­liales. Et pour les autres? Le confi­ne­ment n’est pas une situa­tion natu­relle pour les êtres humains. Beau­coup de leurs compor­te­ments spon­ta­nés fonda­men­taux y sont bruta­li­sés. D’ailleurs, d’ha­bi­tude, le confi­ne­ment forcé ça s’ap­pelle la prison. Le confi­ne­ment sans hori­zon de sortie est insup­por­table. Alors quand en sorti­rons-nous? Quelles condi­tions devront être réunies pour cela? Nous avons le droit de le savoir. Ceux qui ont été inca­pables de prévoir l’en­trée dans la crise seront-ils capables d’en orga­ni­ser la sortie? C’est une anti­ci­pa­tion vitale. Le pouvoir doit s’y prépa­rer tout de suite. 

Que faut-il faire pour éviter une rechute géné­rale? Y penser, c’est tirer la leçon du passé récent. Il faudra tester massi­ve­ment la popu­la­tion. Combien de tests néces­saires? Combien de masques? Où sont leurs lieux de produc­tion? Il faudra confi­ner les malades sépa­ré­ment. Quelles sont les capa­ci­tés d’hé­ber­ge­ment dispo­nibles? Il faudra subir la deuxième vague de conta­mi­na­tion et de détresse sani­taire. Combien de gens à hospi­ta­li­ser? Combien de person­nels hospi­ta­liers pour s’oc­cu­per d’eux? Combien de respi­ra­teurs, de bouteilles d’oxy­gène médi­cal?

La Chine et Cuba vont-ils s’oc­cu­per du monde entier pendant que nous, puis­sance écono­mique mondiale, serions empê­chés?

Faire ces prévi­sions, coor­don­ner ces produc­tions, réqui­si­tion­ner les entre­prises néces­saires, orga­ni­ser les livrai­sons, c’est ce que nous appe­lons la plani­fi­ca­tion sani­taire. Ce qu’il aurait fallu faire dès le début. Et ce n’est toujours pas fait alors que partout le maté­riel et les médi­ca­ments manquent. Tout cela est trop compliqué à mettre en œuvre? Tout seuls dans un bureau au sommet de l’État, c’est impos­sible en effet. Mais c’est acces­sible si l’on en appelle à ceux qui savent comment faire et où le faire : les profes­sion­nels de tous les secteurs des produc­tions concer­nées.

Du côté des sala­riés, ils sont prêts dès demain matin à faire le maxi­mum si on le leur demande. S’il vous plait, gouver­nants, dépê­chez-vous! Il y a urgence. Pas seule­ment pour nous dans ce pays. Les millions d’amis et de parents au Magh­reb, l’Afrique subsa­ha­rienne et le monde fran­co­phone doivent pouvoir comp­ter sur nous s’ils nous appellent à l’aide. Nous leur devons tant! La Chine et Cuba vont-ils s’oc­cu­per du monde entier pendant que nous, puis­sance écono­mique mondiale, serions empê­chés? De toute façon, tant qu’il restera un foyer de conta­mi­na­tion dans un pays en contact avec nous, tout le monde fran­co­phone sera menacé.

Dépê­chez-vous gouver­nants, si vous en êtes capables ou bien lais­sez-nous faire

Il nous faudra aussi faire cette plani­fi­ca­tion sani­taire à l’échelle euro­péenne, faute de quoi l’épi­dé­mie revien­dra comme un boome­rang d’un Etat à un autre dans une Europe si inter­dé­pen­dante et pour­tant si désunie depuis le début de la crise. Dépê­chez-vous gouver­nants, si vous en êtes capables ou bien lais­sez-nous faire. Vos méthodes ont déjà coûté à ce pays plusieurs fois tout ce que vous avez craint de perdre avec l’ap­pli­ca­tion de notre programme « L’ave­nir en Commun ».

Et vous avez mis la démo­cra­tie dans un tel état! Après l’état d’ur­gence anti-terro­riste entré dans le droit ordi­naire, voici l’état d’ur­gence sani­taire qui vous permet de remettre en cause une nouvelle fois le code du travail et certaines liber­tés consti­tu­tion­nelles. Et vos diri­geants ont déjà annoncé qu’ils comp­taient passer tout cela à nouveau dans le droit ordi­naire! À lire le contenu de vos ordon­nances, on se demande si vous prépa­rez la sortie du confi­ne­ment ou un nouveau choc néoli­bé­ral, en profi­tant de la désor­ga­ni­sa­tion qui règne. Vous aussi vous anti­ci­pez le monde d’après, dès main­te­nant. Il sera pire que celui d’avant. Encore le marché partout, la concur­rence libre et non faus­sée, les mesures amicales pour vos amis les riches, et votre Europe qui fédère les égoïsmes les plus bornés.

Un gouver­ne­ment de salut commun est urgent

Après le confi­ne­ment et le débor­de­ment des hôpi­taux, auront-nous droit aux mêmes recettes à l’heure des catas­trophes liées au chan­ge­ment clima­tique? Mais pour tous les autres, le mot d’ordre c’est « plus jamais ça »! Un gouver­ne­ment de salut commun est urgent. Mais il ne faut pas attendre demain. « Le monde d’après » doit commen­cer dès main­te­nant. Sur d’autres bases, avec d’autres prin­cipes, d’autre moyens.

Alors, penser le décon­fi­ne­ment, c’est penser. Igno­rer la ques­tion, c’est rester sidé­rés par la catas­trophe présente et celles qui vien­dront ensuite. Car le réchauf­fe­ment clima­tique nous effleure pour l’ins­tant. Il va bien­tôt nous sauter à la gorge. Pour y faire face, on ne pourra pas ache­ter tous nos moyens de survie sur le marché inter­na­tio­nal comme dans le monde d’avant. Il va falloir relo­ca­li­ser, vite et bien. Comprendre que la souve­rai­neté sani­taire, c’est comme la souve­rai­neté alimen­taire : juste une ques­tion de survie, juste le meilleur moyen pour être libre d’ai­der les autres peuples moins bien prépa­rés ; juste le moyen de pouvoir être citoyen, c’est-à-dire de pouvoir déci­der pour nous-mêmes sans être esclaves du bon vouloir des livrai­sons des autres. »

– Le groupe LFI à l’As­sem­blée natio­nale :

Jean-Luc Mélen­chon, Clémen­tine Autain, Mathilde Panot, Ugo Berna­li­cis, Eric Coque­rel, Alexis Corbière, Caro­line Fiat, Bastien Lachaud, Michel Larive, Danièle Obono, Loïc Prud’­homme, Adrien Quaten­nens, Jean-Hugues Rate­non, Muriel Ressi­guier, Sabine Rubin, François Ruffin, Béné­dicte Taurine

– La délé­ga­tion insou­mise au Parle­ment euro­péen :

Manuel Bompard, Manon Aubry, Leila Chaibi, Emma­nuel Maurel, Younous Omarjee, Anne-Sophie Pelle­tier

– La séna­trice Marie-Noëlle Liene­mann

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